Dominique Meeùs
Dernière modification le   
Notes de lecture : table des matières, index — Retour au dossier marxisme

Chapitre 13 — La machinerie et la grande industrie

Table of contents

P. 416 et suivantes..

4. La fabrique

P. 470 et suivantes..

Mots-clefs : ❦ sécurité ❦  ❦ reproduction de la force de travail

p. 478L’économie des moyens sociaux de production, qui n’ont vraiment commencé à mûrir comme en serre chaude qu’avec le système des fabriques, devient en même temps, entre les mains du capital, un pillage systématique des conditions de vie de l’ouvrier pendant son travail, pillage de l’espace, de l’air, de la lumière et des moyens de protection personnels qu’il a contre les conditions du procès de production, qui mettent en danger et sa vie et sa santé, sans parler des économies sur les dispositifs destinés à rendre moins durs le p. 479travail de l’ouvrier.

6. La théorie de la compensation pour les ouvriers chassés par la machinerie

P. 491 et suivantes..

Mots-clefs : ❦ restructuration ❦ chômage ❦ mécanisation ❦ mécanisation, destruction de l’emploi ❦ mécanisation, allègement du travail ❦ mécanisation, domination des forces de la nature ❦ mécanisation, rapports sociaux de production

p. 494 ¼Les faits réels travestis par l’optimisme des économistes sont les suivants : les ouvriers refoulés par la machinerie se voient jetés hors de l’atelier sur le marché du travail et viennent y augmenter le nombre de forces de travail déjà disponibles pour l’exploitation capitaliste. Nous verrons dans la septième section que cet effet de la machinerie, présenté ici comme une compensation pour la classe ouvrière, est au contraire le plus terrible fléau qui puisse frapper l’ouvrier. Notons simplement ceci : les ouvriers rejetés d’une branche d’industrie peuvent, il est vrai, chercher un emploi dans n’importe quelle autre branche. S’ils en trouvent un et s’ils renouent le lien entre eux-mêmes et les moyens de subsistance libérés avec eux, c’est grâce à un nouveau capital supplémentaire qui a soif d’être investi, mais en aucun cas grâce au capital qui fonctionnait déjà auparavant et qui a été maintenant converti en machinerie. Et encore, même dans ce cas, leurs perspectives sont bien minces ! Estropiés par la division du travail, ces pauvres diables valent si peu de chose en dehors de leur ancienne sphère de travail qu’ils ne trouvent accès que dans un petit nombre de branches de travail de basse catégorie et donc constamment surchargées et sous-payées. De plus, chaque branche d’industrie attire à elle tous les ans une nouvelle vague d’hommes qui lui fournit le contingent nécessaire à sa croissance et à son remplacement régulier. Dès que la machinerie libère une partie des ouvriers employés jusque-là dans une branche d’industrie déterminée, l’équipe de remplacement p. 495est également re-répartie et absorbée dans d’autres branches industrielles, tandis que pour la plupart les premières victimes dépérissent et s’étiolent pendant la période de transition.

Il est indubitable que ce n’est pas la machinerie en soi qui est responsable du fait que les ouvriers sont « libérés » des moyens de subsistance. Dans la branche dont elle s’empare, celle-ci rend meilleur marché et augmente en quantité le produit sans modifier dans un premier temps la masse des moyens de subsistance produite dans d’autres branches industrielles. Après son introduction, la société continue de posséder autant ou plus de moyens de subsistance pour les ouvriers déplacés, sans parler de l’énorme partie du produit annuel qui est gaspillée par ceux qui ne travaillent pas. Et c’est là le fin mot de l’apologétique économique ! Les contradictions et les antagonismes inséparables de l’utilisation capitaliste de la machinerie n’existent pas, parce que ce n’est pas la machinerie qui les engendre, mais bien leur utilisation capitaliste ! Puisque donc la machinerie en soi raccourcit le temps de travail alors qu’elle prolonge la journée de travail dans son utilisation capitaliste, puisqu’en soi elle soulage le travail alors qu’elle accroît son intensité dans son utilisation capitaliste, puisqu’elle est en soi une victoire de l’homme sur les forces naturelles, alors que dans son utilisation capitaliste elle asservit l’homme par l’intermédiaire des forces naturelles, puisqu’en soi elle augmente la richesse du producteur alors qu’elle l’appauvrit dans son utilisation capitaliste, etc., pour toutes ces raisons l’économiste, bourgeois explique simplement que le fait de considérer la machinerie en soi prouve de manière éclatante que toutes ces contradictions tangibles ne sont que pure apparence de la réalité vulgaire, mais qu’en soi, et donc aussi en théorie, e1les n’existent pas du tout. Plus besoin, donc, de continuer à se casser la tête plus longtemps ; il se paie même le luxe d’imputer à son adversaire la sottise de ne pas combattre l’utilisation capitaliste de la machinerie, mais la machinerie elle-même.

