Dominique Meeùs
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Louis Ségal, Principes d’économie politique : versions, table des matières, index des notions — Retour au dossier marxisme

10. La crise générale du capitalisme

La crise générale du capitalisme, c’est la crise du système capitaliste lui-même au stade impérialiste, le stade suprême de son développement.

La crise générale du capitalisme a commencé dans la période de la guerre impérialiste de 1914-1918.

Cette guerre ébranla le système du capitalisme mondial et inaugura le début de la période de crise générale. (Programme de l’Internationale communiste, p. 16. Bureau d’éditions, 1935.)

La guerre signifiait une destruction, sans précédent dans l’histoire du capitalisme, des forces productives, l’extermination de millions d’hommes, une paupérisation inouïe des masses et des profits fabuleux pour l’oligarchie financière. La guerre a apporté avec elle une aggravation extrême des antagonismes de classe (avant tout dans les pays belligérants de l’Europe), qui plaça pratiquement le prolétariat devant la tâche immédiate du renversement révolutionnaire du capitalisme.

La guerre impérialiste de 1914-1918 a inauguré la crise générale du capitalisme, en premier lieu, par le fait qu’elle a engendré la grande révolution d’Octobre, qui est le début et la base de la révolution prolétarienne mondiale.

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La lutte des deux systèmes

L’apparition du pays de la dictature du prolétariat a produit une scission dans l’économie mondiale.

Le capitalisme ne constitue déjà plus un système unique englobant toute l’économie mondiale. (J. Staline : Deux Bilans, p. 9. Bureau d’éditions, 1930.)

La révolution prolétarienne de 1917 a mis fin à la domination mondiale de l’impérialisme : un sixième du globe a échappé au système capitaliste.

L’existence de l’Union soviétique montre clairement aux masses exploitées du monde entier tous les avantages du système économique soviétique sur le système capitaliste. Non seulement aujourd’hui, quand une crise économique d’une acuité sans exemple sévit dans le monde capitaliste tout entier, mais encore avant la crise, les rythmes du développement de la production en U.R.S.S. ont laissé loin en arrière ceux des pays capitalistes les plus importants. Ainsi, pendant la période 1924-1928, l’accroissement annuel moyen de la production a été : aux États-Unis de 3 %, en Allemagne de 6,3 %, en France de 3,3 %, en Angleterre de 1 % et en U.R.S.S. de 27,3 %.

En U.R.S.S., le chômage est liquidé, dans les pays capitalistes, il s’est énormément accru. Tandis qu’en U.R.S.S. le niveau matériel et culturel des masses s’élève rapidement, dans les pays capitalistes la paupérisation du prolétariat et la ruine des masses travailleuses grandissent d’une façon inouïe. L’U.R.S.S. se développe avec la plus grande rapidité alors que les pays capitalistes sont en proie à une crise de surproduction. Tout cela est un facteur très important de révolutionnarisation du prolétariat et des masses exploitées des pays impérialistes et des colonies.

Il y a à côté du système économique capitaliste, un système socialiste qui grandit, enregistre des succès, s’oppose au système capitaliste et, du seul fait de son existence, démontre la décomposition du capitalisme, dont il ébranle les bases. (J. Staline : Deux Bilans, p. 9. Bureau d’éditions, 1930.)

De quelle façon l’existence même de l’Union soviétique ébranle-t-elle les bases de l’impérialisme ?

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Rappelons-nous les trois séries de contradictions de l’impérialisme que nous avons analysées plus haut : 1. Les contradictions entre la bourgeoisie et le prolétariat dans les pays impérialistes, 2. Les contradictions entre les pays impérialistes et les colonies et 3. Les contradictions entre les pays impérialistes sur le terrain de la lutte pour un nouveau partage du monde. L’existence de l’Union soviétique complique et approfondit ces contradictions de l’impérialisme.

