Dominique Meeùs
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Le salaire au temps

Le salaire au temps est payé pour une journée de travail d’une durée déterminée, par exemple, 4 francs pour une journée de 8 heures. Le prix d’une heure de travail est la mesure du prix du travail (n’oublions pas que le travail n’a pas de valeur et que, par conséquent, il n’a pas de prix ; nous nous servons ici de l’expression « prix du travail » uniquement dans le sens de la forme modifiée de la valeur de la force de travail). Dans notre exemple, le prix d’une heure de travail est de 0,50.

Le prix du travail peut rester invariable, et le salaire diminuer ou augmenter. Ainsi, lorsque diminue la journée de travail, le salaire horaire étant le même, le salaire diminue. Si, dans notre exemple, la journée de travail est réduite de 8 à 6 heures, et que le prix horaire reste de 0,50, le salaire sera de 3 francs. On est porté à croire que les intérêts de l’ouvrier n’ont pas été lésés. Il reçoit moins parce qu’il travaille moins, le « prix du travail » n’a pas baissé. Le capitaliste semble lui payer le même prix pour son travail. Mais en réalité, il se produit ici une baisse du salaire au-dessous de la valeur de la force de travail.

Dans notre exemple, la valeur de la force de travail est de 4 et non de 3 francs. Avec 3 francs, l’ouvrier n’arrive pas à reproduire sa force de travail. Le capitaliste paye ainsi la force de travail au-dessous de sa valeur. Mais ce fait est dissimulé par « le prix du travail ». Comme le salaire horaire n’a pas changé, on en conclut que l’ouvrier n’a rien à réclamer du capitaliste.

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Nous avons vu plus haut les suites pernicieuses de l’excès de travail ; nous découvrons ici les sources des maux qui résultent pour l’ouvrier d’une occupation insuffisante. (K. Marx : le Capital, t. 3, p. 248.)

Dans tous les pays capitalistes, au cours de la crise économique actuelle, on a diminué non seulement le nombre des ouvriers occupés, en transformant une partie des ouvriers occupés en chômeurs, mais aussi le temps de travail de ceux qui sont encore occupés. Naturellement, les capitalistes, sous prétexte de la réduction du temps de travail (semaine incomplète), réduisent en même temps les salaires. Les chefs social-démocrates ont rendu à la bourgeoisie le plus grand service en l’aidant à voler la classe ouvrière. Ainsi, en Allemagne, l’ancien ministre du Travail, le social-démocrate Wissel écrivait :

La réduction du temps de travail ne peut être appliquée qu’avec une réduction correspondante des salaires.

Par contre, les partis communistes, dans les pays capitalistes, luttent pour la réduction de la journée de travail sans diminution de salaire.

La baisse des salaires au-dessous de la valeur de la force de travail a lieu également dans le cas où la journée de travail est prolongée et où l’ancien prix horaire est conservé. Si, dans notre exemple, la journée de travail est portée à 10 heures, le salaire horaire de 0,50 étant le même, le salaire montera à 5 francs par jour. Encore une fois, de prime abord, il semble que l’ouvrier n’ait rien à réclamer du capitaliste. Faisant plus d’heures, il touche davantage. Cependant les dernières heures de travail demandent une plus grande dépense d’énergie que les premières heures.

La valeur de la force de travail, qui n’en est, après tout, que l’usure, croît avec la durée du fonctionnement de cette force, et en proportion plus rapide que l’accroissement de la durée de fonctionnement. (K. Marx : le Capital, t. 3, p. 249.)

C’est pourquoi, avec la prolongation de la journée de travail, les ouvriers réclament l’augmentation du salaire horaire. Mais, d’autre part, la prolongation de la journée de travail accentue la concurrence parmi les ouvriers. Ainsi, en portant la journée de 8 à 10 heures, quatre ouvriers font autant p. 119de travail que cinq auparavant. Le renforcement de la concurrence entre les ouvriers permet au capitaliste de baisser le « prix du travail », c’est-à-dire le salaire horaire. Mais pour conserver le même salaire journalier, le salaire horaire ayant subi une baisse, l’ouvrier devra fournir une plus grande quantité d’heures de travail. Il est donc amené à faire des heures supplémentaires qui sapent ses forces et aggravent la concurrence entre les ouvriers. L’exploitation capitaliste s’en trouve accrue.

Date: 2008-2014