Dominique Meeùs
Dernière modification le   
Louis Ségal, Principes d’économie politique : versions, table des matières, index des notions — Retour au dossier marxisme

La réalisation dans la reproduction simple

Examinons comment se produit la réalisation des parties composantes du produit social en valeur et en valeur d’usage dans la reproduction simple. Revenons à notre schéma de la composition matérielle et en valeur du produit social :

Section I : 4 000 C  +  1 000 V  +  1 000 M  =  6 000
Section II : 2 000 C  +  500 V  +  500 M  =  3 000
Produit total :   6 000 C  +  1 500 V  +  1 500 M  =  9 000
p. 224

Avant tout, il saute aux yeux que le dernier chiffre de la première ligne (6 000) est égal à la somme des premiers chiffres des deux lignes (4 000 C + 2 000 C). Autrement dit : tout le produit de la section I est égal, en valeur, à la somme du capital constant dépensé dans les sections I et II c’est-à-dire à la grandeur du capital constant dépensé pour la production de tout le produit social. Cela est compréhensible : car le produit de la section I consiste seulement en moyens de production qui, par leur forme naturelle, ne peuvent fonctionner que comme capital constant, et toutes les branches de la production sociale, représentées par les deux sections, ne peuvent remplacer les éléments de leur capital constant qu’avec des produits de la section I.

De ce schéma, il ressort encore que tout le produit de la section II est en valeur (3 000) égal à la somme du capital variable et à la plus-value des deux sections (1 000 V I + 500 V II + 1 000 M I + 500 M II) ou la somme du capital social variable et à la masse sociale de la plus-value (1 500 V + 1 500 M). La raison en est tout à fait claire : tout le produit de la section II consiste par sa forme matérielle seulement en objets de consommation des ouvriers et des capitalistes. Les ouvriers et les capitalistes des deux sections ne peuvent réaliser leur salaire et leur plus-value qu’avec les produits de la section II. Pour la reproduction du capital social dans son ensemble, il est nécessaire que le produit de la section I consiste non en moyens de production en général, mais en moyens de production déterminés : en moyens de production tels qu’ils puissent être employés dans la section I pour la production de nouveaux moyens de production et dans la section II pour la production de nouveaux objets de consommation. Aux capitalistes de la section I, pour renouveler le procès de la production il faut des moyens de production de la valeur de 4 000 à la place de ceux qui sont usés. Pour certains capitalistes de cette section, le produit peut leur servir de moyen de production, par exemple le charbon dans une mine de houille est un produit, mais là même, il peut aussi servir de combustible aux machines à vapeur employées dans la mine. Les capitalistes de la section I achètent l’un chez l’autre la majorité des moyens de production nécessaires à la fabrication de nouveaux moyens de production. Le producteur de houille achète chez le fabricant de machines les machines nécessaires à la mine ; le propriétaire d’une usine métallurgique p. 225achète chez le constructeur de machines l’outillage nécessaire pour le haut fourneau ; le constructeur de machines achète chez le métallurgiste la fonte et l’acier, chez le producteur de la houille, le charbon, etc. Ainsi, par la voie d’une série de circulations, d’achats et de ventes entre les capitalistes de la section I, une partie du produit de la section I, qui consiste en moyens de production pour la fabrication des moyens de production et égale en valeur au capital constant de cette section (4 000 C) est réalisée dans les limites de la section I et indemnise en nature le capital constant employé et usé dans cette section.

Passons maintenant à la section II. Tout le produit de cette section consiste en objets de consommation personnelle. Les ouvriers de cette section avec le salaire reçu des capitalistes sous forme d’argent (500) achètent chez eux les moyens d’existence nécessaires pour la même somme. Ainsi, par la voie d’une série de circulations entre les ouvriers et les capitalistes de la section II est réalisée la partie du produit de la section II qui, en valeur, est égale à la valeur du capital variable (500 V) dépensé dans cette section. En résultat de cette réalisation, les capitalistes de la section II voient leur capital variable leur revenir sous forme d’argent et ils peuvent de nouveau acheter de la force de travail, et les ouvriers de cette section reconstituent leur force de travail et peuvent de nouveau la vendre. Ensuite les capitalistes de la section II achètent l’un chez l’autre les moyens d’existence nécessaires et des objets de luxe pour une valeur globale de 500. Par la voie de ces circulations entre les capitalistes de la section II est réalisée la partie du produit de cette section, dont la valeur est égale à la masse globale de la plus-value de cette section (500 M). Ainsi, dans les limites de la section II est réalisée la partie du produit (objets de consommation), qui, en valeur, est égale au capital variable et à la plus-value de cette section (500 V + 500 M).

