Dominique Meeùs
Dernière modification le   
Louis Ségal, Principes d’économie politique : versions, table des matières, index des notions — Retour au dossier marxisme

La production et la consommation en régime capitaliste

Bien qu’un certain élargissement de la consommation soit le résultat de l’élargissement de la production, la consommation des masses ne correspond cependant pas à la croissance de la production et reste en arrière de celle-ci, car la paupérisation absolue et relative de la classe ouvrière est une loi du capitalisme.

Dans tout le produit du capital social, la part des objets de consommation tombe. Sismondi et ses disciples tirent de là la conclusion que le capitalisme ne peut pas se développer. Ils ne voient pas que le développement du capitalisme ne peut se produire que par cette voie.

Ce développement de la production (et, par suite, du marché intérieur lui aussi) essentiellement dans le domaine des moyens de production semble paradoxal et constitue, sans doute aucun, une contradiction. C’est une véritable « production pour la production », c’est un élargissement de la production sans élargissement correspondant de la consommation. Mais ce n’est pas là une contradiction dans la doctrine, mais dans la vie elle-même ; c’est précisément une contradiction qui correspond à la nature même du capitalisme et aux autres contradictions de ce système d’économie sociale. Cet élargissement de la production sans élargissement correspondant de la consommation correspond justement à la mission historique du capitalisme et à sa structure sociale spécifique : la première consiste à développer les forces productives de la société ; la seconde exclut l’utilisation de ces conquêtes techniques par la masse de la population.

Lénine, Le développement du capitalisme en Russie, Œuvres, tome 3, p. 48. C’est Ségal qui souligne.

Les socialistes petits-bourgeois voient les contradictions entre la production et la consommation en régime capitaliste. Mais, de là, ils tirent la conclusion que dans les cadres de la société capitaliste il doit exister une surproduction constante de marchandises qui ne trouvent pas d’écoulement, que l’accumulation capitaliste est impossible sans p. 239marché extérieur. [Certes, une telle surproduction doit de temps à autre se produire inévitablement (les crises). Nous en parlerons plus bas.] Mais en réalité, cela signifie l’impossibilité du capitalisme même, car sur le marché extérieur se produit aussi la ruine des petits producteurs, la paupérisation des masses de la classe ouvrière et là-bas la production doit aussi dépasser la consommation. Comme le capitalisme est tout de même un fait réel qu’on ne peut pas nier, les socialistes petits-bourgeois le déclarent un phénomène monstrueux, une déviation de la marche « normale » du développement de la société humaine, ils se plaignent au sujet des malheurs que le capitalisme apporte aux masses et dessinent des tableaux enchanteurs du régime prospère et florissant de la petite production marchande, en comparaison duquel le capitalisme est un pas en arrière dans le développement de la société humaine. Les socialistes petits-bourgeois sont pour la conservation de la petite production, ils sont les idéologues des petits producteurs et c’est pourquoi ils ne peuvent pas comprendre que le capitalisme est une étape nécessaire de l’histoire de l’humanité, qu’il développe les forces productives de la société et que, jusqu’à un certain degré de son développement, jusqu’à sa transformation en impérialisme, il est un mode de production progressif, car il développe les forces productives et crée une classe ouvrière révolutionnaire, qui est appelée à en finir avec toute exploitation et avec la misère des masses.

Les socialistes petits-bourgeois se détournent de la réalité et bercent les masses avec leurs contes sur un régime idéal de petite production qui est, en fait, un régime rétrograde et barbare. Ils ne voient pas que le capitalisme se développe sur la base de cette même petite production et que pour en finir réellement avec le capitalisme, il faut aller non en arrière, mais en avant. C’est pourquoi, Marx disait que les socialistes petits-bourgeois sont en réalité réactionnaires, et Lénine leur a donné le nom mérité de rêveurs « romantiques », de gens qui se détournent de la réalité et rêvent d’un retour au passé qu’ils idéalisent.

La différence entre les juges romantiques du capitalisme et les autres [Lénine a, ici, en vue les marxistes révolutionnaires] consiste, en général, « seulement » dans leur « point de vue », « seulement » dans le fait que les uns jugent d’en arrière et les autres d’en avant, les uns du point de vue du régime qui est démoli par le capitalisme, les autres du point de vue de celui que le capitalisme crée. (Lénine : Œuvres complètes, t. 2, p. 34, édition russe.)

p. 240

L’issue à la servitude capitaliste ne consiste pas à « arrêter » le développement du capitalisme et à revenir à la petite production comme l’exigent les « socialistes » petits-bourgeois. L’issue consiste dans le développement des contradictions du capitalisme, car…

… plus se développe cette contradiction [entre le caractère social de la production et le caractère individuel de l’appropriation] plus il est aisé d’en sortir. (Lénine : Œuvres complètes, t. 2, p. 40, édition russe.)

Plus aisé parce que le développement de cette contradiction signifie, d’une part, la croissance de la grande production sociale, qui devient de moins en moins compatible avec l’appropriation capitaliste, et, d’autre part, la croissance de la classe ouvrière, de sa conscience, de son organisation et de sa révolte contre le joug du capital, la croissance de la force révolutionnaire qui est appelée à renverser le capitalisme.

Date: 2008-2014