Le temps qu’il fait à Bruxelles   Le temps de Bruxelles :

Dominique Meeùs
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Discussion critique de la version que j’appelle 2A, la traduction Roy

Table of contents

La traduction de Joseph Roy, commencée fin 1871, a été publiée en cahiers à partir du printemps 1872, en volume au printemps 1975. Roy a commencé à travailler sur des parties accessibles du manuscrit de la version 2 puis sans doute sur le livre imprimé. La traduction n’a pas été sans tensions. L’éditeur La Châtre était mécontent de la qualité de la traduction et a plusieurs fois alerté Marx, tandis que Marx était heureux d’avoir enfin trouvé un traducteur. (De son côté, Roy se plaignait de ne pas être payé à temps.) Assez vite cependant, Marx a été convaincu de s’inquiéter de la qualité et a entrepris de revoir la traduction, dont il aurait été fortement déçu. Il n’avait pas la connaissance du français ni le temps de tout retraduire — beaucoup des défauts de la traduction Roy y sont restés —, mais il y a énormément travaillé.

Relation entre versions 2 et 2A

La version 2A est dérivée de la version 2. Mais quand Roy se met à la traduction, la v. 2 n’est pas encore publiée. En décembre 1871, Marx lui envoie un manuscrit du début. Par la suite Roy aura reçu des épreuves de la v. 2. Il me semble qu’on ne peut exclure que Roy n’ait pas eu connaissance de certaines modifications que Marx aurait faites sur les épreuves de la v. 2 après communication à Roy. Si c’est le cas, la traduction Roy, bien que postérieure dans le temps, ne serait pas entièrement « postérieure » logiquement à la v. 2. en ce que Roy travaille sur un manuscrit de 1871 de la version 2 et sur certaines épreuves en vue de cette édition allemande. Elle en diffère plus qu’une traduction ordinaire ; parce que des évolutions de la version 2 entre le manuscrit de 1871 et la publication ont pu ne pas être communiquées à Roy ou trop tard ; en outre, parce que Marx, en vérifiant la traduction, a parfois modifié son propre texte.

Évaluation de la version 2A quant au contenu

Dans l’ensemble, cette version peut être plus avancée que la version 2 sur laquelle elle se base. Dans sa révision, Marx a reformulé de longs passages. Il déclare dans plusieurs lettres1 avoir beaucoup travaillé et avoir en plus d’un endroit fait œuvre originale. À la fin du travail d’édition, en avril 1875, il recommande même au lecteur allemand de consulter cette version pour ce qu’elle a de nouveau par rapport à la version 2.

Ayant une fois entrepris ce travail de révision, j’ai été conduit à l’appliquer aussi au fond du texte original (la seconde édition allemande), à simplifier quelques développements, à en compléter d’autres, à donner des matériaux historiques ou statistiques additionnels, à ajouter des aperçus critiques, etc. Quelles que soient donc les imperfections littéraires de cette édition française, elle possède une valeur scientifique indépendante de l’original et doit être consultée même par les lecteurs familiers avec la langue allemande.

Avis au lecteur, Londres, le 28 avril 1875. Capital, Livre I (1983), p. 20.

Il y a une tendance à vouloir en faire dire trop à cet avis. Il est vrai que Marx a reformulé certaines choses, de son propre aveu « à simplifier ». Simplifier peut vouloir dire qu’il a éclairci des choses qui dans la version allemande étaient embrouillées ; ça peut vouloir dire qu’il a cru devoir épargner au lecteur français toute la rigueur scientifique qu’il avait mis dans sa publication de 1867 et plus encore dans la deuxième édition allemande de 1872. Par ailleurs, Roy n’a jamais eu en mains cette deuxième édition, mais des parties de manuscrit ou des épreuves. Le texte allemand que Roy a en mains peut très bien encore avoir été amélioré par Marx entre ce moment et l’édition. En revoyant la traduction, Marx peut lui-même avoir perdu de vue ces améliorations en allemand ou n’avoir pas eu le temps de les repasser en revue pour les intégrer dans le français. Il est normal que Marx tienne à ce que son livre se vende (Lachâtre aussi) et pour cela le vante. C’est une erreur de prendre ça pour argent comptant. Cette version française apporte certainement quelques formulations nouvelles, meilleures, mais on peut le dire plus encore de sa sœur jumelle, la deuxième édition allemande. Par ailleurs, ce qu’il y avait de meilleur dans la version française a été repéré et intégré par les éditeurs des versions allemandes ultérieures à commencer par Engels.

