Dominique Meeùs
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L’importance de la théorie marxiste de la valeur

La théorie marxiste de la valeur n’est pas détachée des questions brûlantes de la lutte de classe. Quiconque prend position contre cette théorie, prend position contre le prolétariat ; quiconque s’en écarte sous tel ou tel prétexte ouvertement ou sous le couvert de phrases marxistes, abandonne à la fois le prolétariat et la science et se range du côté de la bourgeoisie.

La théorie de la valeur de Marx montre en premier lieu que le travail forme le contenu, la substance matérielle de la valeur. Il en découle que ce n’est pas la bourgeoisie, mais le prolétariat qui crée toutes les richesses de la société bourgeoise. En second lieu, cette théorie met en lumière le caractère réel des rapports sociaux de l’économie marchande. La théorie marxiste révèle le mystère de l’exploitation capitaliste voilée sous l’enveloppe des rapports d’échange entre les ouvriers et les capitalistes (l’ouvrier vend sa force de travail et achète au capitaliste ses moyens de consommation). En troisième lieu, cette théorie montre que la valeur est la loi du développement de l’économie marchande, que dans cette société l’homme n’est pas maître des produits de son travail, p. 54mais que, inversement, il est dominé par ces produits. Cette théorie montre qu’avec la suppression du capitalisme et de la production marchande en général disparaîtra aussi la loi de la valeur et que les hommes seront, en toute connaissance de cause, les maîtres de leurs rapports sociaux.

La théorie de la valeur de Marx comme toute sa doctrine économique est, d’après l’expression d’Engels, la critique socialiste de la société bourgeoise.

La doctrine de Marx et d’Engels que la production marchande engendre inévitablement le capitalisme fut approfondie et développée par Lénine à l’époque de sa lutte contre les populistes qui prétendaient que la Russie pourrait éviter le développement capitaliste, l’économie qui y dominait étant soi-disant communaliste. Se basant sur la doctrine de Marx, Lénine montra que la décomposition de l’économie paysanne communaliste était déjà avancée, que l’argent transformait l’économie naturelle en économie marchande et que le développement de cette dernière engendre les rapports capitalistes. Lénine revient à plusieurs reprises sur cette question. Au lendemain de la révolution d’Octobre et lors de la transition du communisme de guerre à la NEP, Lénine montra que, même dans les conditions de la dictature du prolétariat, la petite production engendre le capitalisme. La politique de l’État prolétarien doit entraver et limiter la croissance du capitalisme, engendré par la petite production marchande, et préparer en même temps les conditions du passage de la petite production à la grande production socialiste.

Plus tard, Staline a démontré que la lutte contre la collectivisation agricole ne pouvait que perpétuer la petite production marchande et, partant, le capitalisme.

La petite production engendre le capitalisme et la bourgeoisie constamment, chaque jour, à chaque heure, par un procès universel et spontané. (V. I. Lénine : la Maladie infantile du communisme, p. 14. Éditions Sociales Internationales, Paris, 1930.)

Date: 2008-2014