Dominique Meeùs
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La journée de travail

La plus-value absolue est créée par la prolongation de la journée de travail. Mais jusqu’à quelle limite la journée de travail peut-elle être prolongée ? Quelle est la durée normale de la journée de travail ?

La durée normale de la journée de travail permet à l’ouvrier de dépenser autant de force de travail qu’il est en mesure de restaurer journellement, sans user prématurément son organisme. On peut travailler pendant plusieurs jours, semaines et années, de telle manière qu’après, il sera impossible de restaurer la force de travail dépensée et usée. Dans ce cas, sans s’en rendre compte, l’ouvrier dépense, dans une journée de travail, plus qu’une force de travail journalière. Il en résulte l’invalidité prématurée, la vieillesse et même la mort. La durée d’une journée de travail normale doit être telle que l’ouvrier dépense dans sa journée la force de travail correspondante à la durée normale moyenne de la vie.

Mais le capitaliste ne s’intéresse pas à la durée normale de la journée de travail.

Le capital ne se soucie pas du temps que durera la force de travail. Ce qui l’intéresse, c’est uniquement le maximum de force de travail qu’il est possible de réaliser dans la journée. Il atteint son but en diminuant le temps pendant lequel peut durer la force de travail, semblable à l’agriculteur vorace qui augmente le rendement du sol en le dépouillant de sa fertilité. Ainsi la production capitaliste… amène l’épuisement prématuré et la mort de la force de travail ; elle ne prolonge d’une certaine durée le travail productif de l’ouvrier qu’en abrégeant la vie de ce même ouvrier. (K. Marx : le Capital, t. 2, p. 127.)

L’ouvrier vend au capitaliste sa force de travail pour un jour et il réclame que la journée de travail soit limitée à la dépense normale d’une force de travail journalière. Le capitaliste prétend qu’ayant acheté la force de travail, il a le droit d’en tirer toute la valeur d’usage et de prolonger à volonté la journée de travail. Les deux — l’ouvrier et le capitaliste — invoquent avec autant de raison les lois de l’échange des marchandises.

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Entre des droits égaux, c’est la violence qui décide. Et c’est ainsi que dans l’histoire de la production capitaliste la lutte pour la fixation normale de la journée de travail n’est que la lutte pour la limitation de la journée de travail ; et les deux antagonistes sont le capitaliste total, c’est-à-dire la classe capitaliste, et l’ouvrier total, c’est-à-dire la classe ouvrière. (K. Marx : le Capital, t. 2, p. 83-84. La phrase en italique manque dans la traduction.)

L’établissement d’une journée de travail normale est donc le résultat d’une guerre civile prolongée plus ou moins ouverte entre la classe capitaliste et la classe ouvrière. (K. Marx : le Capital, t. 2, p. 175.)

Au début du capitalisme, l’État prolongeait la journée de travail par la voie législative, mais avec la croissance de la classe ouvrière et de sa lutte pour la limitation de la journée de travail, l’État (surtout au 19e siècle) fut forcé de réduire la journée de travail par la voie législative.

Avant la guerre, dans tous les pays capitalistes, la classe ouvrière menait la lutte pour la journée de 8 heures. Pendant les premières années d’après-guerre, à la suite de l’essor formidable du mouvement révolutionnaire, la classe ouvrière a conquis la journée de 8 heures dans les pays capitalistes les plus considérables. Mais à partir de 1924 a commencé la prolongation de la journée de travail, souvent jusqu’à 12 heures et au-delà.

Seule, la lutte conséquente de la classe ouvrière décide de la durée de la journée de travail. La classe ouvrière ne pourra établir une journée de travail normale qu’après la conquête du pouvoir. Un exemple saisissant nous est offert par l’U.R.S.S. où on a passé de la journée de 8 heures à celle de 7 heures pour passer plus tard à celle de 6 heures.

Date: 2008-2014