L’expérience de la révolution d’Octobre montre clairement au prolétariat du monde entier que la voie du bolchévisme est l’unique voie de libération du joug du Capital. L’Union soviétique a montré à la classe ouvrière mondiale non seulement que le socialisme est réalisable, mais aussi les voies et les moyens de sa réalisation. Les doutes et les hésitations à l’égard de la réalisation du socialisme par la voie de la dictature du prolétariat, doutes que la bourgeoisie et les chefs social-démocrates ont apportés dans les rangs de la classe ouvrière, disparaissent de plus en plus. La victoire du socialisme en U.R.S.S. et sa croissance gigantesque portent coup sur coup à l’influence social-démocrate sur les masses. La base de masse de la social-démocratie est ébranlée et les forces du communisme grandissent.

Une des questions les plus importantes de la révolution prolétarienne, c’est la question de l’attitude du prolétariat envers les masses laborieuses de la paysannerie. La reconstruction socialiste de la petite économie paysanne est une des tâches les plus difficiles de la révolution prolétarienne. En dépit de toutes les prophéties et de toutes les théories des ennemis du communisme, l’ordre kolkhozien a vaincu en U.R.S.S., définitivement et sans retour.

La victoire de l’U.R.S.S., qui a une importance historique mondiale, montre clairement aux ouvriers de tous les pays que la tâche de la socialisation de l’économie paysanne est une tâche tout à fait réalisable, que le socialisme peut vaincre dans toutes les branches de la production et que le chemin pour y parvenir passe à travers la révolution. L’expérience de la collectivisation en U.R.S.S. facilite au prolétariat des pays capitalistes la conquête de la paysannerie pauvre et de la paysannerie moyenne qui est en train de se ruiner, lui facilite par cela même la conquête du pouvoir.

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Ainsi l’existence et les progrès de l’Union soviétique, base et rempart de la révolution prolétarienne mondiale, donnent plus d’assurance au mouvement révolutionnaire des masses dans les pays capitalistes, accélèrent le procès même de révolutionnarisation et aggravent les contradictions entre la bourgeoisie et le prolétariat. Mais tout cela signifie que le fait même de l’existence de l’U.R.S.S. ébranle les bases du capitalisme.

Passons maintenant aux contradictions entre les colonies et les pays impérialistes. L’U.R.S.S. a résolu la question nationale et a aboli toute oppression nationale sur son territoire, elle a affranchi les peuples coloniaux de l’ancien Empire russe et, par la voie de la construction socialiste, élève leur niveau matériel et culturel. Tout cela, en ébranlant les bases de l’impérialisme, renforce le mouvement révolutionnaire de libération dans les colonies et approfondit les contradictions entre les masses opprimées des colonies et leurs oppresseurs impérialistes.

Passons enfin à la troisième série des contradictions de l’impérialisme. Les contradictions entre les pays impérialistes sur la base de leur lutte pour un nouveau partage du monde s’accentuent également par suite de l’existence de l’U.R.S.S. Comme l’impérialisme a vu sa domination lui échapper sur un sixième du globe, où les masses laborieuses étaient auparavant un objet d’exploitation non seulement pour « leur » bourgeoisie, pour la bourgeoisie russe, mais aussi pour le capital financier mondial, la lutte s’est accentuée pour un nouveau partage des pays restés au pouvoir de l’impérialisme.

Nous voyons que l’existence de l’U.R.S.S. est un facteur d’aggravation de toutes les contradictions de l’impérialisme. La contradiction entre l’U.R.S.S. et l’impérialisme mondial

… n’est pas une contradiction au sein du capitalisme. C’est une contradiction entre le capitalisme dans son entier et le pays qui bâtit le socialisme. Cela n’empêche pas cette contradiction d’ébranler les assises mêmes du capitalisme. Mieux : elle met à nu toutes les contradictions profondes du capitalisme, elle les réunit en un faisceau et elle en fait une question de vie et de mort pour le régime capitaliste lui-même. (J. Staline : Deux Bilans, p. 14.)

