Dominique Meeùs
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L’économie marchande simple dans la période de transition

p. 58

La petite production, c’est, au fond, une économie marchande simple, une économie marchande sans salariat. La production marchande simple donne inévitablement naissance au capitalisme sans être elle-même du capitalisme. La nature du petit producteur est double.

Le paysan, en tant que travailleur, se sent attiré vers le socialisme ; il préfère la dictature des ouvriers à celle de la bourgeoisie. Le paysan, en tant que vendeur de blé, se sent attiré par la bourgeoisie, le commerce libre, c’est-à-dire en arrière vers le vieux capitalisme « routinier », « traditionnel ».

Lénine, « Salut aux ouvriers hongrois », Œuvres, tome 29, p. 394.

La possibilité de la transformation socialiste de la petite production dans les conditions de la dictature du prolétariat découle du fait que le petit cultivateur est un travailleur et que pour cette raison les contradictions entre lui et le prolétariat ne sont pas insurmontables. Le trotskisme nie la nature double du petit producteur, il ignore ce fait que le petit producteur est un travailleur, il ne voit que la tendance capitaliste du développement de la petite production et déclare qu’entre le prolétariat et les petits producteurs existent des contradictions insolubles. Pour le trotskisme, la petite production marchande ne peut pas être transformée en grande production socialiste. Elle doit être supprimée par la ruine des petits producteurs et par leur prolétarisation, ou, comme disait Préobrajenski, un des « théoriciens » du trotskisme, l’économie marchande simple doit être « dévorée » par l’économie de l’État socialiste.

Préobrajenski prétend que pour comprendre le mouvement de l’économie soviétique, il faut faire abstraction de la politique économique du pouvoir soviétique et trouver la loi « objective » qui s’exerce en dehors de la dictature du prolétariat. Cette loi, c’est, pour Préobrajenski, celle de « l’accumulation socialiste primitive » en vertu de laquelle le socialisme se crée lorsque l’économie de l’État socialiste « dévore » automatiquement la petite production.

Cette « théorie », qui nie la possibilité de l’alliance de la classe ouvrière et des paysans moyens ainsi que la possibilité de construire le socialisme dans un seul pays, a conduit le trotskisme à son rôle de détachement d’avant-garde p. 59de la contre-révolution. D’après cette « théorie », le prolétariat n’est pas capable de conduire la masse des paysans et de diriger le développement de l’économie marchande simple dans la voie du socialisme.

La petite production engendre le capitalisme. Mais la dictature du prolétariat, basée sur le développement de la production socialiste, entrave cette tendance capitaliste de la petite production marchande, la paralyse et finit par la supprimer. En agissant par toute une série de mesures sur la petite production, l’État prolétarien restreint et, finalement, arrête le procès de la formation d’éléments capitalistes. Ces mesures créent les conditions pour transformer la petite production en grande production socialiste par la collectivisation intégrale, ce qui permet de liquider la dernière classe capitaliste, les koulaks.

Les opportunistes de droite nient également la nature double du petit producteur, mais, à la différence des trotskistes pour lesquels la petite production est une économie capitaliste, les droitiers ne voient dans le petit producteur que le travailleur et estiment que l’économie marchande simple est du même type que l’économie socialiste. Le fait que la petite production a pour base la propriété privée, et qu’elle donne naissance au capitalisme et que, par conséquent, elle est opposée à l’économie socialiste, ce fait est ignoré par les opportunistes. D’où leur théorie de l’incorporation automatique du petit producteur dans l’économie socialiste et de l’incorporation pacifique du koulak dans le socialisme.

Date: 2008-2014