Dominique Meeùs
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La valeur — loi de l’économie marchande

La valeur n’est point la loi de l’équilibre de la production marchande. Considérer la valeur comme la loi de l’équilibre, c’est faire abstraction des contradictions de la production marchande représentées dans la valeur.

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Le concept de valeur est l’expression la plus générale, et en conséquence la plus large, des conditions économiques de la production marchande.

Engels : Anti-Dühring, p. 349.

C’est pourquoi la valeur trouve son importance dans le fait que les contradictions de la production marchande y reçoivent leur expression la plus générale et la plus complète. Le travail social dépensé pour la production de la marchandise revêt la forme de la valeur. Cela découle de la contradiction fondamentale de l’économie marchande entre le travail social et le travail privé.

En raison de cette contradiction, la forme simple de la valeur passe à la forme monétaire et la marchandise se dédouble, en conséquence, en marchandise et en argent ; l’argent est opposé à toutes les marchandises comme l’incarnation de leur valeur. D’où la non-concordance du prix de la marchandise et de sa valeur. Ces écarts continuels entre le prix et la valeur sont la forme spontanée de la répartition du travail social entre les différentes branches de la production. En exprimant les contradictions de la production marchande, la valeur les développa à son tour.

L’argent, c’est la matérialisation du travail humain. Chaque marchandise représente du travail humain matérialisé sous une forme particulière, alors que l’argent constitue la forme générale de la matérialisation du travail humain. Avec de l’argent, on peut acheter n’importe quelle marchandise. Dans l’argent se trouve concentré le pouvoir sur l’ensemble de la production marchande. En ce sens, l’argent est la forme absolue de la richesse dans le régime de production marchande.

À mesure que s’étend la circulation des marchandises s’accroît la puissance de la monnaie, de cette forme sociale absolue de la richesse, toujours prête et prompte à la riposte.

Marx, Le Capital, Livre I, P.U.F., Paris, 2009, p. 148.

On peut accumuler de l’argent, on accumule ainsi la puissance sur les produits du travail et sur le travail lui-même, car avec de l’argent on peut acheter non seulement les marchandises les plus diverses, mais encore la force de travail. D’un côté apparaît le capital et de l’autre, le salariat exploité par le premier.

Le capitalisme est le résultat inévitable du développement de la production marchande.

p. 47

Le concept de la valeur contient donc le germe, non seulement de la monnaie, mais aussi de toutes les formes plus amplement développées de la production marchande et de l’échange des marchandises. […] C’est pourquoi la forme de valeur [c’est-à-dire la forme marchande] des produits contient déjà en germe toute la forme capitaliste de production, l’antagonisme entre capitaliste et salarié, l’armée industrielle de réserve [le chômage], les crises.

Engels : Anti-Dühring, p. 349-350. C’est Ségal qui souligne.

La société une fois engagée dans la voie de la production marchande, le travail social n’étant pas directement social, mais existant sous la forme de la valeur, la naissance du capitalisme est inévitable et son développement implique l’accentuation de ses contradictions et sa transformation inéluctable en société communiste.

La valeur est la loi du développement ou la loi du mouvement de la production marchande.

Date: 2008-2014