C’est pourquoi sont tout à fait inévitables des tentatives p. 340de la part de l’impérialisme mondial d’étouffer par la force des armes, le premier pays de la dictature du prolétariat, des tentatives d’intervention contre l’U.R.S.S. dans le but de détruire le rempart de la révolution mondiale et de trouver une issue à la crise.

La guerre impérialiste a également aggravé les contradictions internes du système impérialiste à un degré tel que la bourgeoisie ne peut pas et ne pourra pas trouver une issue à ces contradictions. Examinons tout d’abord l’aggravation que la guerre a provoquée dans les contradictions au sein des pays impérialistes.

L’accentuation de la décomposition et l’aggravation des contradictions de classe

Après la guerre, la croissance de la production s’est considérablement ralentie dans les pays capitalistes et les procès de décomposition du capitalisme se sont accentués à l’extrême. La décomposition signifie non pas une stagnation absolue dans le développement des forces productives de la société, comme l’affirment les trotskistes (théorie de la « stagnation »), mais une tendance à la stagnation qui s’exprime par un ralentissement de la croissance des forces productives.

Après la guerre eut lieu un développement extrêmement rapide de la technique, un développement tel que dans certains cas il confine à une révolution technique (dans le domaine de la chimie, de l’électrotechnique, des communications aériennes, de la radio, etc.). Mais le capitalisme n’est pas à même d’utiliser pleinement ces découvertes et ces inventions. Surtout en liaison avec la crise économique mondiale actuelle les savants, les économistes et les politiciens bourgeois accordent une grande attention à la question de la lutte directe contre le progrès technique.

Après la guerre, l’appareil de production des pays capitalistes s’est accru. Ainsi, par exemple, la puissance des moteurs mécaniques de l’industrie s’est accrue vers 1925 par rapport à 1913 de 55 % aux États-Unis, de 68 % en Allemagne, de 50 % en Angleterre. Néanmoins, la croissance de la production a baissé par rapport à celle d’avant-guerre. Ainsi, dans les 16 années d’avant-guerre, 1897-1913, la production mondiale de la fonte a augmenté p. 341de 140 % et pendant la période de 16 ans entre 1913 et 1929, de 23,8 % seulement. La production de la houille a augmenté respectivement de 108 et de 7,2 %.

Cette forte baisse de la croissance de la production, tandis que l’appareil de la production s’est élargi, a pour conséquence de restreindre d’une façon chronique le fonctionnement des entreprises qui, même dans les années d’essor, faisaient, dans les principaux pays capitalistes, plus de la moitié de l’appareil de production (travail à une seule équipe). Cette restriction dans le fonctionnement de l’industrie s’est surtout fortement accentuée en liaison avec la crise économique actuelle. Cette utilisation incomplète chronique de l’appareil de production a pour cause fondamentale la forte baisse du niveau de vie des masses et l’accentuation de la paupérisation de la classe ouvrière.

Les dépenses pour la guerre formaient la moitié de toute la richesse nationale des belligérants. Il va de soi que la bourgeoisie fait payer par tous les moyens les frais de cette guerre par les masses laborieuses, en premier lieu par la classe ouvrière. Mais cela n’est pas tout. Après la guerre, les dépenses militaires du temps de « paix » ont fortement augmenté par rapport à celles d’avant-guerre : nous assistons à la préparation fébrile d’une nouvelle guerre (voir plus bas quelques données sur la croissance des armements et des dépenses militaires depuis la guerre). La bourgeoisie oblige les masses laborieuses à payer non seulement les frais de la guerre passée, mais encore les dépenses pour la préparation de la nouvelle.

