Dominique Meeùs
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Chapitre 12 — Division du travail et manufacture

Table of contents

P. 378 et suivantes.

3. Les deux formes fondamentales de la manufacture : manufacture hétérogène et manufacture organique

P. 384 et suivantes.

Mots-clefs : ❦ machinerie ❦ Adam Smith ❦ division du travail ❦ économie politique classique ❦ grande industrie, début de la — ❦ Lauderdale ❦ machines, invention des —

p. 392 ¼En gros, cependant, la machinerie joue [dans la période manufacturière] ce rôle secondaire que lui assigne Adam Smith, à côté de la division du travail [44].

[44] Comme on le verra plus précisément dans le quatrième livre de cet ouvrage, A. Smith n’a pas formulé une seule proposition nouvelle sur la division du travail. Mais ce qui le caractérise comme l’auteur le plus représentatif de l’ensemble de l’économie politique de la période manufacturière, c’est l’importance qu’il accorde à la division du travail. Le rôle de second plan qu’il assigne à la machinerie lui vaut au début de la grande industrie les polémiques de Lauderdale, puis celles de Ure, quand la grande industrie s’est davantage développée. Adam Smith confond aussi la différenciation des instruments (où les travailleurs partiels de la manufacture elle-même jouaient un rôle très actif), et l’invention des machines, où ce ne sont pas les travailleurs des manufactures, mais des savants, des artisans, voire des paysans (Brindley), etc. qui jouent un rôle.

4. Division du travail dans la manufacture et division du travail dans la société

P. 395 et suivantes.

Mots-clefs : ❦ loi de la valeur ❦ concurrence ❦ Darwin ❦ Hobbes ❦ bellum omnium contra omnes

Dans la manufacture, c’est la loi d’airain du nombre proportionnel ou de la proportionnalité qui subsume des masses déterminées de travailleurs sous des fonctions déterminées, au lieu de quoi, dans la société, c’est le hasard et l’arbitraire qui mènent leur jeu bariolé dans la répartition des producteurs de marchandises et de leurs moyens de production entre les différentes branches sociales du travail. Les différentes sphères de production cherchent certes constamment à parvenir à l’équilibre, dans la mesure où, d’une part, chaque producteur de marchandise doit produire une valeur d’usage, donc satisfaire un besoin social particulier, mais où par ailleurs l’ampleur de ces besoins est quantitativement différente et où un lien interne relie ces masses de besoins divers en un système naturel ; et, d’autre part, dans la mesure où la loi de la valeur des marchandises détermine combien la société peut dépenser de l’ensemble de son temps de travail disponible à la production de chaque type particulier de marchandises. Mais cette tendance constante des différentes sphères de production à rechercher cet équilibre ne se met en œuvre que comme réaction à l’abolition permanente de cet équilibre. Cette règle qui est respectée a priori et de façon planifiée dans la division du travail au sein de l’atelier, ne fonctionne, dans la division du travail au sein de la société, qu’a posteriori, comme une nécessité naturelle interne, muette, qui se perçoit aux changements barométriques des prix de marché, et submerge l’arbitraire sans règle des producteurs de marchandises.

  • […]

    […] wie auch im Tierreich das bellum omnium contra omnes [der Krieg aller gegen alle] die Existenzbedingungen aller Arten mehr oder minder erhält.

  • p. 401 ⅛[…] la division sociale du travail met face à face des producteurs de marchandises indépendants, qui ne reconnaissent d’autre autorité que celle de la concurrence, de la contrainte que la pression de leurs intérêts réciproques exerce sur eux, de la même manière que dans le monde animal la « guerre de tous contre tous » maintient plus ou moins en vie les conditions d’existence de toutes les espèces.

Il y a sur la concurrence une référence implicite à Darwin, tout en utilisant la phrase connue de Hobbes, « bellum omnium contra omnes » dans le De cive, 1642 ou « … such warre, as is of every man, against every man », dans le Leviathan, 1651. La comparaison de Marx me semble boiteuse dans la mesure ou dans le règne animal la concurrence gouverne la sélection des espèces et pas leur environnement. (Ou bien Marx veut dire tout autre chose que je ne comprends pas.) La traduction française ajoute sans aucune nécessité les mots « en vie » qui ne font qu’augmenter la confusion. En supprimant les mots « en vie », on aurait une traduction littérale.

Dominique Meeùs . Date: 1999-2017