10. Grande industrie et agriculture

P. 564 et suivantes..

Mots-clefs : ❦ urbanisation ❦ forces productives ❦ santé des ouvriers ❦ régénération du sol ❦ métabolisme (Stoffwechsel), comme loi régulatrice de la production

  • p. 528⅛In der Sphäre der Agrikultur wirkt die große Industrie insofern am revolutionärsten, als sie das Bollwerk der alten Gesellschaft vernichtet, den "Bauer", und ihm den Lohnarbeiter unterschiebt. Die sozialen Umwälzungsbedürfnisse und Gegensätze des Landes werden so mit denen der Stadt ausgeglichen. An die Stelle des gewohnheitsfaulsten und irrationellsten Betriebs tritt bewußte, technologische Anwendung der Wissenschaft. Die Zerreißung des ursprünglichen Familienbandes von Agrikultur und Manufaktur, welches die kindlich unentwickelte Gestalt beider umschlang, wird durch die kapitalistische Produktionsweise vollendet. Sie schafft aber zugleich die materiellen Voraussetzungen einer neuen, höheren Synthese, des Vereins von Agrikultur und Industrie, auf Grundlage ihrer gegensätzlich ausgearbeiteten Gestalten. Mit dem stets wachsenden Übergewicht der städtische Bevölkerung, die sie in großen Zentren zusammenhäuft, häuft die kapitalistische Produktion einerseits die geschichtliche Bewegungskraft der Gesellschaft, stört sie andrerseits den Stoffwechsel zwischen Mensch und Erde, d.h. die Rückkehr der vom Menschen in der Form von Nahrungs- und Kleidungsmitteln vernutzten Bodenbestandteile zum Boden, also die ewige Naturbedingung dauernder Bodenfruchtbarkeit. Sie zerstört damit zugleich die physische Gesundheit der Stadtarbeiter und das geistige Leben der Landarbeiter. Aber sie zwingt zugleich durch die Zerstörung der bloß naturwüchsig entstandnen Umstände jenes Stoffwechsels, ihn systematisch als regelndes Gesetz der gesellschaftlichen Produktion und in einer der vollen menschlichen Entwicklung adäquaten Form herzustellen.

  • p. 565⅜C’est dans la sphère de l’agriculture que la grande industrie a l’effet le plus révolutionnaire, dans la mesure où elle anéantit ce bastion de l’ancienne société qu’est le « paysan » et lui substitue l’ouvrier salarié. Les besoins de bouleversement et les oppositions au sein de la société rurale sont ainsi alignés sur ceux de la ville. Le mode d’exploitation le plus routinier et le plus irrationnel est remplacé par l’application technologique consciente de la science. Le mode de production capitaliste consomme la rupture du lien de parenté qui unissait initialement l’agriculture et la manufacture au stade infantile et non développé de l’une et de l’autre. Mais cette rupture crée en même temps les présupposés matériels d’une nouvelle synthèse à un niveau supérieur, de l’association de l’agriculture et de l’industrie sur base des configurations propres qu’elles se sont élaborées en opposition l’une à l’autre. Avec la prépondérance toujours croissante de la population urbaine qu’elle entasse dans de grands centres, la production capitaliste amasse d’un côté la force motrice historique de la société et perturbe d’un autre côté le métabolisme entre l’homme et la terre, c’est-à-dire le retour au sol des composantes de celui-ci usées par l’homme sous forme de nourriture et de vêtements, donc l’éternelle condition naturelle d’une fertilité durable du sol. Elle détruit par là même à la fois la santé physique des ouvriers des p. 566villes et la vie intellectuelle des ouvriers agricoles. Mais en détruisant les facteurs d’origine simplement naturelle de ce métabolisme, elle oblige en même temps à instituer systématiquement celui-ci en loi régulatrice de la production sociale, sous une forme adéquate au plein développement de l’homme.