Ainsi, après la guerre, les dépenses improductives se sont fortement accrues par comparaison avec la période d’avant-guerre. Pour les couvrir, la bourgeoisie a recours à la réduction du niveau de vie de la classe ouvrière non seulement au moyen de la réduction des salaires, de la prolongation de la journée de travail, etc., mais aussi au moyen des impôts, qui, depuis la guerre, ont considérablement augmenté.

Le pouvoir d’achat des masses paysannes a également fortement baissé en résultat de la crise agraire d’après-guerre, qui dure déjà depuis plus de quatorze ans. Pendant la guerre, la surface emblavée des pays européens a diminué tandis que celle des pays d’outre-Atlantique s’est élargie. Mais depuis la fin de la guerre une partie de la surface emblavée mondiale s’est trouvée superflue, surtout par p. 342suite de la diminution de la consommation des masses. Ainsi, par exemple, la consommation annuelle moyenne du froment et du seigle par tête d’habitant était en Angleterre de 164,4 kilos en 1909-1913, et de 153,3 kilos en 1924-25 ; en Allemagne, les chiffres respectifs sont 254,7 et 149 kilos ; en France, 243,8 et 213,6 kilos ; aux États-Unis, 178,6 et 152,5 kilos. La consommation du coton s’est fortement réduite, en partie par suite de la réduction du pouvoir d’achat des masses et en partie par suite de l’évincement des tissus de coton par la soie artificielle. La consommation des autres matières premières agricoles a également diminué. À côté de cela, dans l’agriculture d’après-guerre se sont produites d’importantes transformations techniques (emploi du tracteur et des machines combinées) qui ont frappé avant tout la petite et la moyenne paysannerie. La ruine de la paysannerie dans tous les pays et surtout dans les colonies et semi-colonies a pris des dimensions inouïes. D’où la baisse du pouvoir d’achat des grandes masses rurales.

Ainsi, la guerre a accentué la contradiction entre la production sociale et l’appropriation capitaliste à tel point qu’il s’est créé un excédent continuel, chronique, de capital inactif, sous la forme de moyens de production inutilisés. C’est l’une des particularités essentielles du capitalisme d’après-guerre à la différence de celui d’avant- guerre : avant la crise générale du capitalisme, il ne se formait un important excédent de capital inactif qu’au moment des crises de surproduction, maintenant l’utilisation incomplète des entreprises a pris des dimensions considérables et est devenue un phénomène constant. C’est là un nouveau phénomène de décomposition du capitalisme, caractéristique pour la crise générale du capitalisme.

À cette utilisation incomplète chronique des entreprises correspond un autre caractère du chômage dans le capitalisme d’après-guerre en comparaison avec celui d’avant-guerre. Nous avons déjà plus haut (voir chapitre 6, § 4) cité des données sur le chômage qui montrent qu’après la guerre le pourcentage des chômeurs n’est pas une seule fois descendu au-dessous du niveau auquel il se trouvait dans les années de crise d’avant la guerre. Mais il ne s’agit pas seulement de l’énorme croissance quantitative du chômage dans la période d’après-guerre du capitalisme. Le caractère particulier du chômage d’après-guerre consiste dans le fait p. 343que les innombrables armées de chômeurs se sont transformées en armées permanentes de chômeurs. Avant la guerre, le chômage était aussi permanent, mais sa durée pour chaque ouvrier était beaucoup moindre. La composition de l’armée des chômeurs changeait constamment (forme flottante de la surpopulation relative, voir chapitre 6, § 4). Aujourd’hui, il existe d’innombrables armées de chômeurs qui sont définitivement rejetés hors de la production et qui appartiennent à la forme stagnante de la surpopulation relative. Dans le chômage d’après-guerre, la forme stagnante de la surpopulation relative joue un rôle prédominant. Mais, en même temps, cela signifie qu’une partie considérable des chômeurs a cessé de remplir le rôle d’armée industrielle de réserve. Avec l’existence de l’utilisation incomplète à une grande échelle de l’appareil de production, même dans les années de reprise économique, le capital n’a pas du tout besoin d’une aussi énorme réserve de main-d’œuvre en cas d’élargissement de la production.

