Dominique Meeùs
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3. Le capital et ses parties composantes

Le capital

Lorsque le capitaliste a acheté des moyens de production et la force de travail, son capital dont la forme initiale était monétaire a pris désormais la forme de moyens de production et de force de travail. À la fin du procès de production, le capitaliste aura son capital transformé en nouvelles marchandises. Mais la valeur de ces dernières est supérieure à la valeur initiale : elle contient la valeur initiale augmentée de la plus-value. Après la vente de ces marchandises, le capital reprend sa forme monétaire.

Le capital est une valeur qui s’accroît notamment dans la phase de la production. Le capital, c’est la valeur qui rapporte de la plus-value.

Le transfert de la valeur et la nouvelle valeur

En examinant les différentes parties du capital, nous verrons que chacune d’entre elles joue un rôle différent. Prenons, par exemple, les moyens de production : objets de travail et moyens de travail. L’objet de travail offre une valeur déterminée. Elle se communique à l’objet fabriqué ; dans notre exemple, la valeur du coton est transférée dans le fil. Mais comment s’effectue ce transfert ? En transformant le coton en fil, l’ouvrier conserve la valeur du coton, qu’il transfère dans le produit, dans le fil.

Le transfert de la valeur des moyens de production n’est pas nécessairement suivi du transfert de la substance matérielle des moyens de production dans le produit fini. La substance du coton passe dans le fil ; le fil, c’est le coton p. 85à qui on avait communiqué une forme déterminée. Mais il en est autrement, si nous prenons les moyens de travail, par exemple les machines à filer. La substance matérielle de ce moyen de travail n’entre pas dans le produit fini, mais sa valeur entre dans la composition de sa valeur. Seulement, elle n’entre pas intégralement dans la valeur du produit, comme la valeur de l’objet de travail (la valeur d’un kilo de coton entre intégralement dans la valeur d’un kilo de fil), mais par parties, proportionnellement à son usure. Cette valeur des moyens de travail est transférée par l’ouvrier dans le procès de travail.

La situation est tout autre en ce qui concerne l’autre partie du capital, la valeur de la force de travail. Pour transformer, à l’aide des moyens de travail, 8 kilos de coton en 8 kilos de fil, l’ouvrier doit dépenser 8 heures de travail. Pendant ce temps, il crée une nouvelle valeur qui n’existait pas auparavant. La valeur du coton et de la machine à filer a existé avant que l’ouvrier ait commencé à transformer le coton en fil. Leur valeur n’a pas été créée par le travail du fileur, mais par celui du planteur de coton, et des ouvriers qui ont construit la machine à filer. Mais le travail de ces ouvriers est du travail passé, un travail déjà transformé en valeur, tandis que celui du fileur est du travail présent, du travail vivant. La force de travail est donc la source d’une nouvelle valeur, contrairement aux moyens de production qui ne sont pas, en général, une source de valeur, car ils ne sont pas une source de travail.

La valeur de la force de travail n’est pas transmise dans le produit, mais est reproduite par la création d’une nouvelle valeur.

Comment un ouvrier peut-il créer une nouvelle valeur et transférer en même temps dans le produit la valeur des moyens de production ? En transformant le coton en fil, l’ouvrier fileur produit une certaine valeur d’usage. En tant que fileur, il transfère, par son travail concret, par le fait de transformer le coton en fil, la valeur du coton dans le fil. Mais son travail étant en même temps une dépense de force de travail en général, du travail humain abstrait, il communique à son objet de travail une nouvelle valeur.

Le transfert de la valeur et la création d’une nouvelle valeur ne sont pas deux opérations effectuées l’une à la suite de l’autre, le travail humain abstrait et le travail concret n’étant que deux aspects, deux propriétés d’un même et p. 86seul travail. L’ouvrier transfère la valeur des moyens de production dans le produit tout en créant en même temps une nouvelle valeur. Ce double résultat de son travail est déterminé par le caractère double de son travail concret et abstrait.

En vertu de sa propriété générale abstraite de dépense d’une force de travail humaine, le travail du fileur ajoute une nouvelle valeur aux valeurs du coton et des broches ; et, en vertu de sa propriété concrète, particulière et utile de procès de filage, il transmet au produit la valeur de ces moyens de production et la conserve ainsi clans le produit. De là l’aspect double de son résultat dans le même laps de temps. (K. Marx : le Capital, t. 2, p. 37.)

Supposons que le travail du fileur soit devenu deux fois plus productif et qu’en 8 heures il ne produise pas 8, mais 16 kilos de fil. La valeur du coton est restée la même, c’est-à-dire qu’un kilo de coton contient une heure de travail. En transformant maintenant en 8 heures 16 kilos de coton, notre fileur transfère dans le fil 16 heures de travail passé et il ajoute à ce travail passé 8 heures de travail présent.

Le capital constant et le capital variable

La valeur des moyens de production ne varie pas dans le procès de la production ; elle est constante. Les moyens de production ne sont que les conditions matérielles de l’accroissement de la valeur. La seule source d’accroissement de la valeur du capital est la force de travail. Seule la partie du capital dépensée pour l’achat de la force de travail subit un accroissement. Cette partie du capital varie et s’accroît dans le procès de la production. C’est une grandeur variable.

C’est pourquoi la partie du capital dépensée pour l’achat des moyens de production est appelée par Marx la partie constante du capital ou, plus brièvement, le capital constant et la partie du capital dépensée pour l’achat de la force de travail, la partie variable du capital, ou plus brièvement, le capital variable.

Le fait que le capital se divise en capital constant et capital variable a été découvert par Marx. Les économistes bourgeois le nient. Ils ne connaissent que la division du capital en capital fixe et capital circulant.

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Le capital fixe et le capital circulant

Le capital fixe c’est la valeur des machines, de l’outillage, des édifices, c’est-à-dire la partie du capital investie dans la production pour un délai durable et dont la valeur est amortie par fractions. Le capital circulant est la partie du capital engagée dans les matières premières et la force de travail. La valeur de cette partie du capital passe en entier dans les marchandises et revient au capitaliste, lors de la vente des marchandises.

Cette différence entre le capital fixe et le capital circulant découle des conditions de la production, notamment de la différence de transfert de la valeur des diverses parties du capital.

La valeur des moyens de travail est transférée dans le produit par fractions, tandis que la valeur des objets du travail est transférée intégralement. La valeur de la force de travail n’est pas transférée dans le produit, mais se trouve reproduite par la création d’une nouvelle valeur. Mais ce point est sans importance pour la division du capital en capital fixe et capital circulant. Pour cette division, ce qui importe c’est que la valeur de la force de travail, ainsi que celle des objets de travail, entre intégralement dans la valeur du produit, tandis que la valeur du capital fixe est transférée dans le produit par fractions.

Cette division du capital en capital fixe et capital circulant dissimule la différence entre les moyens de production et la force de travail ; la force de travail est classée dans la même catégorie qu’une partie des moyens de production, les objets de travail. Cette classification dissimule le rôle véritable de la force de travail comme source unique de plus-value.

La division du capital en capital constant et capital variable est ignorée — et pour cause — des économistes bourgeois.

La découverte de la division du capital en capital constant et capital variable a permis à Marx de percer le mystère du capital, mystère consistant en ceci que le capital est une valeur rapportant de la plus-value par l’exploitation du travail salarié.

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Date: 2008-2014