Dominique Meeùs
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3. L’exploitation des paysans en régime capitaliste

La prétendue « stabilité » ou la « vitalité » de la petite production paysanne invoquée par les économistes bourgeois et les théoriciens social-démocrates pour « réfuter » Marx, découle du fait que la petite culture présente des avantages sur la grande grâce aux privations indicibles endurées par le petit cultivateur qui s’accroche à son économie « indépendante ».

Les formes de l’exploitation des paysans

Le capitaliste-affermataire n’engagerait pas son capital dans l’agriculture, si le taux du profit était inférieur à la moyenne. Par contre, pour le petit paysan, le but de la production c’est simplement de maintenir son existence. Aussi persiste-t-il dans son exploitation tant que son travail lui donne la moindre possibilité de subsister.

Le petit paysan est placé dans des conditions beaucoup plus défavorables que le gros affermataire. Le capitaliste peut louer une terre sans égard à son lieu de séjour, il peut même habiter la ville et investir son capital dans l’agriculture. C’est pourquoi il est libre de choisir la terre à louer.

Par contre, le petit cultivateur est attaché à son domicile, la culture est pour lui étroitement liée à son économie domestique. Il est donc obligé de prendre de la terre à ferme tout près de son domicile. Le grand propriétaire foncier en profite et fait payer au petit fermier un loyer à l’hectare plus p. 206élevé qu’au gros fermier, de même que le prix de la terre achetée par le petit cultivateur est supérieur à celui payé par le gros capitaliste. C’est pourquoi le grand propriétaire foncier préfère donner sa terre à ferme ou la vendre par petits que par grands lots. C’est donc la propriété privée du sol (et nullement les conditions naturelles) qui entrave la croissance de la grande production dans l’agriculture. Le petit cultivateur qui emprunte de l’argent à la banque pour acquérir de la terre ou en général pour entretenir son exploitation doit payer un taux d’intérêt élevé et s’endetter pour toute sa vie. Aussi, la vente de ses produits laisse-t-elle au petit paysan à peine de quoi vivre.

Dans les pays où prédomine la petite culture, les prix du blé sont inférieurs à ceux des pays de grande agriculture capitaliste. Cela n’est pas dû au rendement supérieur du travail paysan, qui est, au contraire, moins productif que celui de l’ouvrier salarié dans les entreprises agricoles capitalistes, mais au fait que

… le paysan donne gratuitement à la société (c’est-à-dire à la classe des capitalistes) une partie du produit supplémentaire. (V. I. Lénine : Œuvres complètes, tome 18, p. 24, édition russe.)

Ce bas prix est le résultat de la pauvreté des producteurs, mais nullement de la productivité de leur travail.

Le faible rendement du travail du petit cultivateur, la rente, les impôts, etc., tout cela l’oblige à fournir bien plus de travail pour maintenir tant bien que mal son existence. Le bas niveau de sa vie est donc en liaison avec le travail excessif qu’il doit fournir.

L’existence de la petite paysannerie dans toute société capitaliste s’explique non par la supériorité technique de la petite propriété agricole, mais par le fait que les petits paysans rabaissent leurs besoins au-dessous du niveau des besoins des ouvriers salariés et s’éreintent au travail infiniment plus que ces derniers. (V. I. Lénine : Œuvres complètes, tome 3, p. 5, édition russe.)

Voilà ce qu’est la fameuse « supériorité » de la petite exploitation paysanne sur la grande exploitation capitaliste.

Le petit cultivateur n’est nullement, en réalité, un propriétaire indépendant. Son indépendance n’est qu’apparente.

Il est exploité par le grand propriétaire foncier, le gros paysan, l’usurier, le marchand, par l’État des bourgeois et des propriétaires fonciers.

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Mais le petit cultivateur s’accroche désespérément à son indépendance illusoire.