Le capitalisme a rendu « superflus », a jeté par-dessus bord, a mis en marge de la vie une masse de plusieurs dizaines de millions d’ouvriers. Les ouvriers qui ne sont pas encore chômeurs sont contraints de travailler à de bas salaires, qui, par exemple en Allemagne, ne dépassent pas de beaucoup les misérables secours que touchent les chômeurs.

Un développement des forces productives qui diminuerait le nombre absolu des ouvriers, c’est-à-dire mettrait toute la nation à même d’opérer sa production totale en un temps moindre ; amènerait une révolution parce qu’il vouerait la majeure partie de la population au chômage. (K. Marx : le Capital, t. 10, p. 211-212. (Costes.).)

Ainsi, la crise générale du capitalisme a posé devant la classe ouvrière du monde entier la question de la révolution prolétarienne comme une question de vie ou de mort.

La crise générale et les colonies

Pendant la guerre, lorsque les colonies des États impérialistes d’Europe étaient presque coupées de leurs métropoles, l’industrie locale s’y est très rapidement développée, principalement l’industrie textile et extractive. La p. 344bourgeoisie indigène a rapidement grandi, ainsi que le prolétariat indigène.

Sur la base de ce développement économique des colonies et sous l’influence de l’existence de l’U.R.S.S., le mouvement révolutionnaire de libération a pris après la guerre des dimensions et des formes qui n’existaient pas auparavant. Il n’y a presque pas une seule colonie au monde où il n’y ait pas eu après la guerre des insurrections ou des mouvements plus ou moins importants contre l’impérialisme.

D’autre part, précisément par suite de cette première guerre impérialiste, l’Orient est entré définitivement dans le mouvement révolutionnaire, et a été définitivement entraîné dans le tourbillon du mouvement révolutionnaire mondial.

Lénine, Karl Marx, Œuvres, tome 33, p. 514.

Le développement de l’industrie dans les colonies ne signifie pas que l’impérialisme s’oriente vers la transformation des colonies en pays développés et indépendants au point de vue industriel, ne signifie pas une « décolonisation ». La social-démocratie a formulé la théorie de la « décolonisation » dans le but de présenter la politique de la bourgeoisie impérialiste comme une politique progressive. En fait, la théorie de la « décolonisation » n’a rien de commun avec la réalité. Les métropoles tolèrent le développement dans les colonies de l’industrie légère et de l’industrie extractive et elles font tout leur possible pour entraver le développement de l’industrie mécanique, c’est-à-dire de la branche d’industrie dont le développement seul pourrait signifier une véritable industrialisation. En tolérant le développement de l’industrie dans les colonies, les impérialistes freinent en même temps ce développement. L’oppression de l’impérialisme s’en trouve non pas affaiblie, mais renforcée. Ce renforcement de l’oppression impérialiste dans les colonies après la guerre est précisément une des causes de l’énorme envergure et de la profondeur qu’y a atteint le mouvement révolutionnaire de libération.

Le renforcement de l’oppression impérialiste dans les colonies est conditionné par le fait qu’après la guerre, comme nous le montrerons plus bas, l’inégalité du développement des pays impérialistes s’est accentuée et que la lutte entre eux pour un nouveau partage du monde s’est p. 345aggravée. Chaque pays impérialiste s’accroche convulsivement à ses colonies et dans les semi-colonies comme par exemple la Chine, qui ne sont pas la propriété monopoliste d’un pays impérialiste quelconque, il se déroule une lutte incessante entre les impérialistes de proie pour consolider et élargir leurs positions.

Les colonies sont des pays agraires. Les effets destructeurs de la crise agraire d’après-guerre se sont exprimés par la ruine et l’appauvrissement des innombrables masses paysannes des colonies. Cela ne fait qu’y renforcer le mouvement révolutionnaire.