  • p. 237½Op het terrein van de landbouw heeft de grootindustrie in zo ver een meer revolutionaire werking dan elders, als zij het bolwerk van de oude maatschappij, den boer, aantast en hem door den loonarbeider verdringt. Aldus worden de begeerte naar maatschappelijke veranderingen en de klassentegenstellingen in stad en land gelijk gemaakt. In de plaats van het onredelijkste en het meest aan sleur onderworpen bedrijf treedt de toepassing van een wetenschap. De oorspronkelijke familieband tussen landbouw en manufactuur, welke band de kinderlijk onontwikkelde gestalte van beide omvatte, wordt door de kapitalistische productiewijze vernietigd. Zij schept echter tegelijkertijd de stoffelijke voorwaarden tot een nieuwere en hogere eenheid, tot vereniging van landbouw en industrie, op grondslag van beider hogere, en aan elkander tegenovergestelde ontwikkeling. Met het steeds p. 238groeiende overwicht van de stedelijke bevolking, welke zij in grote centra opstapelt, versterkt de kapitalistische productie de historische beweegkracht van de samenleving. Aan den anderen kant verstoort zij de stofwisseling tussen mens en aarde, d.w.z. den terugkeer tot den grond van de door den mens in den vorm van voedsel en kleding verbruikte bestanddelen van den grond; zij verkracht zodoende de natuurlijke voorwaarde van duurzame vruchtbaarheid van den grond. De kapitalistische productie tast op die wijze tegelijkertijd het lichamelijk welzijn aan van de stadsarbeiders, en het geestelijk welzijn van de landarbeiders. Evenwel noodzaakt zij tevens, door de verstoring van de enkel natuurlijk ontstane vormen van die stofwisseling, haar opzettelijk te herstellen als regelende wet der maatschappelijke productie, en in een gedaante overeenkomstig de hogere ontwikkeling van het menselijk geslacht.

    Het Kapitaal, vol. 2 (1919), De Maatschappij voor Goede en Goedkope Lectuur, Amsterdam. (Lichtjes gemoderniseerde spelling, D.M.)
  • p. 637⅓In the sphere of agriculture, large-scale industry has a more revolutionary effect than elsewhere, for the reason that it annihilates the bulwark of the old society, the ‘peasant’, and substitutes for him the wage-labourer. Thus the need for social transformation, and the antagonism of the classes, reaches the same level in the countryside as it has attained in the towns. A conscious, technological application of science replaces the previous highly irrational and slothfully traditional way of working. The capitalist mode of production completes the disintegration of the primitive familial union which bound agriculture and manufacture together when they were both at an undeveloped and childlike stage. But at the same time it creates the material conditions for a new and higher synthesis, a union of agriculture and industry on the basis of the forms that have developed during the period of their antagonistic isolation. Capitalist production collects the population together in great centres, and causes the urban population to achieve an ever-growing preponderance. This has two results. On the one hand it concentrates the historical motive power of society; on the other hand, it disturbs the metabolic interaction between man and the earth, i.e. it prevents the return to the soil of its constituent elements consumed by man in the form of food and clothing; hence it hinders the operation of the eternal natural condition for the lasting fertility of the soil. Thus it destroys at the same time the physical health of the urban worker and the intellectual life of the rural worker. But by destroying the circumstances p. 638surrounding that metabolism, which originated in a merely natural and spontaneous fashion, it compels its systematic restoration as a regulating law of social production, and in a form adequate to the full development of the human race.

Dans le passage qui précède, Marx constate le remplacement de l’agriculture traditionnelle, celle du « paysan », qualifiée, d’irrationnelle, d’infantile (l’agriculture, pas le paysan, et au sens qu’il s’agit, comme la manufacture à ses débuts, de l’enfance du progrès de la civilisation), par l’agriculture capitaliste, liée à la grande industrie, et c’est « l’application technologique consciente de la science » dans l’agriculture, en même temps qu’une catastrophe sociale pour les travailleurs concernés. Le développement de l’industrie va de pair avec le développement des villes qui rompt inévitablement le métabolisme naturel entre l’humanité et la terre. Comme dans le cas de l’agriculture traditionnelle, Marx n’exprime aucun regret de ce métabolisme naturel et ne propose absolument pas d’y retourner. Ce métabolisme naturel appartient définitivement et irrémédiablement au passé, mais cette rupture du métabolisme par le capitalisme nous met devant un nouveau défi : remplacer le métabolisme naturel par un métabolisme à incorporer dans la planification. (En attendant une économie socialiste planifiée, c’est un objectif de lutte pour l’environnement sous le capitalisme.) C’est encore une fois le point de vue marxiste que l’homme peut et doit dominer la nature, sur la base de la connaissance de ses lois.

Mots-clefs : ❦ épuisement du sol ❦ sol, épuisement du — ❦ agriculture capitaliste ❦ exploitation ❦ ressource naturelle, épuisement des — ❦ Liebig, Justus von —

p. 566 ⅝ Et tout progrès de l’agriculture capitaliste est non seulement un progrès dans l’art de piller le travailleur, mais aussi dans l’art de piller le sol ; tout progrès dans l’accroissement de sa fertilité pour un laps de temps donné est en même temps un progrès de la ruine des sources durables de cette fertilité. Plus un pays, comme par exemple les États-Unis d’Amérique, part de la grande industrie comme arrière-plan de son développement et plus ce processus de destruction est rapide. Si bien que la p. 567production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès de production social qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur.

Dans la note 325, attachée à « plus ce processus de destruction est rapide », Marx crédite Liebig de la question du côté négatif de l’agriculture moderne.

Dominique Meeùs . Date: 1999-2017