Dominique Meeùs
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La périodicité des crises

La crise constitue toujours le point de départ de grandes entreprises et, par suite, si nous considérons toute la société, plus ou moins une nouvelle base matérielle pour le prochain cycle de rotations. (K. Marx : le Capital, t. 6, p. 62.)

Le nouvel essor qui suit la crise se déroule déjà sur la base d’un capital plus centralisé et à composition organique plus élevée qu’auparavant. Par conséquent, après la crise, les forces productives sont plus puissantes qu’avant. La crise contribue ainsi à la croissance des forces productives sociales, mais au moyen de leur destruction.

Le capital étant, après la crise, plus centralisé et offrant p. 267une composition organique plus élevée, il en ressort que la production sociale peut croître beaucoup plus rapidement qu’avant la crise. Mais cela signifie que la contradiction entre la production sociale et l’appropriation capitaliste devient, après chaque crise, plus aiguë qu’avant, que la tendance à l’extension illimitée de la production doit à nouveau se heurter, et cela avec plus de force encore, au pouvoir de consommation de la société limité par le capital. Une crise plus forte et plus destructive doit s’ensuivre.

La reprise commence en liaison avec le renouvellement du capital fixe, c’est-à-dire par la section I de la production sociale (production des moyens de production), dans la section II l’essor suit celui de la section I. L’augmentation de la consommation de la classe ouvrière, en liaison avec la réintégration dans la production, n’est, encore une fois, pas le but, mais seulement la conséquence de l’élargissement de la production. Encore une fois, en raison de la contradiction fondamentale du capitalisme, elle sera en retard sur l’élargissement de la production.

Dès que commence l’essor, la demande de marchandises augmente, et les prix montent. Dans ce procès, la demande de marchandises s’accroît dans une mesure beaucoup plus considérable que les besoins mêmes de la production capitaliste ; elle est artificiellement grossie par le commerce, le crédit et la spéculation.

Ainsi, la contradiction n’est pas abolie par la crise, elle n’est que temporairement aplanie ; la crise ne fait que « rétablir pour un moment l’équilibre troublé » pour le violer à nouveau tout de suite après.

Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’un côté, par la destruction forcée d’une masse de forces productives ; de l’autre, par la conquête de nouveaux marchés et l’exploitation plus approfondie des anciens. À quoi cela aboutit-il ? À préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir. (K. Marx et F. Engels : le Manifeste…, p. 19.)

En effet, à partir de 1825, le monde capitaliste a traversé une série de crises qui se sont répétées en moyenne tous les dix ans et ensuite tous les six-sept ans. Les crises ont eu lieu en 1825, en 1836, en 1847, en 1857, en 1866 et en 1877. Dans les années 80 et au commencement des années 90, il y eut un marasme dans la production des principaux pays p. 268capitalistes, ensuite, commence un essor qui aboutit à la crise de 1900-1901. Puis, ce furent les crises de 1907, 1913, 1921 et 1929-35. Cette dernière est la plus formidable de toutes celles que le capitalisme ait jamais traversées (nous en parlerons spécialement dans le dernier chapitre).

Chaque nouvelle crise se produit sur la base d’un niveau plus élevé des forces productives que la précédente, aussi les crises ont-elles chaque fois un caractère plus profond.

Les crises de surproduction sont donc des crises périodiques, elles reviennent inévitablement à des intervalles déterminés. La même cause qui provoque en général la crise est aussi la cause de la périodicité des crises. La contradiction entre la production sociale et l’appropriation capitaliste, qui est la cause des crises, obtient une solution temporaire dans la crise, mais une solution telle qu’elle rend inévitable une nouvelle crise. Les crises découlent de la nature même du capitalisme, et c’est pourquoi elles ne peuvent disparaître qu’avec l’abolition de la domination du Capital sur les forces productives sociales, ou avec l’abolition du capitalisme.

Date: 2008-2014