En effet, qu’est-ce qui attachait, attache et attachera encore le petit paysan d’Europe occidentale à sa petite économie marchande ? Avant tout et surtout le fait qu’il a son propre lopin de terre, l’existence de la propriété privée du sol. Des années durant, le petit paysan amasse de l’argent pour acheter un lopin de terre et quand il l’a acheté, il ne veut évidemment pas s’en séparer, il préfère souffrir toutes les privations, tomber dans un état misérable voisin de la barbarie, plutôt que de lâcher son morceau de terre, qui est la base île son économie individuelle. (J. Staline : « La transformation socialiste du village soviétique… », Correspondance internationale, 1930, p. 15.)

La prolétarisation de la paysannerie

Le petit artisan, exploité par le capital, est réduit, lui aussi, à une vie de privations et de travail excessif, mais il n’est pas lié par la propriété foncière que le paysan acquiert avec tant de peine. Le petit cultivateur qui possède déjà un lopin de terre rêve de devenir un paysan aisé.

Mais il n’y a qu’une minorité insignifiante dans la paysannerie qui puisse éviter la ruine.

Or, avant la ruine, il a défendu désespérément son indépendance économique… Résultat fatal : il se dégage une minorité de paysans riches, aisés… et la majorité tombe dans une misère de plus en plus grande qui détruit par une famine chronique et un travail excessif les forces de l’homme, amoindrit la qualité de la terre et du bétail. Résultat inévitable : création d’une minorité d’exploitations capitalistes basées sur le travail salarié et nécessité croissante, pour la majorité, de chercher « un gagne-pain auxiliaire », c’est-à-dire de se transformer en ouvriers salariés industriels et agricoles. (V. I. Lénine : Œuvres complètes, tome 4, p. 278.)

Le petit cultivateur est de plus en plus obligé de recourir à la vente de sa force de travail. Il devient semi-prolétaire. Son exploitation devient pour lui de plus en plus une source auxiliaire d’existence. Ainsi, en Allemagne, sur les 3 027 000 petits paysans qui possèdent une superficie de 0,05 à 2 hectares et qui, d’après les théoriciens social-démocrates, évincent la grande production, plus de la moitié, à savoir 53,9 %, travaillent en qualité d’ouvriers salariés dans l’industrie ou dans l’agriculture.

Le petit paysan qui se ruine ne rompt pas complètement avec son exploitation, non seulement pour les raisons indiquées ci-dessus, mais aussi parce que, bien souvent, cela lui p. 208est impossible, surtout pendant les crises, où il ne peut pas trouver du travail comme ouvrier salarié.

Le chômage ayant pris des proportions sans précédent, le paysan ruiné ne sait pas où aller et il est obligé de mener une existence misérable sur son lopin de terre, bien que la statistique bourgeoise le classe parmi les cultivateurs « indépendants ».

L’exode rural, le dépeuplement de la campagne est un phénomène qui a commencé bien avant la guerre. Ce fait avait créé pour les grandes exploitations la menace de manque de main-d’œuvre à bon marché. Pour enrayer l’exode rural, on attachait les paysans à la terre en leur accordant des possibilités de se créer des « exploitations indépendantes ».

Lorsque la petite production est évincée à un rythme trop accéléré, les gros cultivateurs cherchent à la consolider ou à la régénérer en lui vendant de la terre ou en lui en donnant à ferme. (V. I. Lénine : Œuvres complètes, tome 2, p. 453, édition russe.)

On crée aussi un type d’ouvrier agricole salarié possédant un lot :

L’attribution de la terre aux ouvriers agricoles a lieu bien souvent dans l’intérêt des cultivateurs eux-mêmes et voilà pourquoi le type de l’ouvrier agricole possédant un lot de terre est propre à tous les pays capitalistes. (V. I. Lénine : Œuvres complètes, tome 3, p. 129.)

