Dominique Meeùs
Dernière modification le   
Louis Ségal, Principes d’économie politique : versions, table des matières, index des notions — Retour au dossier marxisme

La lutte pour un nouveau partage du monde

Nous voyons ainsi que le caractère de la sujétion coloniale et de la politique coloniale change essentiellement à l’époque de l’impérialisme. Avant l’impérialisme, il y avait seulement conquête de pays arriérés non encore soumis, qui servaient principalement de marchés d’écoulement des marchandises. Comme, dès le commencement de l’époque de l’impérialisme, toute la terre était déjà partagée entre p. 306tous les impérialistes de proie, la lutte ne pouvait ensuite s’engager que pour un nouveau partage du monde, c’est-à-dire pour le passage des territoires…

… D’un « possesseur » à un autre et non de l’état d’abandon où ils étaient à un maître. (Lénine : l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, p. 86.)

Et cette lutte prend un caractère d’autant plus aigu que, comme nous venons de le voir, la possession de colonies est vraiment une question de vie ou de mort pour chaque pays impérialiste.

Le partage territorial du monde a eu lieu sur la base du rapport des forces qui s’est formé entre les pays impérialistes vers la fin du 19e siècle. Les pays impérialistes les plus jeunes comme l’Allemagne, les États-Unis et le Japon se trouvèrent « lésés ». Cependant, les divers pays capitalistes se développent de façon inégale. À l’époque de l’impérialisme cette inégalité s’accentue à l’extrême, avant tout à cause du fait que le monde entier est déjà partagé et que la lutte a pour objet un partage nouveau : les jeunes pays impérialistes qui possèdent une puissante industrie monopolisée, qui exportent des capitaux et ont besoin de colonies doivent, sous peine de leur ruine, en tant que pays impérialistes, tendre toutes leurs forces pour dépasser les pays impérialistes plus anciens, qui ont réussi à s’emparer d’importants territoires. L’inégalité du développement s’accentue aussi grâce au développement colossal de la technique à l’époque de l’impérialisme.

Mais dans les conditions où le monde entier est déjà partagé, quand il ne reste déjà plus de terres inoccupées, l’accentuation de l’inégalité signifie l’inévitabilité des guerres impérialistes mondiales pour un nouveau partage des terres déjà partagées. De nouvelles colonies peuvent être acquises non par la voie de la conquête de pays arriérés non encore conquis (car il n’en existe déjà plus), mais seulement en les arrachant par la voie de la guerre à d’autres pays impérialistes.

L’époque de l’impérialisme est donc une époque de guerres impérialistes mondiales. Lorsque se produisait encore la conquête de pays arriérés et qu’il restait encore beaucoup de terres inoccupées, cette conquête pouvait s’effectuer sans que les États conquérants se heurtent les p. 307uns aux autres. Mais le partage du monde étant déjà achevé et la lutte se poursuivant pour son nouveau partage, cette lutte met en cause les intérêts immédiats de tous les États impérialistes, et la guerre pour le nouveau partage du monde devient une guerre mondiale.

En conséquence, le caractère du militarisme et des armements des États impérialistes change également. Lorsque les guerres se déroulaient entre les pays capitalistes avancés et les pays arriérés et faibles, il n’était pas besoin d’armements aussi puissants qu’à l’époque de l’impérialisme où la lutte a lieu entre les grandes puissances impérialistes. D’où la croissance sans précédent des armements et des armées, de l’industrie de guerre et des charges fiscales.

Date: 2008-2014