Dominique Meeùs
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4. Le capitalisme

Le capitalisme se développa à partir de la production marchande, mais avant son apparition, c’était l’économie naturelle qui dominait et non la production marchande. Dans les régimes de l’esclavage et de la féodalité existaient bien l’échange, l’argent, le commerce, mais la masse principale des produits n’était pas destinée au marché. Ce ne fut que sous le capitalisme que la production marchande devint le mode de production général et dominant. Le capitalisme développa largement la division sociale du travail. De la manufacture capitaliste, où le travail manuel forme la base de la production, surgit l’usine capitaliste munie de puissants moyens mécaniques. La productivité du travail s’accroît formidablement. De nouvelles marchandises p. 25surgissent, le nombre des industries grandit. Le capitalisme détruit en partie les anciens modes de production, en partie il se les subordonne. Il développa les moyens de communication, pénètre dans tous les coins du globe, crée le marché mondial et l’économie capitaliste mondiale.

Mais en régime capitaliste, la production n’a pas pour but la satisfaction des besoins sociaux mais l’enrichissement des capitalistes. La course au profit, telle est la force motrice. Pour tirer le plus de profit possible, chaque capitaliste, sous la pression de la concurrence, cherche à augmenter sa production, à intensifier l’exploitation des ouvriers, à introduire de nouvelles machines perfectionnées.

Nous avons déjà cité les paroles d’Engels disant que dans une société divisée en classes, « chaque progrès de la production marque en même temps un recul dans la situation de la classe opprimée, c’est-à-dire de la grande majorité. ». Le capitalisme aggrave extrêmement cette contradiction de la société divisée en classes.

Et comme producteur d’ardeur des autres au travail, comme pompeur de surtravail et exploiteur de force de travail, il [le système capitaliste] dépasse en énergie, en démesure et en efficacité, tous les systèmes antérieurs de production reposant directement sur du travail forcé.

Marx, Le Capital, Livre I, P.U.F., Paris, 2009, p. 347.

En développant les forces productives de la société, le capitalisme se révèle de moins en moins apte à les maîtriser. Les crises qui viennent périodiquement ébranler le système capitaliste et détruisent une partie des forces productives le prouvent abondamment. Le capitalisme devient de plus en plus un obstacle au développement de ces forces qu’il a lui-même engendrées. La suppression du capitalisme par la voie révolutionnaire, son remplacement par le communisme, c’est-à-dire par une société sans classes dans laquelle les moyens de production sont propriété collective, devient une nécessité historique.

Ainsi le développement du capitalisme conduit à la création des conditions matérielles et techniques nécessaires à l’édification de la société communiste. En même temps, il crée la force appelée à renverser le capitalisme : la classe ouvrière révolutionnaire dont la situation s’aggrave avec le développement du capitalisme et qui n’a d’autre issue que celle de renverser le capitalisme et de construire la société communiste.

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La contradiction entre les forces productives
et les rapports de production

Le rapide coup d’œil que nous avons jeté sur le développement de la société montre que le passage d’un mode de production à un autre n’est pas l’effet du hasard, mais découle du développement de la contradiction entre les forces productives et les rapports de production. Voici en quels termes Marx expose cette loi de l’évolution historique :

… dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles. […] À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale.

Contribution à la critique de l’économie politique, préface, Éditions sociales, Paris, 1977, p. 2-3.

Chaque système de rapports de production ou chaque formation sociale, communisme primitif, esclavage, féodalité, capitalisme, communisme, a ses particularités. Mais, en considérant les trois modes de production qui suivirent le communisme primitif, nous verrons qu’un seul trait leur est commun à tous, les rapports de production sont des rapports de classe. Ces modes de production sont caractérisés par l’antagonisme de classe, et la lutte de classe constitue ici le trait fondamental, déterminant de toute la vie sociale. Le capitalisme est la dernière société antagoniste, la dernière société divisée en classe, à sa place vient la société socialiste sans classe, première phase du communisme, dont l’édification commence avec la victoire de la révolution prolétarienne, avec l’instauration de la dictature du prolétariat.

Toutes les révolutions antérieures se ramenaient au remplacement d’un régime d’exploitation par un autre, alors que la révolution prolétarienne abolit toute exploitation.

Seule notre révolution soviétique, notre révolution d’Octobre a posé la question de façon à ne point remplacer un groupe d’exploiteurs p. 27par un autre, à ne point remplacer une forme d’exploitation par une autre, mais à anéantir toute exploitation, à supprimer exploiteurs, richards et oppresseurs, anciens et nouveaux. (J. Staline : Dans la bonne voie, p. 12. Bureau d’éditions, Paris, 1933.)

Dans la société divisée en classes, la domination de l’homme sur la nature se fait par la domination et l’exploitation de l’immense majorité de la société par une infime poignée d’exploiteurs. Aussi, chaque pas en avant de la production constitue-t-il un pas en arrière dans la situation des travailleurs. Par contre, la révolution prolétarienne inaugure une nouvelle ère, où chaque pas en avant de la production signifie en même temps un pas en avant dans la situation des travailleurs où, pour la première fois, la société devient maîtresse de la nature, où les forces productives se développent à un rythme auquel ne saurait arriver aucune société basée sur l’exploitation d’une classe par une autre. La croissance rapide des forces productives et la victoire du socialisme dans l’U.R.S.S. en sont la preuve la plus éclatante.

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Date: 2008-2014