Dominique Meeùs
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Louis Ségal, Principes d’économie politique : versions, table des matières, index des notions — Retour au dossier marxisme

Chapitre 11
L’impérialisme

p. 281

Dans les chapitres précédents, nous avons examiné comment se manifeste la contradiction fondamentale du capitalisme et comment elle va toujours en s’aggravant. Nous avons vu comment croît l’exploitation capitaliste et comment, dans le procès de l’accumulation du capital, s’aggrave la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat ; comment, en résultat de la croissance de la composition organique du capital, baisse le taux moyen du profit et comment cette baisse force les capitalistes à développer encore plus les forces productives et à augmenter l’exploitation du prolétariat, c’est-à-dire à aggraver encore plus les contradictions entre la production sociale et l’appropriation capitaliste. Enfin, nous avons vu comment, dans les crises, la contradiction fondamentale du capitalisme s’exprime sous la forme du choc de deux forces hostiles.

Le capitalisme ne trouve pas et ne peut trouver d’issue à sa contradiction fondamentale et il se développe à l’intérieur de celle-ci. La contradiction entre la production sociale et l’appropriation capitaliste constitue la substance même du capitalisme. Rappelons-nous comment est apparu le capitalisme. Il a transformé la production individuelle en production sociale, mais il n’a pas aboli la forme privée de l’appropriation qui correspond à a production individuelle.

Moyens de production et production sont devenus essentiellement sociaux ; mais on les assujettit à une forme d’appropriation qui présuppose la production privée d’individus, dans laquelle donc chacun possède et porte au marché son propre produit. On assujettit le mode de production à cette forme d’appropriation bien qu’il en supprime la condition préalable.

Engels, Anti-Dühring, p. 310.
p. 282

Cette contradiction, c’est-à-dire la subordination de la production sociale à l’appropriation individuelle « confère au nouveau mode de production son caractère capitaliste ». (Ibid.)

… l’appropriation par des particuliers du produit du travail social organisé par l’économie marchande, voilà ce qui constitue l’essence du capitalisme.

Lénine : Œuvres, t. 1, p. 237.

De tout cela il ressort que le développement même du capitalisme n’est rien d’autre que le développement de la contradiction entre la production sociale et l’appropriation capitaliste. Cela signifie que la production devient de plus en plus sociale et, partant, de plus en plus incompatible avec l’appropriation capitaliste. Mais le capitalisme peut-il se développer à l’infini, c’est-à-dire, peut-il se mouvoir éternellement dans cette contradiction qui s’aggrave de plus en plus ? Non, il ne le peut pas. Lorsque la contradiction fondamentale du capitalisme aboutit au choc de deux forces hostiles (la crise de surproduction), le capitalisme la surmonte chaque fois par des moyens tels qu’ils conduisent à une aggravation encore plus grande de cette contradiction. Par conséquent, il doit arriver un moment où les forces productives sociales commenceront à se détruire et à se décomposer sous la pression de l’appropriation capitaliste. La domination de cette dernière doit être abolie pour que les forces productives sociales puissent continuer à se développer.

Rappelons ce que dit Marx de la contradiction entre les forces productives et les rapports de production :

À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale.

Contribution à la critique de l’économie politique, préface, Éditions sociales, Paris, 1977, p. 2-3.

Lorsque les rapports de production capitalistes ont développé les forces productives à tel point qu’ils en sont devenus des entraves se produit la révolution sociale du prolétariat. Le prolétariat est une classe qui souffre plus p. 283que toute autre de l’existence du capitalisme, la classe qui personnifie la production sociale. En même temps que se développe l’accumulation du capital, sa concentration et sa centralisation,

… s’accroît le poids de la misère, de l’oppression, de la servitude, de la dégénérescence, de l’exploitation, mais aussi la colère d’une classe ouvrière en constante augmentation, formée, unifiée, et organisée par le mécanisme même du procès de production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave au mode de production qui a mûri en même temps que lui et sous sa domination. La centralisation des moyens de production et la socialisation du travail atteignent un point où elles deviennent incompatibles avec leur enveloppe capitaliste. On la fait sauter. L’heure de la propriété privée capitaliste a sonné. On exproprie les expropriateurs. (C’est Ségal qui souligne.)

Marx, Le Capital, Livre I, P.U.F., Paris, 2009, p. 856.

Marx a prouvé scientifiquement la nécessité et l’inévitabilité de la révolution prolétarienne, l’inévitabilité historique de la victoire des forces productives sociales sur les rapports de production capitaliste et il a tracé les grandes lignes de la voie qui conduit le prolétariat à la victoire. Mais à l’époque de Marx, la contradiction entre la production sociale et l’appropriation capitaliste n’avait pas encore atteint son plus haut degré de développement.

C’est seulement à la fin du 19e siècle et au commencement du 20e que le capitalisme est entré dans le dernier stade de son développement. Les rapports de production capitaliste, de formes de développement des forces productives, se sont transformés en leur entrave et empêchent leur développement ultérieur. D’autre part, l’oppression du prolétariat a pris de telles dimensions et de telles formes que le renversement du capitalisme est devenu une tâche historique urgente.

Ce dernier stade du capitalisme, l’impérialisme, ne pouvait être étudié par Marx et Engels. L’analyse de l’essence de l’impérialisme comme un stade particulier, le dernier stade, le stade suprême du capitalisme, comme une prémisse de la révolution prolétarienne, appartient à Lénine qui, par sa théorie de l’impérialisme, a développé la doctrine de Marx et d’Engels et, sur cette base, a élaboré la théorie de la révolution prolétarienne.

Lénine a montré que l’impérialisme n’est pas un phénomène accidentel, que les lois fondamentales du p. 284développement du capitalisme conduisent inévitablement à la transformation du capitalisme en impérialisme :

L’impérialisme a surgi comme le développement et la continuation directe des propriétés essentielles du capitalisme en général.

Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Œuvres, tome 22, p. 286.

La loi de la concentration a eu une importance décisive dans le procès de la transformation du capitalisme en impérialisme.

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Date: 2008-2014