Dominique Meeùs
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2. La grande et la petite production dans l’agriculture

Les lois fondamentales du développement du capitalisme agissent dans l’agriculture comme dans l’industrie : la production y est de plus en plus concentrée, la petite production est évincée par la grande, les petits producteurs individuels sont de plus en plus ruinés.

Lorsque, à la fin du siècle passé, le réformisme a procédé à la révision de la théorie marxiste de la concentration du capital, il invoquait principalement le maintien de la petite agriculture paysanne. Il affirmait que les conditions naturelles de l’agriculture limitent le développement de la grande production, que la grande production agricole n’offre pas d’avantages sur la petite et que cette dernière, loin de dépérir, évince la grande production. Le point de vue sur la question du sort de la petite production dans l’agriculture est devenu le point de vue officiel de la 2e Internationale.

La question de savoir si les lois du développement du p. 201capitalisme dans l’industrie s’appliquent à l’agriculture est d’une portée énorme pour définir les tâches de la lutte de classe du prolétariat. Si, dans l’agriculture, les petits producteurs ne sont pas ruinés ni prolétarisés, si en régime capitaliste les paysans ne sont pas exploités, alors le prolétariat dans sa lutte contre la bourgeoisie ne peut pas compter sur l’appui de la paysannerie. Alors l’hégémonie sur la petite bourgeoisie sera toujours exercée par la bourgeoisie et le prolétariat devra renoncer à son rôle dirigeant à l’égard de la paysannerie. Les menchéviks et les trotskistes faisaient et font de telles conclusions.

Si la nature elle-même empêche le développement de la grande production dans l’agriculture et favorise la croissance et le raffermissement de la petite production, le socialisme, c’est-à-dire la grande production socialisée, est impossible dans l’agriculture. Mais alors le socialisme devient impossible en général puisqu’il implique la socialisation de l’ensemble de l’économie.

C’est pourquoi la lutte contre le révisionnisme dans la question agraire a une importance de principe. Dans cette lutte, les bolcheviks, Lénine en tête, ont suivi seuls la ligne du marxisme. Lénine a mené une lutte implacable, non seulement contre les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires russes, mais aussi contre le révisionnisme dans toute la 2e Internationale d’avant-guerre.

Marx a élaboré la théorie de la rente foncière, mais il n’a pas eu le temps d’élaborer en détail la question des particularités du développement du capitalisme dans l’agriculture. Dans sa préface au Livre III du Capital, Engels indique que Marx a commencé l’étude des rapports agraires de la Russie, afin d’approfondir ultérieurement sa théorie de la rente foncière. Dans l’élaboration de la théorie de la rente et aussi de la question du développement du capitalisme dans l’agriculture,

la Russie devait jouer le rôle que l’Angleterre jouait au premier livre dans le salariat industriel. (K. Marx : le Capital, t. 9, p. 20.)

Marx mourut sans avoir eu le temps d’accomplir cette tâche.

Cette tâche fut remplie par Lénine, qui, dans une série d’ouvrages (le Développement du capitalisme en Russie, le p. 202Programme agraire de la social-démocratie dans la première révolution russe de 1905-1907, Nouvelles données sur les lois du développement du capitalisme dans l’agriculture, et bien d’autres), a développé la théorie marxiste de la rente, et sur cette base, a élaboré la théorie de la question agraire et, en particulier, la question de la grande et de la petite production dans l’agriculture.

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Date: 2008-2014