Dominique Meeùs
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La plus-value extra

L’augmentation de la productivité du travail est un procès inégal : telle entreprise accuse une augmentation, alors que dans les autres elle reste inchangée, si bien qu’un capitaliste reçoit de la plus-value extra par rapport aux autres capitalistes.

Admettons qu’une heure de travail socialement p. 93nécessaire ait pour expression un franc. En une journée de travail de 8 heures, on produit 4 unités d’une marchandise donnée et, pour chaque unité, on dépense pour 3 francs de moyens de production. La valeur d’une unité de cette marchandise aura pour expression 5 francs (moyens de production 3 francs, et nouvelle valeur 2 francs). Le temps nécessaire est de 4 heures et le temps supplémentaire d’autant. Dans ce cas, la valeur de la force de travail et la plus-value sera de 4 francs. Le degré d’exploitation (le taux de plus-value) sera de 100 %.

Supposons maintenant que dans une entreprise la productivité du travail ait doublé par rapport aux autres : alors que partout ailleurs, un ouvrier produit 4 unités de cette marchandise dans une journée de 8 heures, dans cette entreprise, un ouvrier produit 8 unités dans la même journée de travail. Quelle sera la valeur de la marchandise produite dans cette entreprise ? S’il faut, comme auparavant, 3 francs de moyens de production pour préparer une unité de cette marchandise, il est clair que la valeur de cette marchandise sera de 4 heures, 3 heures en moyens de production et 1 heure de travail nouveau. Cette valeur aura pour expression 4 francs.

Cependant, la valeur de la marchandise n’est pas déterminée par le travail individuel, mais par le travail socialement nécessaire. Aussi, bien que dans l’entreprise qui accuse une augmentation de la productivité du travail, la production d’une unité de cette marchandise demande une heure de travail, la valeur sociale d’une unité de marchandise ne sera pas de 4, mais de 5 heures : un ouvrier de cette entreprise produira en une heure de son travail la valeur sociale de 2 heures, ou 2 francs. Notre capitaliste ne vend pas la marchandise à sa valeur individuelle, mais à sa valeur sociale, c’est-à-dire à 5 francs. Il vend 40 francs 8 unités de marchandises. Il a dépensé 24 francs pour les moyens de production, 4 francs pour les salaires, soit en tout 28 francs, par conséquent la plus-value formera 12 francs et le taux de la plus-value 300 %. Ce capitaliste touche par rapport aux autres confrères, une plus-value extra de 8 francs.

Nous constatons également une diminution du travail nécessaire, une augmentation correspondante du surtravail. Certes, l’ouvrier continue de toucher 4 francs avec lesquels il achète la même quantité de moyens d’existence qu’auparavant. Mais il reproduit le montant de ces 4 francs non p. 94en 4 heures, mais en 2 heures, car, en 1 heure de son travail, il produit une valeur sociale de 2 heures. Par conséquent, dans ce cas, le temps nécessaire sera de 2 heures, le temps supplémentaire de 6 heures et le degré d’exploitation de 300 %. Il s’est produit ici une diminution du temps nécessaire bien que la valeur des moyens de subsistance de l’ouvrier et, par conséquent, celle de sa force de travail reste inchangée.

La production de la plus-value extra implique une différence entre la productivité individuelle dans une entreprise d’une branche de production donnée et la productivité sociale dans toutes les entreprises de cette branche.

Cette différence est temporaire, passagère. Elle est appelée à disparaître tôt ou tard sous la pression de la concurrence.

En effet, le capitaliste dont l’entreprise accuse une productivité plus élevée, vendra sa marchandise au-dessous de sa valeur sociale, mais au-dessus de sa valeur individuelle, mettons 4 francs 75. À ce prix, sa plus-value sera de 1 franc 25, alors que pour les autres capitalistes, elle ne sera que de 1 franc pour une unité de marchandise vendue à 5 francs. Mais ces derniers, pour conserver leurs positions sur le marché, devront également augmenter la productivité du travail des ouvriers occupés dans leurs entreprises. Et lorsqu’elle aura doublé dans toutes les entreprises de la branche donnée, un ouvrier produira en une journée de 8 heures, 8 unités de marchandises ; la valeur sociale de chacune de ces unités ne sera pas de 5, mais de 4 francs et la différence entre la valeur sociale et la valeur individuelle sera effacée en même temps que disparaîtra la plus-value extra.

Pressé par la concurrence, chaque capitaliste cherche à augmenter la productivité du travail des ouvriers de son entreprise pour obtenir de la plus-value extra. Il se créera donc inévitablement à nouveau une différence entre la productivité individuelle et la productivité sociale du travail. Tantôt l’une, tantôt l’autre des entreprises augmentera la productivité du travail au-dessus du niveau moyen. Cette différence tantôt disparaît, tantôt apparaît, et, finalement, on assiste à une augmentation générale de la productivité du travail dans toutes les entreprises et dans toutes les branches de la production, à une baisse de la valeur des moyens de subsistance et de la force de travail. On constate une diminution générale du temps nécessaire et une augmentation p. 95correspondante du temps supplémentaire ainsi que de la production de la plus-value relative. Dans sa recherche de la plus-value extra, chaque capitaliste favorise la production de la plus-value relative.

Quand un capitaliste, en accroissant la force productive du travail, fait baisser, par exemple, le prix des chemises, il ne se propose pas nécessairement de diminuer d’autant la valeur de la force de travail et, par suite, le temps de travail nécessaire ; mais il ne contribue à la hausse du taux général de la plus-value que pour la partie qui lui revient en fin de compte dans ce résultat. (K. Marx : le Capital, t. 2, p. 201.)

Date: 2008-2014