Dominique Meeùs
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Chapitre 15 (L. III) — Développement des contradictions internes de la loi

Table of contents

Livre III, t. 1, p. 254.

1. — Généralités

Livre III, t. 1, p. 254.

Mots-clefs : ❦ baisse du taux de profit, et productivité ❦ baisse du taux de profit, et capital excédentaire ❦ baisse du taux de profit, et crise ❦ contradiction entre mode de production capitaliste et production de la richesse

p. 254½Baisse du taux de profit et accélération de l’accumulation ne sont que des expressions différentes d’un même procès, en ce sens que toutes deux expriment le développement de la productivité. De son côté, l’accumulation accélère la baisse du taux de profit dans la mesure où elle implique la concentration du travail sur une grande échelle, d’où une composition plus élevée du capital. D’autre part, la baisse du taux de profit accélère à son tour la concentration du capital et sa centralisation par la dépossession des capitalistes de moindre importance, l’expropriation du dernier carré des producteurs directs, chez qui il restait encore quelque chose à exproprier. Ce qui d’un autre côté accélère à son tour l’accumulation, quant à la masse, bien que le taux de l’accumulation baisse avec le taux du profit.

Par ailleurs, si le taux de mise en valeur du capital total, le taux de profit, est bien l’aiguillon de la production capitaliste (de même que la mise en valeur du capital est son unique fin), sa baisse ralentira la constitution de nouveaux capitaux autonomes et elle semble dès lors menacer le développement du procès de production capitaliste, p. 255elle favorise la surproduction, la spéculation, les crises, la constitution de capital excédentaire à côté d’une population en excédent. Les économistes qui, à l’exemple de Ricardo, considèrent le mode de production capitaliste comme un absolu, sentent bien que ce mode de production crée ici sa propre limite, mais ils en attribuent la responsabilité non à la production, mais à la nature (dans la théorie de la rente). Ce qu’il y a d’important toutefois dans l’horror qui les saisit devant la baisse du taux de profit, c’est le sentiment que dans le développement des forces productives le mode de production capitaliste trouve une limite qui n’a rien à voir avec la production de la richesse en soi ; et cette limitation bien particulière témoigne du caractère limité et purement historique, transitoire, du système de production capitaliste. Elle témoigne qu’il n’est pas un mode absolu de production de la richesse, qu’au contraire il entre en conflit avec le développement de celle-ci à une certaine étape de l’évolution.

Mots-clefs : ❦ production de plus-value, motif déterminant de la production capitaliste

P. 257Il ne faut jamais oublier que la production de cette plus-value, —— et la reconversion d’une partie de celle-ci en capital, ou accumulation, constitue une partie intégrante de cette production de plus-value —— est la fin immédiate et le motif déterminant de la production capitaliste. On ne doit donc jamais la présenter comme ce qu’elle n’est pas, je veux dire une production ayant pour fin immédiate la jouissance ou la création de moyens de jouissance pour le capitaliste. Ce serait faire tout à fait abstraction de son caractère spécifique qui se manifeste dans toute sa structure interne.

2. — Conflit entre l’extension de la production et la mise en valeur

Livre III, t. 1, p. 259.

Mots-clefs : ❦ limites du mode de production capitaliste ❦ contradiction entre forces productives et rapports de production ❦ surproduction ❦ tâche historique du mode de production capitaliste

P. 263La production capitaliste tend sans cesse à dépasser ces limites qui lui sont immanentes, mais elle n’y parvient qu’en employant des moyens, qui, de nouveau, et à une échelle plus imposante, dressent devant elle les mêmes barrières.

La véritable barrière de la production capitaliste, c’est le capital lui-même : le capital et sa mise en valeur par lui-même apparaissent comme point de départ et point final, moteur et fin de la production ; la production n’est qu’une production pour le capital et non l’inverse : les moyens de production ne sont pas de simples moyens de donner forme, en l’élargissant sans cesse, au processus de la vie au bénéfice de la société des producteurs. Les limites qui servent de cadre infranchissable à la conservation et la mise en valeur de la valeur-capital reposent sur l’expropriation et l’appauvrissement de la grande masse des producteurs ; elles entrent donc sans cesse en contradiction avec les méthodes de production que le capital doit employer nécessairement pour sa propre fin, et qui tendent à promouvoir un accroissement illimité de la production, un développement inconditionné des forces productives sociales du travail, à faire de la production une fin en soi. Le moyen — développement inconditionné de la productivité sociale — entre perpétuellement en conflit avec la fin limitée : mise en valeur du capital existant. Si donc le mode de production capitaliste est un moyen historique de développer la force productive matérielle et de créer le marché mondial correspondant, il représente en même temps une contradiction permanente entre cette tâche historique et les rapports de production sociaux qui lui correspondent.

3. — Excédent de capital accompagné d’une population excédentaire

Livre III, t. 1, p. 254.

Mots-clefs : ❦ surproduction ❦ crise ❦ limite du mode de production capitaliste ❦  ❦ baisse du taux de profit ❦ contradiction entre force productive et productivité ❦ rapport de la production aux besoins sociaux ❦ taux de profit, décide de la production ❦ stagnation de la production

P. 270-271On ne produit pas trop de richesse. Mais on produit périodiquement trop de richesse sous ses formes capitalistes, contradictoires.

La limite du mode de production capitaliste apparaît dans le fait que :

1. Avec la baisse du taux de profit, le développement de la force productive du travail donne naissance à une loi, qui, à un certain moment, entre en opposition absolue avec le propre développement de cette productivité. De ce fait, le conflit doit être constamment surmonté par des crises.

2. C’est l’appropriation de travail non payé et le rapport entre ce travail non payé et le travail matérialisé en général ou, pour parler en langage capitaliste, c’est le profit et le rapport entre ce profit et le capital utilisé, donc un certain niveau du taux de profit qui décident de l’extension ou de la limitation de la production, au lieu que ce soit le rapport de la production aux besoins sociaux, aux besoins d’êtres humains socialement évolués. C’est pourquoi des limites surgissent déjà pour la production à un degré de son extension, qui, sinon, dans la seconde hypothèse, paraîtrait insuffisant et de loin. Elle stagne, non quand la satisfaction des besoins l’impose, mais là où la production et la réalisation de profit commandent cette stagnation.

4. — Addenda

Mots-clefs : ❦ saisons, influence des — ❦ productivité du travail, dépend des conditions naturelles ❦ ressource naturelle, épuisement des — ❦ matières premières, épuisement des —

P. 272.La productivité du travail est aussi liée à des conditions naturelles, dont souvent le rendement diminue dans la même proportion qu’augmente la productivité — dans la mesure où elle dépend de conditions sociales. D’où un mouvement en sens contraire dans ces sphères différentes. Ici progrès, là régression. Que l’on pense par exemple à la seule influence des saisons dont dépend la quantité de la majorité des matières premières, à l’épuisement des bois, des mines de charbon et de fer, etc.

Dominique Meeùs . Date: 1999-2017