Enfin, l’existence de l’Union soviétique avec sa politique nationale accélère le mouvement révolutionnaire des colonies et lui donne une force particulière. Après la révolution d’Octobre, se sont ouvertes devant le mouvement révolutionnaire de libération dans les colonies, des perspectives qui n’existaient pas avant la guerre, à savoir l’union avec l’État prolétarien, l’incorporation dans le système des États socialistes et, sur cette base, une croissance rapide aussi bien au point de vue culturel qu’au point de vue matériel.

Avec l’existence de centres de socialisme, sous la forme des Républiques soviétiques et de leur puissance économique grandissante, les colonies qui se sont séparées de l’impérialisme se rapprochent économiquement et s’unissent peu à peu avec les foyers industriels du socialisme mondial, s’engagent dans la voie de l’édification socialiste, sautant la phase du développement ultérieur du capitalisme, comme système dominant, et obtiennent la possibilité d’un progrès économique et culturel rapide. (Programme de l’Internationale communiste, p. 54.)

Le mouvement révolutionnaire des colonies s’est déjà élevé à un degré tel que sur une partie considérable du territoire de la Chine s’est constitué un pouvoir soviétique qui a brillamment résisté aux tentatives des impérialistes et de leurs agents chinois de l’étouffer par la force des armes. La Chine soviétique possède une Armée rouge régulière de 500 000 hommes.

La victoire de la révolution soviétique sur une partie considérable du territoire de la Chine a une énorme importance pour le développement ultérieur de la grande révolution chinoise et du mouvement révolutionnaire dans les colonies et constitue un danger mortel pour l’impérialisme japonais au cas où il attaquerait l’Union soviétique.

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La victoire de la révolution soviétique en Chine, la guerre des partisans en Mandchourie, la croissance des forces révolutionnaires au Japon, de mouvement de libération des peuples coloniaux, créent un nouveau front sur les derrières des impérialistes. La révolution soviétique en Chine est devenue un important facteur de la révolution mondiale. (Le Fascisme, le danger de guerre et les tâches des partis communistes (thèses de la 13e assemblée plénière de l’Internationale communiste), p. 13. Bureau d’éditions, 1934.)

La lutte pour un nouveau partage du monde

Examinons maintenant les changements que la guerre et la période d’après-guerre ont apportés dans les rapports entre les pays impérialistes.

La guerre impérialiste mondiale de 1914-1918 s’est terminée par la défaite des États de l’Europe centrale. Le nouveau partage du monde sur la base de cette issue de la guerre a été fixé par le traité de Versailles. L’Allemagne fut privée de ses colonies, on lui imposa le fardeau des réparations. Les colonies de l’Allemagne ont échu à la France, à l’Angleterre, à la Belgique et au Japon.

Mais en résultat de la guerre, les États-Unis, qui finançaient à cette époque la France et l’Angleterre, se sont extrêmement renforcés. La somme totale des dettes des adversaires de l’Allemagne et de l’Autriche, des « Alliés », envers les États-Unis se montait à 80 milliards de francs-or. Les réparations que l’Allemagne payait aux Alliés servaient presque entièrement au paiement des dettes envers les États-Unis. Et ceux-ci utilisent ces créances comme un moyen de pression économique et politique constante sur les États européens.

Depuis la guerre, les États-Unis ont obtenu la prépondérance dans toute l’économie capitaliste. Ils ont concentré la moitié de la production industrielle mondiale et près de la moitié des stocks d’or du monde.

La guerre a accentué l’inégalité du développement. Ainsi, en 1929, la production des principaux pays par rapport à celle d’avant-guerre était : aux États-Unis, 175,3 % ; en Angleterre, 98 % ; en Allemagne, 105,4 % ; en France, 139 %. La part de l’Angleterre dans la production mondiale de la fonte est tombée de 13,1 en 1913 à 8,6 % en 1927, et celle des États-Unis est passée de 39,8 à 42,8 %. La part de l’Angleterre dans la production mondiale de l’acier a p. 347baissé de 10,2 à 9,3 % et celle des États-Unis est passée de 41,6 à 44,7 %.

