Dominique Meeùs
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Les gens d’abord, pas « la Terre » ou « la planète »

Nous ne nous intéressons à l’environnement que pour nous-mêmes, pour l’avenir de l’humanité. Nous nous inquiétons avec raison de nos atteintes à la diversité des espèces végétales et animales parce que cette diversité est à notre avantage. L’environnement a connu et connaîtra encore de grandes variations et trouvera de nouveaux équilibres. Notre préoccupation est de le figer dans la situation actuelle qui permet notre vie. Il serait ridicule et prétentieux de nous préoccuper de l’environnement en soi et plus encore de la Terre, parce que la Terre, elle, n’a pas peur de nous. Elle a une histoire qui commence longtemps avant nous et continuera longtemps après, que nous disparaissions tout de suite à cause de nos erreurs — comme par une guerre nucléaire mondiale ou par l’effet sur le climat de nos activités — ou que nous disparaissions au terme d’une histoire encore longue. La petite couche superficielle que nous appelons environnement est quantité négligeable par rapport à la masse de la Terre et n’a aucune influence sur son devenir comme objet céleste 7. En outre, cette couche elle-même a déjà connu dans une histoire infiniment plus longue que la nôtre des cataclysmes majeurs, de grandes variations climatiques, qui ont déterminé de grands changements évolutifs 8, l’extinction d’un très grand nombre d’espèces et l’apparition de nombreuses autres, dont la nôtre en passant 9. Si nous accumulons les erreurs au point de détruire une grande partie de la diversité et de nous détruire nous-mêmes, cela n’empêchera pas la Terre de tourner, sans nous, et la vie de rebondir en continuant à se développer et à évoluer dans des directions nouvelles et multiples sans nous demander notre avis. Ce qui nous concerne, c’est seulement notre environnement, pour nous. J’ai mis ce point de vue en relation avec ce qu’en disent Marx et Engels dans une note accessible en ligne dans le cadre de notes de lecture sur le marxisme.

Les expressions de respect de la nature, de la Terre, de la planète, au sens propre, sont la marque de la faiblesse idéologique écologiste. Certains pourraient trouver légitime de les utiliser au sens figuré, de préoccupation de notre environnement. Je pense que c’est une mauvaise idée. Les utiliser au sens figuré ne fait que renforcer les erreurs et les illusions qu’exprime leur sens propre.

Notes
7
Dans le même ordre d’idées, notre vie et notre environnement dépendent entièrement du Soleil, mais le Soleil, lui, ne dépend pas de nous.
8
Dans une atmosphère d’azote, de méthane et d’ammoniaque, les premières bactéries étaient anaérobies. En prélevant l’hydrogène de l’eau et en en rejetant l’oxygène, elles ont très rapidement pollué l’atmosphère au point de la transformer entièrement en atmosphère d’azote et d’oxygène, telle que nous la connaissons aujourd’hui. L’oxygène étant fortement corrosif, la majeure partie de la vie d’alors a disparu, du fait de sa propre pollution. Certaines bactéries étaient capables de résister à l’oxygène et même de l’utiliser positivement dans leur métabolisme. La vie est repartie de là.
9
Beaucoup plus récemment, il y a eu, avec la disparition des dinosaures, la disparition de près de 90 % de la vie. (On suppose que c’est à la suite de la chute d’un météorite et de la poussière qui a causé un hiver de plusieurs années.) Les petits animaux auraient mieux tenu le coup et nous serions issus des rats de l’époque.
Dominique Meeùs. Date: 2012-…