J’ai donc appelé 2A cette version originale. Les divisions du texte sont les mêmes que celles des versions 2 à 4, mais leur niveau hiérarchique est différent, ce qui provoque un important décalage de numérotation, à partir du chapitre 4 et encore à partir du chapitre 24 (huitième section dans la version 2A, section qui n’est pas nommée comme telle dans les versions allemandes. En définitive, le Livre I compte 25 chapitres dans la version 4, mais 33 dans la version 2A. (La structure de la version 1 était assez différente. Voir la table de correspondance.) Ce que la version 2A avait de nouveau a souvent été intégré dans la 3, par Marx lui-même dans la préparation ou par Engels dans l’édition, mais pas toujours, comme l’illustre l’édition NTA de Kuczynski. Il suffit de lire attentivement en version 4 le très important chapitre 1 sur la marchandise pour y trouver de nombreux passages qui ne sont pas dans la 2A. Cependant la 2A contient aussi quelques phrases importantes qui n’ont pas trouvé leur chemin vers les versions 3 et 4.

Évaluation de la version 2A quant à la traduction et difficultés des nouvelles traductions

Dans le domaine français, la traduction Roy (v. 2A) est restée pratiquement sans concurrence jusqu’en 1983. Elle est auréolée du prestige d’avoir été revue par Marx et recommandée par lui en 1875 comme version originale et, parce que ça compte aussi pour les éditeurs, elle doit être maintenant dans le domaine public, exempte de droits. C’est une traduction typique de la conception des traductions dans le passé : elle sacrifie plus d’une fois la logique rigoureuse du texte allemand de Marx à l’élégance du français. Chez Roy, le surtravail de l’ouvrier constitue la plus-value du capitaliste. L’inconvénient est que le mot plus-value existait déjà en français dans un tout autre sens et qu’il est toujours utilisé dans cet autre sens en économie et en comptabilité et quotidiennement dans les rubriques économique ou boursière des journaux. Cependant les marxistes de langue française, suivant Roy, l’ont adopté pour le concept marxiste. C’est donc plus-value qu’on utilise dans tous les exposés sur les concepts de base de l’économie marxiste, y compris le Manuel d’économie politique. Rubel améliorant Roy, puis les traducteurs de 1983 (version 4) ont introduit survaleur, comme surtravail, qui est incontestablement un meilleur choix en principe, mais qui a le défaut de rompre avec une tradition qui s’est établie sur un bon siècle.

Conclusion

Avertissement : la supériorité absolue que je proclame ci-dessous des traductions de 1983 ou de 2016 est basée sur une confiance peut-être exagérée dans la v. 4 en allemand. Plusieurs auteurs se demandent si on a suffisamment fait justice en allemand à ce que Marx aurait mis de nouveauté dans la v. 2A. Je dois donc réétudier les différentes versions, après quoi je devrai sans doute revoir mes jugements.

Ce qui compte d’abord, c’est le contenu. C’est la version définitive du Capital qu’il faut lire et aucune autre. La version 2A est en définitive souvent inférieure aux versions suivantes et travailler sur cette version, c’est mépriser, sur base d’une phrase de 1875, les huit ans de travail de Marx de 1875 à 1883 et le travail éditorial d’Engels. Une fois qu’une version 4 existe en français, qu’on soit tout à fait heureux de sa traduction ou non, il serait absurde de continuer à se limiter à la 2A. Les éditeurs continuent à publier massivement la 2A (ou sa variante Rubel, chez Gallimard, en Folio par exemple) et il vaut mieux que des lecteurs lisent ça plutôt que rien, mais le marxiste conscient, le chercheur, doivent faire attention de n’utiliser que la v. 4. Ce n’est que fin septembre 2011 que j’ai découvert une v 4 en français et que j’ai pris conscience des problèmes que posent ces différences de version. J’ai alors revu mes notes selon l’édition Messidor/Éditions sociales de 1983 du Livre I. (Je me suis par ailleurs offert un exemplaire du facsimilé des PUF, 2009 et plus tard un exemplaire de l’édition revue en 2016.) Je n’utilise maintenant, sauf indication contraire, que la pagination de cette édition de 1983 (et donc des facsimilés PUF) ou de la nouvelle édition de 2016.

C’est une question difficile, mais c’est une tout autre question, de savoir si on va maintenant enseigner plus-value ou survaleur dans des formations sur le Capital ; cela ne change rien à l’impératif de n’utiliser dans toutes les langues aucune autre version que la version 4. Si, en français, on n’aime pas survaleur (ou accumulation initiale), on n’a qu’à corriger mentalement (et oralement dans les cours).