Ainsi, en régime capitaliste, la croissance de la grande production agricole détermine jusqu’à un certain point la conservation et même la croissance du nombre des petites exploitations. Mais il est tout à fait clair que ces petites exploitations n’évincent pas les grandes entreprises capitalistes dont elles sont un appendice nécessaire. En réalité, ces exploitations « indépendantes » constituent, avec les petits producteurs évincés, une source permanente de main-d’œuvre pour les grandes exploitations capitalistes. De la sorte, l’évincement de la petite production se fait de manière à conserver en apparence l’existence de la petite production « indépendante ».

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L’importance de la théorie léniniste de la question agraire

Lénine a montré que là où la « science » bourgeoise et réformiste voit la prospérité et le bien-être des petits producteurs « indépendants », règne en réalité une incroyable exploitation, la ruine, la misère et la barbarie. Après avoir mis à jour les contradictions qui existent entre la grande masse des petits paysans et la bourgeoisie, Lénine a démontré la possibilité et la nécessité pour ces masses de se séparer de la bourgeoisie et de se placer sous la direction du prolétariat dans sa lutte contre la bourgeoisie. Lénine a découvert dans les paysans qui se ruinent une réserve pour la révolution prolétarienne, réserve qui a une importance décisive pour la victoire du prolétariat sur la bourgeoisie.

La théorie marxiste-léniniste enseigne au prolétariat non seulement comment gagner les couches paysannes semi-prolétariennes en vue de renverser la dictature de la bourgeoisie, mais encore comment gagner à l’édification socialiste les masses de la paysannerie pauvre et moyenne.

Ayant affranchi ces couches paysannes de l’exploitation des propriétaires fonciers et des capitalistes, la dictature prolétarienne leur ouvre la voie du socialisme, élève leur bien-être, liquide leur retard séculaire et leur barbarie et anéantit ainsi l’antagonisme créé par le capitalisme entre l’industrie et l’agriculture, entre la ville et la campagne.

Les progrès de la reconstruction socialiste de l’agriculture confirment la justesse de la théorie et de la politique léninistes dans la question agraire. Cette théorie et cette politique ont été brillamment développées et continuées par le camarade Staline, sous la direction duquel fut résolue la tâche la plus difficile de la révolution prolétarienne, la reconstruction socialiste de l’agriculture.

En U.R.S.S., sur la base de la collectivisation de l’agriculture, les koulaks ont été liquidés en tant que classe, la majorité des paysans moyens et presque tous les paysans pauvres sont entrés dans les exploitations collectives. Déjà, au cours du premier plan quinquennal, a été supprimé le paupérisme à la campagne. Avec le premier plan quinquennal, l’U.R.S.S. est devenue le pays de la plus grande agriculture du monde. L’agriculture en U.R.S.S. est basée sur une technique avancée, l’emploi des tracteurs et des p. 210machines compliquées se développe à une allure rapide. Pendant le premier plan quinquennal, le nombre des tracteurs a passé de 26 700 en 1928 à 148 500 en 1932, c’est-à-dire a augmenté de cinq fois et demie, et leur puissance a passé de 278 000 CV à 2 225 000 CV, c’est-à-dire a augmenté de huit fois. En quatre ans, la surface emblavée s’est accrue de 21 millions d’hectares. La récolte a considérablement augmenté. Le mot d’ordre lancé par le camarade Staline : « rendre tous les kolkhoz bolcheviks et tous les kolkhoziens aisés », a remué les grandes masses des kolkhoziens. La productivité du travail dans les kolkhoz s’est considérablement accrue ainsi que les revenus des kolkhoz et des kolkhoziens.

Les statuts kolkhoziens de Staline, qui sont la source du nouvel essor de la production et un puissant moyen de renforcement économique des kolkhoz, jettent de solides bases pour une vie culturelle et aisée de toute la masse des kolkhoziens.

