Dominique Meeùs
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Chapitre 17. — Le profit commercial

Livre III, t. 1, p. 292-311.

Mots-clefs : ❦ prolétariat ❦ classe ouvrière ❦ employé de commerce ❦ salarié commercial ❦ plus-value ❦ profit ❦ capital variable ❦ valeur de la force de travail ❦ travail nécessaire ❦ surtravail

p. 302⅔On peut se demander maintenant quel est le sort des salariés commerciaux employés par le capitaliste commercial, en l’occurrence le commerçant.

Dans une certaine mesure, un travailleur du commerce ne diffère pas des autres salariés. D’abord, parce que son travail est acheté par le capital variable du commerçant et non par l’argent que celui-ci dépense comme revenu ; il n’est donc pas acheté pour un service privé, mais pour que le capital qui a été avancé pour son achat soit mis en valeur. Ensuite parce que la valeur de la force de travail de l’employé de commerce, donc son salaire, est déterminée comme pour tous les autres salariés, par les frais de production et de reproduction de sa force de travail spécifique et non pas par le produit de son travail.

Cependant, entre lui et les ouvriers directement employés par le capital industriel, il doit exister la même différence qu’entre ce dernier et le capital marchand, partant entre le capitaliste industriel et le commerçant. Comme le commerçant en tant que simple agent p. 303de circulation ne produit ni valeur ni plus-value, il est impossible que les travailleurs du commerce qu’il emploie dans les mêmes fonctions lui produisent de façon immédiate de la plus-value. (En effet, la valeur additionnelle que les frais du commerçant ajoutent à ses marchandises se réduit à une adjonction de valeur préexistante, bien qu’ici s’impose la question : comment le commerçant obtient-il et conserve-t-il la valeur de son capital constant ?) Tout comme pour les travailleurs productifs, nous supposons ici que le salaire est déterminé par la valeur de la force de travail. Il s’ensuit que le commerçant ne s’enrichit pas par un prélèvement sur le salaire ; de sorte qu’il ne fait pas intervenir dans le calcul de ses frais une avance pour du travail qu’il n’a que partiellement payé ; en d’autres termes, il ne s’enrichit pas en grugeant ses commis, etc.

Ce qui fait la difficulté pour les salariés du commerce, ce n’est nullement d’expliquer comment ils produisent directement du profit pour leur employeur, bien qu’ils ne produisent pas directement de la plus-value (dont le profit n’est qu’une forme modifiée). En fait, cette question est déjà résolue par l’analyse générale du profit commercial. Tout comme le capital industriel fait du profit en vendant le travail contenu et réalisé dans les marchandises, travail dont il n’a pas payé l’équivalent, le capital marchand réalise du profit parce qu’il ne paie pas intégralement au capital productif le travail non payé contenu dans la marchandise (dans la marchandise, c’est-à-dire dans la mesure où le capital dépensé pour sa production fonctionne comme partie aliquote de la totalité du capital industriel) ; par contre, la fraction de ce travail qu’il n’a pas payée et qui est encore incluse dans les marchandises, il se la fait payer, lui, en les vendant. Le rapport du capital marchand à la plus-value est autre que celui du capital industriel. Celui-ci produit de la plus-value en s’appropriant directement du travail d’autrui non payé ; celui-là s’approprie une fraction de cette plus-value en se la faisant transférer par le capital industriel.

Ce n’est que par sa fonction consistant à réaliser les valeurs que le capital marchand intervient comme capital dans le procès de reproduction, et par là, en tant que capital en fonction, il puise dans la plus-value produite par l’ensemble du capital. La masse de son profit dépend, pour le commerçant individuel, de la masse du capital qu’il lui est possible d’utiliser dans ce procès ; il pourra en employer d’autant plus dans l’achat et la vente que le travail non payé de ses commis sera plus important. Le capitaliste commercial fait accomplir en grande partie par ses employés la fonction même grâce à laquelle son argent est du capital. Bien que le travail non payé de ses commis ne crée pas de plus-value, il lui procure cependant l’appropriation de plus-value, ce qui, pour ce capital, aboutit au même résultat ; ce travail non payé est donc source de profit.

Dominique Meeùs . Date: 1999-2017