Rapide comparaison du contenu des versions 2A et 4

Mots-clefs : ❦ traduction Roy, comparaison

J’ai procédé à un sondage superficiel sur le chapitre 1 du Livre I en comparant la version 2A dans l’édition en huit volumes (1948…) des Éditions sociales et la version 4 dans mon facsimilé de 2009 de l’édition de 1983 de Messidor/Éditions sociales. J’ai repris dans la table qui suit quelques différences visibles. Je ne prétend pas discuter ici la question de savoir si ces différences sont importantes pour la compréhension du Capital (et encore moins la question de savoir si une traduction est meilleure que l’autre). Je veux seulement montrer qu’il y a des différences substantielles (par exemple en fin de ce chapitre, sur le caractère fétiche de la marchandise). Pour aller plus loin, il serait confortable de disposer en forme de tableau comme ceci une présentation juxtaposée de ce chapitre 1 dans les textes français des v. 2A et v. 4 et dans les textes allemands de la v. 4 et de la NTA. Voilà une distraction à envisager pour des longues soirées d’hiver. Je n’imagine pas une édition juxta de trois fois le Livre I entier. C’est déjà un assez gros bouquin dans une langue.

Comme autre problème de traduction, il y a bien sûr la phrase fameuse, à laquelle je consacre un article séparé, sur la « physionomie » de la dialectique.

Version 2A dans l’édition en huit volumes (1948…) des Éditions sociales, vol. 1 Version 4 dans l’édition de 1983 de Messidor/Éditions sociales
Chapitre 1. La marchandise
1. Les deux facteurs…
P. 53. Une marchandise particulière… (6 lignes) P. 41. Une marchandise donnée… (14 lignes)
P. 53. Comme valeurs d’usage, les marchandises sont avant tout de qualité différente ; comme valeurs d’échange, elles ne peuvent être que de différente quantité. P. 42. En tant que valeurs d’usage, les marchandises sont principalement de qualité différente, en tant que valeurs d’échange, elles ne peuvent être que de différente quantité, et ne contiennent donc pas un atome de valeur d’usage.
P. 54. Avec les caractères utiles particuliers des produits du travail disparaissent en même temps, et le caractère utile des travaux qui y sont contenus, et les formes concrètes diverses qui distinguent une espèce de travail d'une autre espèce. Il ne reste donc plus que le caractère commun de ces travaux ; ils sont tous ramenés au même travail humain, à une dépense de force humaine de travail sans égard à la forme particulière sous laquelle cette force a été dépensée. P. 43. En même temps que les caractères utiles des produits du travail, disparaissent ceux des travaux présents dans ces produits, et par là même les différentes formes concrètes de ces travaux, qui cessent d'être distincts les uns des autres, mais se confondent tous ensemble, se réduisent à du travail humain identique, à du travail humain abstrait.
P. 54. En tant que cristaux de cette substance sociale commune, ils sont réputés valeurs. P. 43. C’est en tant que cristallisation de cette substance sociale qui leur est commune, qu’elles sont des valeurs : des valeurs marchandes.
P. 54. Le quelque chose de commun qui se montre dans le rapport d’échange… (2 lignes) P. 43. Dans le rapport d’échange des marchandises proprement dit, leur valeur d’échange nous apparaissait déjà comme quel- que chose de tout à fait indépendant de leurs valeurs d’usage. Si l’on fait maintenant réellement abstraction de la valeur d’usage des produits du travail, on obtient leur valeur, telle qu’elle avait précisément été déterminée. Ce qu’il y a donc de commun, qui s’expose … Toute la suite de notre recherche nous ramènera à la valeur d’échange comme mode d’expression ou comme forme phénoménale nécessaire de la valeur, laquelle doit cependant être d’abord examinée indépendamment de cette forme.
P. 54. Comment mesurer maintenant… (5 lignes) P. 43. Une valeur d’usage, une denrée… (8 lignes)
P. 55. La valeur d’une marchandise… temps de travail nécessaire à la production de l’autre. P. 45. Le rapport de la valeur… temps de travail nécessaire pour produire l’autre. « En tant que valeurs, toutes les marchandises ne sont que des mesures déterminées de temps de travail coagulé. » (K. Marx, Contribution…)
P. 56. Nous connaissons maintenant la substance… (3 lignes) P. 46. Nous connaissons maintenant la substance… (5 lignes en note)
3. Forme de la valeur… 3. La forme valeur…
P. 64. (0 lignes) P. 56. Quant à savoir… (6 lignes)
P. 65. L’habit étant posé… Cette équation exprime donc le caractère spécifique du travail qui constitue la valeur de la toile. P. 57-58. En posant par exemple l’habit…  C’est seulement l’expression de l’équivalence de marchandises d’espèce différente qui met en évidence le caractère spécifique du travail constitutif de valeur, en réduisant effectivement les différentes sortes de travail contenues dans les différentes sortes de marchandises à ce qui leur est commun, à du travail humain tout court.
P. 67. En vertu du rapport de valeur… (deux phrases en 5 lignes) P. 60. Grâce au rapport de valeur… (une phrase supplémentaire de 3 lignes intercalée, 9 lignes)
P. 69. En tant que valeurs… (5 lignes) Une marchandise est immédiatement échangeable… (9 lignes) P. 63. (0 lignes)
4. Le caractère fétiche…
P. 85. …un rapport social des produits du travail. Voilà pourquoi ces produits se convertissent en marchandises… P. 83 …un rapport social entre les produits du travail. Ce qu’il y a de mystérieux dans la forme marchandise consiste donc simplement en ceci qu’elle renvoie aux hommes l’image des caractères sociaux de leur propre travail comme des caractères objectifs des produits du travail eux-mêmes, comme des qualités sociales que ces choses posséderaient par nature : elle leur renvoie ainsi l’image sociale du rapport des producteurs au travail global, comme un rapport social existant en dehors d’eux, entre des objets. C’est ce quiproquo qui fait que les produits du travail deviennent des marchandises…
P. 85. (0 lignes) P. 83. Ce caractère fétiche du monde des marchandises… (3 lignes)
Le retournement de la dialectique et sa « physionomie »

