Dominique Meeùs
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Position de la question

De l’analyse des conceptions de Smith, il ressort déjà que la question de la reproduction du capital aussi bien individuel que social est étroitement liée avec la question de la composition de tout le produit social dans son ensemble. Pour éclaircir ce lien, donnons l’exemple suivant.

Supposons que devant nous soit un fabricant de n’importe quel objet de consommation, par exemple de vêtements. Il a produit une certaine quantité de vêtements, qui atteint la valeur de 100 000 francs, et il a vendu ces vêtements à leur valeur. Supposons que cette valeur contienne : 1. la valeur du capital constant dépensé pour la production des vêtements (60 000 francs) ; 2. la valeur de la force de travail dépensée (20 000 francs) et 3. la plus-value (20 000 francs).

Pour recommencer la production (nous avons en ce moment en vue seulement la reproduction simple), le capitaliste, sur les 100 000 francs reçus doit en employer 60 000 pour l’achat de nouveaux moyens de production à la place de ceux déjà utilisés. Par conséquent, il doit trouver sur le marché non des moyens de production en général, mais des moyens de production tout à fait déterminés — machines à coudre, tissu, fil, etc. — dans une quantité tout à fait déterminée et d’une valeur déterminée, à savoir 60 000 francs. Et il trouvera ces moyens de production sur le marché seulement à la condition qu’ils aient été produits auparavant dans les entreprises d’autres capitalistes, c’est-à-dire seulement à la condition que les moyens de production nécessaires à notre capitaliste existent dans la composition de tout le produit social. Pour la reproduction des vêtements, il est nécessaire que, dans les autres entreprises, on produise de nouvelles machines et les autres moyens de production nécessaires à la fabrication des vêtements, tandis que dans la fabrique de vêtements sont consommés et usés les machines à coudre, les tissus, etc.

Une autre partie de l’argent, retiré de la vente de la marchandise, la partie qui correspond à la valeur de la force de travail dépensée, à savoir 20 000 francs, le capitaliste p. 219la dépense comme capital variable en achetant de la force de travail. La question de savoir s’il trouvera sur le marché cette force de travail ne présente pas de difficulté. Nous avons déjà montré plus haut (chapitres 4 et 6) comment le capitalisme se crée un marché permanent de force de travail inutilisée. Il en est tout autrement pour les moyens d’existence des ouvriers. Pour que les ouvriers puissent travailler et produire de la plus-value, ils doivent reproduire leur force de travail. Ils doivent trouver sur le marché les objets de consommation nécessaires. Cela signifie que, pour la reproduction des vêtements, il est nécessaire que dans la composition du produit social se trouvent des objets de consommation personnelle déterminés, d’une valeur déterminée.

Enfin, le capitaliste dépense la plus-value pour lui personnellement. Dans la composition du produit social il doit par conséquent y avoir encore les moyens d’existence nécessaires et des objets de luxe pour la somme de 20 000 francs qui sert à la consommation des capitalistes.

Prenons maintenant un autre exemple — un fabricant d’un moyen de production quelconque, par exemple, de tours. Supposons que son produit annuel ait aussi une valeur de 100 000 francs qui se décompose en 60 000 francs pour la valeur du capital constant dépensé, 20 000 francs pour la valeur du capital variable dépensé et 20 000 francs pour la plus-value. Bien que dans la valeur de ce produit soient renfermées et la valeur du capital variable et la plus-value (40 000 francs), ce même produit par sa forme naturelle ne peut être consommé comme revenu ni par les ouvriers ni par le capitaliste. Ce produit — les tours — peut être consommé seulement dans la production, seulement comme capital, à savoir comme capital constant, par d’autres capitalistes. Il sera vendu seulement dans le cas où selon sa valeur et selon sa valeur d’usage, il correspondra au capital constant dépensé par d’autres capitalistes et qu’ils doivent remplacer par un nouveau…

Si cette condition n’existe pas, le fabricant de tours ne pourra vendre sa marchandise, acheter les moyens de production et la force de travail qui lui sont nécessaires et renouveler la production. Autrement dit, la reproduction chez le fabricant de tours dépend de la reproduction dans une série d’autres entreprises.

Des deux exemples cités, on peut tirer les conclusions suivantes :

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En premier lieu, pour que la reproduction soit possible dans une entreprise, la reproduction dans une série d’entreprises est nécessaire. La reproduction du capital individuel, qui forme une partie de la reproduction du capital social est en même temps conditionnée par lui.

En second lieu, pour la reproduction, il ne suffit pas que la valeur de tout le produit social se décompose en valeur des moyens de production (capital constant) dépensés, en salaires (capital variable) et en plus-value. Il est nécessaire encore que dans la composition de tout le produit social existe, d’une part, des marchandises telles que, par leur valeur d’usage, par leur forme naturelle, elles puissent remplacer le capital constant dépensé dans les différentes entreprises (moyens de production) et, d’autre part, des produits tels qu’ils puissent entrer dans la consommation personnelle des ouvriers et des capitalistes (objets de consommation). Autrement dit : Pour la reproduction, il est nécessaire que tout le produit de la société ait une composition déterminée aussi bien par sa valeur que par sa forme naturelle.

Date: 2008-2014