Le rôle des principaux pays impérialistes dans le commerce mondial a également changé. Pendant la période allant de 1913 à 1927, la part de l’Allemagne est descendue de 12,6 à 9,8 %, celle de la France de 9 à 6,6 %, celle de l’Angleterre de 16,1 à 14,1 % et celle des États-Unis s’est accrue de 10,1 à 14,2 %. Les États-Unis évincent l’Angleterre qui était avant la guerre le pays impérialiste le plus fort de ses positions économiques sur le marché mondial. C’est ce qui ressort du tableau suivant :

Part de l’Angleterre et des États-Unis dans les importations (en %)
De l’Amérique
du Sud
De la Chine Du Japon
1911-1913 1927 1913 1927 1913 1927
Angleterre :  28,3 19,7 36,9 28   16,8  7,2
États-Unis :  14,4 30,8  6   16,2 16,8 28,6

Dans le domaine de l’exportation des capitaux, les États-Unis ont également devancé l’Angleterre et la France qui occupaient, avant la guerre, la première place dans le monde. Ainsi l’exportation de capitaux d’Angleterre est tombée de 880 millions de dollars en 1913 à 740 en 1928, l’exportation de capitaux de France pour la même période a baissé de 225 millions de dollars à 180 millions, tandis que celle des États-Unis est passée de 50 millions à 934 millions de dollars. Depuis la guerre, les États-Unis ont commencé à exporter des capitaux en Europe, principalement en Allemagne. L’exportation de capitaux des États-Unis vers les colonies croît très rapidement : de 1913 à 1928, les capitaux américains investis dans les colonies se sont accrus de 194 %, les investissements de capitaux anglais de 18 % et les investissements français de 10 %. Les États-Unis évincent l’Angleterre de ses propres possessions ; en 1913, les investissements de capitaux anglais au Canada s’élevaient à 1 860 millions de dollars, ceux des États-Unis à 417 millions. Après la guerre, le tableau a beaucoup changé : les capitaux anglais au Canada faisaient en 1931 2 500 millions et ceux des États-Unis 4 200 millions de dollars.

À ce rapide changement dans le rapport des forces entre ces deux pays impérialistes les plus importants, ne correspond p. 348nullement le partage territorial résultant de la guerre de 1914. À la suite de cette guerre, les possessions coloniales des États-Unis n’ont pas augmenté. Par leur territoire, les colonies des États-Unis ne forment que 1,9 % de l’ensemble des colonies, et celles de l’Angleterre 43,8 % ; par leur population, les colonies américaines forment 3,3 % de l’ensemble de la population coloniale et les colonies anglaises 65,5 %.

Depuis la guerre la contradiction entre l’Angleterre et les États-Unis est devenue une des principales contradictions entre les pays impérialistes.

Notons encore, parmi les principales contradictions entre les impérialistes, celles entre les États-Unis et le Japon, l’Angleterre et le Japon, la France et l’Angleterre, la France et l’Allemagne, l’Italie et la France, l’Italie et l’Allemagne, sans compter toute une série d’autres contradictions moins importantes.

La guerre usurpatrice de l’impérialisme japonais en Chine et sa tendance à commettre de nouvelles usurpations sur les rives du Pacifique menacent les intérêts « vitaux » des autres pays impérialistes, surtout ceux des États-Unis et de l’Angleterre. Les contradictions entre ces trois impérialistes de proie ont# atteint ici une acuité inouïe.

Depuis la Première Guerre mondiale, le rapport des forces entre l’Allemagne vaincue et ses vainqueurs a également changé. L’Allemagne a rapidement rétabli son industrie et, par sa technique et son importance industrielle, a pris la première place après les États-Unis. La tension des contradictions en Europe s’est surtout accentuée après l’arrivée au pouvoir des fascistes en Allemagne.