Si, vers la fin de la première période quinquennale, le chiffre des économies collectivisées s’est élevé à 61,5 %, au cours de la seconde période quinquennale la collectivisation sera entièrement terminée. La production de l’agriculture, pendant la seconde période quinquennale, va doubler. Le nombre de stations de machines et de tracteurs montera de 2 446 en 1932 à 6 000 en 1937. La puissance globale des tracteurs grandira de 2 225 000 C.V. en 1932 à 8 200 000 C.V. en 1937. Le nombre des machines agricoles augmentera beaucoup. La reconstruction technique de l’agriculture sera achevée.

La révolution culturelle qui se déroule à la campagne est inséparable de la réorganisation socialiste de l’agriculture. La liquidation de l’analphabétisme, la formation de millions d’organisateurs de la production socialiste, le développement des connaissances techniques, l’affranchissement de la femme, l’augmentation du réseau des institutions culturelles, le développement de la conscience socialiste des kolkhoziens, tout cela accompagne le développement du socialisme à la campagne.

La seconde période quinquennale crée les prémices pour la solution d’une tâche importante de la révolution communiste, de la suppression de la contradiction entre la ville et la campagne.

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Pendant la seconde période quinquennale, l’U.R.S.S. fait un pas en avant en vue de faire disparaître l’antagonisme séculaire de la société humaine : l’antagonisme entre la ville et la campagne, et crée toutes les prémices nécessaires pour supprimer cet antagonisme. Par sa forme sociale, l’agriculture ne se distingue plus de l’industrie ; le travail agricole devient une des variétés du travail industriel ; les moyens de communication entre la ville et la campagne s’accroissent rapidement ; on voit se rapprocher sensiblement les rythmes d’accroissement de la production, de l’industrie et de l’agriculture ; on voit se rapprocher les niveaux de bien-être matériel et culturel des travailleurs de la ville et de la campagne. (En avant pour le deuxième plan quinquennal ! p. 28. Bureau d’éditions, 1934.)

Dans le monde capitaliste, le tableau est tout opposé. Durant les dernières années, les surfaces ensemencées ont été réduites en moyenne de 8 à 10 %. Aux États-Unis, la valeur de la production agricole est passée de 11 milliards de dollars en 1929 à 5 milliards en 1932, soit une diminution de plus de 50 %. La valeur de la production des céréales a baissé de plus de 68 % et celle du coton de 70 %.

Alors qu’en U.R.S.S. la production des machines agricoles croît à une allure prodigieuse, aux États-Unis, elle a subi une baisse de 90 % par rapport à 1929, en Allemagne de 43 % et en Pologne elle a presque complètement cessé.

La crise agraire s’est renforcée au cours de cette période embrassant toutes les branches agricoles, y compris l’élevage, et poussant l’agriculture à la dégradation, jusqu’à substituer le travail manuel à la machine, le cheval au tracteur, jusqu’à réduire brusquement, et parfois renoncer complètement à l’application des engrais chimiques. (J. Staline : Deux Mondes. Bilan capitaliste, bilan socialiste, p. 5. Bureau d’éditions, 1934.)

La crise a ruiné des millions de paysans. Ainsi, le revenu annuel du fermier moyen aux États-Unis est tombé de 847 dollars en 1929 à 187 en 1932. L’endettement des paysans ne cesse de croître ; on assiste à la vente aux enchères des exploitations paysannes. Aux États-Unis, il a été vendu en 1929 45 000 exploitations paysannes et en 1932 150 000, en Allemagne 10 000 en 1928 et 18 000 en 1931 (seulement d’après les données officielles).

Pendant que des millions de chômeurs et de paysans meurent de faim, les capitalistes détruisent, pour relever les prix, des quantités formidables de blé, de coton, etc.

La victoire du socialisme en U.R.S.S., la croissance de l’agriculture socialiste et de l’aisance des paysans kolkhoziens révolutionnent les masses paysannes et renforcent l’essor révolutionnaire dans le monde entier.

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Date: 2008-2014