Dominique Meeùs
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Durable (sustainable, duurzaam)

Comme tous les êtres vivants, nous prélevons des ressources dans notre environnement naturel. Pour les autres, la régulation se fait par la raréfaction de ces ressources, parfois au point qu’une espèce disparaît parce qu’elle a abusé des bonnes choses. L’homme a la particularité d’assurer ses besoins non seulement par des prélèvements directs, mais par la production. Cela lui a permis de se multiplier, jusqu’à une population qui pourrait atteindre dix milliards dans un avenir prévisible. Il prélève donc énormément de ressources naturelles et le système capitaliste procède à ce prélèvement avec un grand gaspillage et à courte vue. Cependant l’intelligence de l’homme pourrait lui permettre de gérer rationnellement les ressources, en particulier celles dont les limites se rapprochent. Dans une société socialiste, l’humanité pourrait faire des choix de société rationnels et planifier la production (et la consommation) en tenant compte nos besoins aujourd’hui, mais encore demain, et nos enfants après nous. Ce serait ainsi une société durable. Le lecteur de ce site aura deviné que je ne crois pas ça possible sous le capitalisme, encore qu’on doive bien sûr essayer de faire déjà quelques progrès dans ce sens.

Dans la page Wikipédia sur le développement durable, on lit que : « Au contraire, la géographe Sylvie Brunel critique le développement durable, car elle y voit une conception de l’homme comme un parasite, et la nature comme un idéal. Or, pour elle, l’homme est souvent celui qui protège la biodiversité, là où la nature est le règne de la loi du plus fort, dans lequel “tout milieu naturel livré à lui-même est colonisé par des espèces invasives”. » Référence en note à « Les enjeux internationaux », entretien avec Sylvie Brunel sur France Culture, 11 juin 2008. Je trouve la page http://www.franceculture.fr/emission-d%C3%A9veloppement-durable-2008-06-11.html mais je ne vois pas qu’on propose ni le texte ni le son. Elle a développé ça dans À qui profite le développement durable ?, Larousse, 2008.

Les objections qu’elle soulève sont intéressantes. Elles s’appliquent très justement à des tas d’aspects de l’idéologie écologiste, plus précisément à tout ce qui est « respect de la nature », et de la durabilité si on la réduit à tenir compte de la « capacité de régénération » de la nature, après que l’homme l’ait perturbée. Je ne vois cependant pas en quoi ça concerne la durabilité en principe : nous désirons, pas par respect de la nature mais dans notre intérêt bien compris, non seulement exploiter la nature pour satisfaire nos besoins aujourd’hui, mais encore demain, et nos enfants après nous. Cette conception de la durabilité me semble devoir échapper à ses critiques. Le concept de durable est en tout cas plus intéressant que celui de renouvelable. En anglais, sustainable pourrait se comprendre comme ce que l’humanité peut maintenir de manière durable, mais peut-être aussi comme ce que la nature peut supporter, conception effectivement idéologique verte irrationnelle.

Voir un peu dans le même esprit la citation de Christian de Duve dans les Sept vies en une (2013) p. 310-311.

Dominique Meeùs. Date: 2012-…