Le fascisme allemand est le principal instigateur d’une nouvelle guerre impérialiste. Il est le détachement de choc de la contre-révolution mondiale. (Contre la guerre et le fascisme : l’Unité (Résolutions du 7e congrès de l’Internationale communiste), p. 9. Bureau d’éditions, 1935.)

La guerre de pillage de l’impérialisme japonais en Chine et la guerre du fascisme italien contre l’Abyssinie sont en fait le commencement d’un nouveau partage du monde.

La préparation militaire et technique de la nouvelle guerre impérialiste mondiale se poursuit fébrilement.

L’effectif des armées des cinq pays impérialistes principaux p. 349(France, Angleterre, Italie, États-Unis, Japon) est passé de 1 846 000 hommes en 1913-1914 à 2 532 000 en 1933. Et en y ajoutant l’effectif des armées de l’Allemagne, de la Pologne, de la Roumanie, de la Tchécoslovaquie et d’une série d’autres États plus petits, nous obtiendrons le chiffre de 4 060 000 hommes. Les dépenses militaires des cinq principaux États impérialistes sont passées de 1 182 millions de dollars en 1914 à 3 500 millions de dollars en 1931. En y ajoutant la somme consacrée par ces États au remboursement des dettes de guerre, nous obtiendrons l’énorme chiffre de 8 380 millions de dollars de dépenses de guerre en 1931.

La technique militaire a fait de grands pas en avant. L’industrie de guerre est la seule branche qui ne connaisse pas de crise de surproduction, son « marché d’écoulement » s’élargit constamment.

Le danger de l’explosion d’une nouvelle guerre impérialiste menace l’humanité de jour en jour. (Contre la guerre et le fascisme : l’Unité, p. 26.)

L’unique pays qui mène une politique de paix conséquente est l’U.R.S.S., qui est devenue un facteur de premier plan de la politique mondiale. La victoire du socialisme en U.R.S.S., la croissance de sa puissance économique, politique et militaire, l’union des grandes masses laborieuses de tous les peuples de l’Union soviétique autour du Parti bolchevik dirigé par Staline, — tout cela a extrêmement augmenté l’importance internationale de l’Union soviétique. L’U.R.S.S. poursuit une politique internationale de collaboration avec tous les États qui, dans le moment donné, ont intérêt au maintien de la paix. Le pays de la dictature du prolétariat est l’unique rempart de la paix.

La préparation d’une nouvelle guerre impérialiste mondiale est liée de la façon la plus étroite à la préparation d’une nouvelle intervention contre l’U.R.S.S. en vue de détruire la base de la révolution prolétarienne mondiale et de transformer l’immense territoire du pays des Soviets avec ses innombrables richesses naturelles et ses dizaines de millions d’habitants en objet de l’exploitation la plus effrénée de la part du capital financier international.

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Bien qu’à l’heure actuelle, l’aggravation des contradictions impérialistes rende plus difficile la formation d’un bloc antisoviétique, les gouvernements fascistes et les partis de guerre dans les pays capitalistes n’en cherchent pas moins à résoudre ces contradictions aux dépens de la patrie de tous les travailleurs, aux dépens de l’Union soviétique. (Contre la guerre et le fascisme : l’Unité, p. 26.)

L’ensemble de toutes les contradictions fondamentales du monde actuel que nous avons examinées (la lutte de deux systèmes, la croissance de la décomposition du capitalisme et l’aggravation des contradictions de classe, le développement du mouvement révolutionnaire dans les colonies, l’aggravation des contradictions entre les impérialistes) signifie que le capitalisme subit une crise générale de son système à laquelle il n’est pas d’autre issue que la victoire de la dictature du prolétariat dans le monde entier.

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Date: 2008-2014