Pour plus de clarté, encadrons les parties du produit qui sont réalisées à l’intérieur de chaque section. Notre schéma prendra alors l’aspect suivant :

Section I : 4 000 C + 1 000 V + 1 000 M = 6 000 Section II : 1 000 C + 500 V + 500 M = 3 000

p. 226

Dans la section I, la partie du produit, d’une valeur de 2 000, qui contient la valeur reproduite du capital variable (1 000 V) dépensé dans cette section et la plus-value (1 000 M), est restée non réalisée. Cette partie du produit consiste en moyens de production, et c’est pourquoi elle ne peut pas servir à la consommation personnelle ni des ouvriers ni des capitalistes de la section II, car, par sa forme naturelle, elle ne peut pas, en général, servir à la consommation personnelle.

D’autre part, cette partie du produit de la section I ne peut pas être employée dans les limites de cette section, également en qualité de capital constant, car celui-ci est déjà indemnisé ici au moyen de la réalisation de la première partie du produit (4 000) et dans la reproduction simple, à la section I, il faut seulement pour 4 000 de moyens de production. Par conséquent, cette partie du produit de la section I non encore réalisée ne peut l’être que dans les limites de la section II. C’est pourquoi elle doit consister en moyens de production servant à la production d’objets de consommation.

Dans la section II, la partie du produit d’une valeur de 2 000 qui représente la valeur du capital constant (2 000 C) dépensé dans cette section est restée non réalisée. Elle consiste en objets de consommation et c’est pourquoi elle ne peut servir à remplacer les éléments matériels du capital constant de cette section, car, par sa forme matérielle, elle ne peut pas, en général, servir de moyens de production. D’autre part, cette partie du produit de la section II ne peut servir à la consommation personnelle des ouvriers et des capitalistes de cette section, car ces derniers ont déjà réalisé leur salaire et leur plus-value dans une autre partie du produit de leur section (500 V + 500 M). Par conséquent, cette partie du produit de la section II non réalisée (2 000) ne peut être réalisée que dans les limites de la section I.

Il est évident que des parties déterminées du produit social ne peuvent être réalisées que par la voie d’échanges entre les deux sections de la production sociale.

La réalisation de ces différentes parties du produit social peut s’effectuer de la façon suivante. Les capitalistes de la section II achètent chez les capitalistes de la section I des moyens de production pour 2 000. Sur l’argent reçu, les capitalistes de la [section I] dépensent 1 000 de plus-value p. 227pour l’achat d’objets de consommation chez les capitalistes de la section II. Et ils payent les autres 1 000 à leurs ouvriers sous forme de salaire. Les ouvriers de la section I achètent chez les capitalistes de la section II des objets de consommation pour 1 000. Ainsi se sont trouvés réalisés dans la section I  1 000 V et 1 000 M et dans la section II  2 000 C.

Tout ce procès de la réalisation du produit social dans son ensemble peut être schématiquement figuré de la façon suivante (les encadrements simples signifient que la réalisation des parties du produit social enfermées dans ceux-ci se produit dans les limites de la section donnée, et les encadrements réunis par un trait signifient que la réalisation se produit dans la circulation entre les sections) :

Section I : 4 000 C + 1 000 V + 1 000 M = 6 000 Section II : 1 000 C + 500 V + 500 M = 3 000

Ainsi, avec la composition en valeur et en valeur d’usage de tout le produit social que nous avons supposé, est possible la pleine réalisation de toutes les parties du produit social sans excédent. Par son schéma de la réalisation dans la reproduction simple, Marx a illustré la façon dont est indemnisé par le produit annuel de la société le capital constant dépensé et la façon dont la consommation des ouvriers et des capitalistes est liée avec cela. Il a dévoilé et clairement montré les lignes fondamentales et les plus simples suivant lesquelles se produit le mouvement du capital social dans son ensemble et dans ses parties composantes. Par cela même, il a résolu la question la plus difficile, celle de savoir comment le mouvement des parties composantes en valeur du produit social est lié avec le mouvement de ses parties composantes en valeur d’usage.

Toutes ces conditions compliquées de la réalisation dans la reproduction simple, et, par conséquent, les conditions de la reproduction simple elle-même, que nous venons d’analyser, peuvent être réduites à une condition fondamentale très simple, à savoir : pour que puisse avoir lieu la reproduction simple, il est nécessaire que toute la somme du capital variable et de la plus-value de la section I (I V + I M) soit égale au capital constant de la section II (II C).

Cela découle de l’exemple donné par nous, dans lequel p. 228I V (1 000) + I M (1 000) = II C (2 000). Sous cette condition, toutes les parties du produit social peuvent être réalisées, l’indemnisation du capital constant se produit dans toutes les entreprises individuelles, la force de travail dépensé se reconstitue et la production peut se renouveler dans les mêmes dimensions qu’auparavant, c’est-à-dire que la reproduction simple est possible.

En appliquant la même méthode que dans l’analyse de la reproduction simple, Marx a dévoilé aussi les conditions dans lesquelles est possible la reproduction élargie.

Date: 2008-2014