Dominique Meeùs
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Le développement de la crise

La crise éclate juste au moment où les affaires vont admirablement bien pour les capitalistes. La surproduction se révèle d’un coup et la crise éclate aussi subitement. Mais, en réalité, la surproduction existe à l’état latent bien avant la crise. Le crédit et le commerce contribuent à cet état de choses.

Les banques concentrent le capital-argent colossal qui est mis à la disposition des industriels sous forme de prêts. Le crédit permet aux capitalistes de produire bien que les marchandises produites auparavant ne soient pas encore vendues. En raison de la hausse des prix qui s’observe la veille de la crise, le crédit permet aux capitalistes de stocker en attendant une hausse ultérieure des prix. Tant que les affaires vont bien, tant que la demande de marchandises augmente, que les prix haussent, etc., les capitalistes peuvent vendre l’un à l’autre des marchandises à crédit. Le crédit permet ainsi à la production de dépasser le cadre du pouvoir d’achat réel.

La banque et le crédit deviennent le moyen le plus puissant pour étendre la production capitaliste au-delà de ses propres limites, et un des véhicules les plus actifs des crises et de la spéculation. (K. Marx : le Capital, t. 12, p. 240.)

La demande de marchandises pendant l’essor qui précède la crise, ce n’est pas seulement celle qui émane des consommateurs immédiats, c’est encore la demande spéculatrice des capitalistes commerçants : dans l’espoir de profits plus considérables, les commerçants achètent aux industriels des quantités de marchandises supérieures à la demande des consommateurs immédiats. La séparation du capital-marchandise sous la forme de capital commercial indépendant (voir ch. 7, par. 1), conduit à la formation d’une demande commerciale indépendante. Ce qui a pour effet de pousser la production au-delà des limites déterminées par le pouvoir d’achat véritable de la société.

Ainsi se crée une surproduction latente : la production continue à plein, les prix montent, bien que le marché soit p. 260déjà surchargé. Mais dès qu’il se produit, à un certain endroit, un arrêt dans la vente, la surproduction, qui était jusqu’ici à l’état latent, se manifeste aussitôt sous la forme d’une masse énorme de marchandises qui ne trouve pas d’acheteurs.

Bien que les racines de la crise résident dans la production elle-même, la crise éclate tout d’abord dans le domaine du crédit et du commerce.

Les capitalistes étant liés l’un à l’autre par un réseau ramifié de crédit, le retard dans l’écoulement d’une marchandise qui se trouve sur le marché en grande quantité provoque l’insolvabilité des capitalistes intéressés, qui se répercute du coup sur toute la chaîne du crédit : lorsque le capitaliste Dupont ne peut pas faire face à ses échéances envers le capitaliste Martin, celui-ci se trouve dans l’impossibilité de payer ses échéances à Dubois, etc. Le crédit étant concentré dans les banques, l’insolvabilité des débiteurs de la banque aboutit à l’insolvabilité des banques elles-mêmes. Les faillites se succèdent. Les déposants, pour mettre leurs dépôts en sûreté, s’empressent de les retirer de la banque. La demande s’accroît pour le capital de prêt tandis que son offre diminue, c’est pourquoi le taux d’intérêt augmente fortement.

Du domaine du crédit, la crise gagne rapidement le commerce. Les capitalistes (industriels et commerçants), ayant besoin de fonds, baissent les prix de leurs marchandises dans le but de se débarrasser d’elles, ce qui aggrave la concurrence et mène à une baisse plus accentuée des prix. Bien que la baisse des prix soit inégale dans les différentes branches, elle prend un caractère général et se produit d’une façon soudaine.

Enfin la crise éclate dans le domaine de la production. À la suite des faillites, de la baisse des prix, des stocks accumulés et de la diminution des commandes, la production commence à se rétrécir. Les usines ferment et celles qui continuent de travailler réduisent leur production. Les ouvriers sont licenciés en masse. Les capitalistes attaquent les salaires.

Date: 2008-2014