Dominique Meeùs
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L’esclavage salarié

Dans la société capitaliste, l’ouvrier est, du point de vue formel, libre et jouit des mêmes droits que le capitaliste. Il vend de bon gré, en apparence, sa force de travail. Mais en réalité, c’est un esclave salarié.

L’ouvrier salarié n’est autorisé à travailler pour sa propre existence, autrement dit à exister, que s’il travaille gratuitement un certain temps pour les capitalistes et aussi pour ceux qui, avec ces p. 102derniers, vivent de la plus-value ; tout le système de la production capitaliste vise à prolonger ce travail gratuit par l’extension de la journée de travail ou par le développement de la productivité ou par une plus grande tension de la force de travail, etc. ; le système du travail salarié est donc bien un système d’esclavage et, en vérité, un esclavage d’autant plus dur que se développent des forces sociales productives du travail, quel que soit le salaire, bon ou mauvais, que reçoive l’ouvrier. (K. Marx et F. Engels : Critiques des programmes de Gotha et d’Erfurt, p. 39.)

L’esclave appartient à son maître. L’ouvrier n’appartient pas au capitaliste. Il ne vend pas sa force de travail à perpétuité, mais pour un temps déterminé. Il a la « liberté » de choisir le capitaliste qui l’exploitera, mais il est voué à la servitude salariée.

C’étaient des chaînes qui attachaient l’esclave romain à son maître ; ce sont des fils invisibles qui relient le salarié au patron. L’apparence de l’indépendance n’est maintenue que par le changement perpétuel des patrons individuels et par une fiction juridique. (K. Marx : le Capital, t. 4, p. 21.)

L’esclavage salarié ne se distingue que par la forme de l’esclavage antique. L’esclave ne touche pas de salaire. La nourriture qu’il reçoit est aussi peu la rémunération de son labeur que le fourrage du cheval. L’ouvrier salarié reçoit ses moyens de subsistance sous forme de salaire, prix de la force de travail que l’ouvrier, maître « de cette singulière marchandise », vend « librement » au capitaliste. Si le maître d’esclaves cherche à conserver la force de travail de l’esclave, comme il se soucie de son cheval, le capitaliste abandonne ce soin à l’ouvrier. Mais au fond, malgré la différence de forme, l’un comme l’autre donnent aux producteurs qu’ils exploitent les moyens de subsistance nécessaires pour continuer leur exploitation.

L’esclavage et le salariat ne se distinguent, en tant que formes sociales économiques, que par le mode suivant lequel le travail supplémentaire est extorqué au producteur direct, à l’ouvrier. (K. Marx : le Capital, t. 2, p. 59.

) Le capital et la plus-value ne sont qu’un rapport social déterminé, dissimulé sous la forme matérielle du capital et de la liberté juridique de l’ouvrier.

Date: 2008-2014