Dominique Meeùs
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La baisse du taux du profit et les contradictions du capitalisme

La baisse du taux du profit exprime l’élévation de la composition organique du capital qui, à son tour, implique la croissance des forces productives de la société capitaliste. La baisse du taux du profit exprime sous une forme capitaliste la croissance des forces productives de la société. p. 178Cette circonstance à elle seule dénote la nature profondément contradictoire de la production capitaliste. Le capitalisme développe les forces productives sociales pour en tirer le maximum de profit, mais la croissance des forces productives entraîne la baisse du taux du profit.

Le but du capital c’est l’accroissement maximum de la masse et du taux du profit. Le moyen propre à atteindre ce but c’est le développement des forces productives, la production de quantités aussi fortes que possible de marchandises. Plus se développent les forces productives et plus s’accentue la baisse du taux du profit. Pour endiguer cette baisse, les capitalistes développent encore plus les forces productives, ce qui a pour effet de faire baisser davantage le taux du profit. Ainsi pour arriver à son but, le capital est obligé de développer d’une façon illimitée les forces productives, sans tenir compte des limites que l’appropriation capitaliste impose à la consommation. Or, en régime capitaliste, la capacité de consommation de la société est déterminée non par les besoins, mais par le pouvoir d’achat. L’appropriation capitaliste réduit la consommation des masses à un niveau extrêmement bas. Toutes les marchandises fabriquées ne peuvent pas être vendues ni la plus-value qu’elles renferment réalisée. Aussi la tendance au développement illimité des forces productives se heurte-t-elle aux limites dressées par le capital. Cette contradiction apparaît dans les crises périodiques de surproduction.

En développant les forces productives, le capitalisme fixe lui-même des limites à ce développement. En régime capitaliste, la limite de la production ce ne sont ni les forces productives ni l’impossibilité technique de leur développement ultérieur, mais uniquement la forme capitaliste de production, c’est-à-dire le capital lui-même. Le but du capital — l’accroissement maximum du taux du profit — entre toujours en contradiction avec le moyen d’atteindre ce but — le développement illimité des forces productives.

La limite véritable de la production capitaliste c’est le capital lui-même, le fait que le capital, avec sa mise en valeur, apparaît comme le commencement et la fin, comme la cause et le but de la production… Si le mode de production capitaliste est donc un moyen historique de développer la force productive matérielle et de créer le marché mondial correspondant, il est en même temps la contradiction permanente entre cette mission historique et les conditions correspondantes de la production sociale. (K. Marx : le Capital, t. 10, p. 187-188.)

p. 179

Plus le capitalisme se développe et plus s’approfondit la contradiction entre le mode de production sociale et sa forme capitaliste, plus s’aggrave l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. Le choc devient inévitable, dans lequel les forces productives sociales s’affranchissent par la voie révolutionnaire de leur forme capitaliste.

La baisse du taux du profit aggrave les contradictions du capitalisme. Mais cela ne signifie pas que le capitalisme périra de lui-même, automatiquement, « s’évaporera » par suite de la baisse du taux de profit, comme l’affirme un économiste allemand, H. Grossman, qui se considère comme un « marxiste révolutionnaire ».

Grossman a écrit un gros livre destiné à « prouver » qu’il doit arriver un moment où le taux du profit baissera tellement qu’il ne restera rien aux capitalistes pour la consommation et que le capitalisme fera inévitablement naufrage. Et ces sottises, Grossman tente de les attribuer à Marx.

La théorie d’un krach automatique du capitalisme est une théorie entièrement social-démocrate, antimarxiste et antiléniniste, quelles que soient les phrases « révolutionnaires » dont elle se couvre. Cette théorie d’un krach automatique du capitalisme aboutit à créer la passivité dans la classe ouvrière à détourner celle-ci de l’action révolutionnaire, et, par cela même, à aider au renforcement du capitalisme.

Le capitalisme ne se laissera pas emporter par un krach, si fortes que soient ses contradictions. Au contraire, l’aggravation de la contradiction fondamentale du capitalisme renforce la lutte du prolétariat pour sa libération. Le capitalisme ne peut être renversé que par la révolution prolétarienne.

Date: 2008-2014