Dominique Meeùs
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La forme simple de la valeur

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À la naissance de l’économie marchande, les produits étaient destinés à la consommation directe et non à l’échange. Seuls, les excédents fortuits étaient échangés ; l’échange était donc un phénomène accidentel. Le nombre des produits transformés en marchandises était extrêmement limité. Les marchandises étaient échangées directement les unes contre les autres. L’échange ne comportait chaque fois que deux marchandises déterminées : une paire de bottes contre cinq quintaux de blé ; quinze mètres de toile contre un mouton. Chacun de ces échanges représente une forme de la valeur simple ou accidentelle. Chaque marchandise échangée n’exprimait sa valeur que dans une seule marchandise.

Dans le rapport d’échange : 1 paire de bottes = 5 quintaux de blé, les 5 quintaux de blé représentent la valeur d’une paire de bottes et inversement une paire de bottes représente la valeur de 5 quintaux de blé. Comment s’exprime ici la valeur des bottes ? Elle est exprimée dans 5 quintaux de blé, non en heures de travail, mais indirectement, par une autre marchandise. La valeur d’une paire de bottes y est représentée d’une façon relative dans le rapport de cette marchandise avec une autre marchandise, 5 quintaux de blé.

Dans cet échange, le nombre des heures dépensées pour la production du blé et des bottes reste inconnu.

Si donc je dis que cette montre a autant de valeur que cette pièce de tissu et que chacune d’elles vaut cinquante marks, je dis : la montre, le tissu et l’argent contiennent autant de travail social. Je constate donc que le temps de travail social représenté en eux a été socialement mesuré et trouvé égal. Mais il n’a pas été mesuré directement, de façon absolue, comme on mesure d’ordinaire du temps de travail en heures ou en journées de travail, etc. ; il a été mesuré par un détour, au moyen de l’échange, relativement. C’est pourquoi je ne peux pas non plus exprimer ce quantum constaté de temps de travail par des heures de travail, dont le nombre me reste inconnu ; je ne puis l’exprimer aussi que par un détour, d’une manière relative, en une autre marchandise, qui représente le même quantum de temps de travail social. La montre vaut autant que la pièce de tissu.

Engels : Anti-Dühring, p. 347.

La marchandise qui exprime la valeur d’une autre marchandise s’appelle l’équivalent. Dans notre exemple, le blé p. 39est l’équivalent d’une paire de bottes, il joue ici le rôle du matériel qui exprime la valeur d’une paire de bottes.

Pour connaître le poids d’un objet, du blé, par exemple, nous le mettons sur un plateau de la balance en plaçant sur l’autre plateau un morceau de fer dont le poids nous est connu d’avance. Ce morceau de fer représente ici le poids du blé. Peu importe la nature de ce métal, les poids peuvent être confectionnés de cuivre ou de tout autre métal. La nature du métal n’a aucune importance pour exprimer le poids du blé. Le fer se présente ici uniquement comme l’expression et la mesure du poids du blé.

L’équivalent joue un rôle analogue dans le rapport d’échange. Dans la forme simple de la valeur (1 paire de bottes = 5 quintaux de blé) le blé se présente non comme blé, c’est-à-dire non comme une valeur d’usage déterminée, mais exclusivement comme l’expression de la valeur d’une paire de bottes, comme leur équivalent. Une paire de bottes exprime leur valeur relative en blé, et non par elle-même. La paire de bottes apparaît ici comme une valeur d’usage précise, comme une paire de bottes et non comme une valeur. On voit donc que dans la forme simple de la valeur, la valeur d’usage et la valeur se sont en quelque sorte détachées l’une de l’autre. L’une des marchandises, celle notamment dont la valeur est exprimée (la paire de bottes) se présente comme une valeur d’usage et l’autre marchandise qui exprime la valeur (le blé) exclusivement comme l’incarnation de la valeur.

De même que la première marchandise ne peut pas exprimer sa valeur par elle-même, mais seulement par une autre marchandise, de même la deuxième qui joue le rôle d’équivalent ne peut exprimer sa valeur par elle-même. Dans notre exemple, le blé exprime sa valeur par une paire de bottes, c’est-à-dire d’une façon relative. Mais quand il s’agit d’exprimer la valeur du blé, ce n’est plus ce dernier, mais les bottes qui représentent l’équivalent.

Date: 2008-2014