Dominique Meeùs
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La loi de la dépense du travail

Le camarade Boukharine affirmait que toute société, capitaliste ou socialiste, est régie par la « loi de la dépense du travail » en vertu de laquelle le travail social est réparti par branches de production et l’équilibre établi dans la production sociale. Dans le régime de la production marchande capitaliste, cette loi revêt la forme de la loi de la valeur, c’est-à-dire se couvre d’une enveloppe fétichiste de la valeur ; dans la société socialiste, elle jouerait directement, pour ainsi dire, « telle quelle ». Seule la forme changerait, le contenu resterait invariable.

Cette conception prétend que la petite production marchande est soumise aux mêmes lois que la production p. 60socialiste et qu’elle peut, grâce aux liens établis sur le marché avec la production socialiste, se transformer en production socialiste. Non seulement les petites exploitations paysannes, mais même celles des koulaks seraient susceptibles de s’incorporer pacifiquement dans le socialisme. D’où la théorie de l’extinction de la lutte de classe dans la période de transition.

Cette « loi de la dépense du travail » nie le rôle de la dictature du prolétariat dans le développement de l’économie soviétique. Puisqu’il existe une éternelle et immuable « loi de la dépense du travail », la dictature du prolétariat n’a qu’à s’y soumettre, étant impuissante à établir d’autres rapports de production que ceux imposés par cette loi. C’est en s’inspirant de cette « loi » que le camarade Boukharine a écrit qu’établir un plan, c’est prévoir ce qui serait arrivé si les choses étaient abandonnées à la spontanéité. En d’autres termes, le plan économique élaboré et appliqué par le prolétariat ne doit pas modifier les proportions entre les branches d’économie qui se seraient créées s’il n’y avait pas de plan. Ce n’est pas par hasard que les droitiers combattaient le plan quinquennal et la collectivisation de l’agriculture. Ils prétendaient que cette politique violait l’équilibre indispensable entre l’agriculture et l’industrie, violait la « loi de la dépense du travail ».

En réalité, cette théorie de « l’équilibre » a, objectivement, pour but de maintenir les positions de l’économie paysanne individuelle, de donner aux koulaks une « nouvelle » arme théorique dans leur lutte contre les kolkhoz et de discréditer ces derniers. (J. Staline : « La transformation du village soviétique à la lumière de la théorie marxiste-léniniste ». Correspondance internationale, 1930, no 2, p. 14.)

La « loi de la dépense du travail », ainsi que la théorie de l’équilibre nient les contradictions inhérentes à la production marchande qui la conduisent dans la voie du développement capitaliste.

Le fait que le petit producteur est un travailleur présente une importance extrême pour l’ensemble de la politique prolétarienne. Il rend possible l’alliance de la classe ouvrière et des paysans moyens ainsi que la transformation socialiste de la petite production marchande. Mais le travail du petit producteur n’en reste pas moins le travail du propriétaire privé. On ne saurait pas « faire abstraction » p. 61de cette forme sociale du travail, car c’est là que réside la tendance capitaliste du développement de l’économie marchande simple.

La conception suivant laquelle une immuable « loi de la dépense du travail » agit à toutes les époques et chez tous les peuples, ne changeant que de forme, est une théorie antimarxiste. La forme ne peut changer ni disparaître si le contenu ne change pas.

La production marchande a pour base la propriété privée des moyens de production, tandis qu’à la base de la production socialiste se trouve la propriété collective. La production marchande et la production socialiste sont opposées l’une à l’autre. C’est pourquoi la transformation socialiste de la petite production marchande ne peut s’opérer que dans la lutte contre ses tendances capitalistes. Cette transformation ne peut s’effectuer spontanément ; l’État prolétarien doit lutter contre la tendance capitaliste et entraîner la masse des petits producteurs dans la voie de l’économie collective.

L’union de la classe ouvrière et de la paysannerie ne saurait être durable que si elle est basée sur la lutte contre les éléments capitalistes issus de la paysannerie. (J. Staline : les Questions du léninisme, tome 2, p. 290, Éditions sociales internationales, Paris, 1931.)

Nous voyons ainsi que la force qui détermine le développement de l’économie de transition c’est le pouvoir prolétarien. Chaque tentative d’élaborer une loi de la période de transition, qui agirait en dehors de ce pouvoir, implique la négation du rôle historique du prolétariat, de la dictature du prolétariat, et aboutit à la lutte contre l’édification socialiste.

Date: 2008-2014