Mots-clefs : ❦ retournement de la dialectique hégélienne ❦ dialectique hégélienne, la remettre sur les pieds ❦ dialectique hégélienne, « physionomie tout à fait raisonnable » ❦ noyau rationnel et enveloppe mystique de la dialectique hégélienne ❦ retournement de la dialectique hégélienne ❦ dialectique de Marx, projet de l’écrire ❦ Lucien Sève ❦ traduction, remarque ❦ traduction Roy, faiblesse ❦ Roy, traduction, faiblesse

Dans sa traduction, Roy a traité de manière quelque peu cavalière une phrase fameuse de Marx (dans la postface de la deuxième édition allemande du Livre I) sur le retournement de la dialectique de Hegel :

  • Sie steht bei ihm auf dem Kopf. Man muß sie umstülpen, um den rationellen Kern in der mystischen Hülle zu entdecken.

    Karl Marx.
  • p. 17 basChez lui, elle est sur la tête. p. 18Il faut la retourner pour découvrir le noyau rationnel sous l’enveloppe mystique.

    Traduction Lefebvre

    p. 29Chez lui elle marche sur la tête ; il suffit de la remettre sur les pieds pour lui trouver la physionomie tout à fait raisonnable.

    Traduction de Joseph Roy.
  • Zij staat bij hem op de kop. Men moet haar ondersteboven keren om in het mystieke hulsel de rationele kern te vinden.

    Vertaling Lipschits.
  • With him it is standing on its head. It must be turned right side up again, if you would discover the rational kernel within the mystical shell.

    Moore-Aveling translation.

On voit dans une traduction plus littérale que la phrase sur le retournement fait écho à la « mystification » de la phrase qui précède et à la « forme mystifiée » de la phrase qui suit. Cet écho est perdu avec « la physionomie tout à fait raisonnable » de la traduction Roy. Ce n’est qu’en corrigeant la traduction Roy que j’ai pu découvrir qu’Engels reprend littéralement la formulation de Marx lorsqu’il parle de « dégager de cette enveloppe mystique » dans la préface de la deuxième édition de l’Anti-Dühring, p. 41. Ce n’est qu’alors aussi que j’ai vu que c’est à la même phrase de Marx que Staline se réfère au tout début de Matérialisme dialectique et matérialisme historique en parlant de « noyau rationnel ». (En fait Marx utilisait déjà le même vocabulaire dans une lettre de 1958, quinze ans avant.) C’est Une introduction à la philosophie marxiste de Lucien Sève (note 35, p. 66) qui m’a alerté sur la faiblesse de la traduction Roy. Dans cette note, Sève renvoie à son chapitre 6 où il développe « les malentendus auxquels cette traduction a donné lieu » et où il tente longuement, dans une analyse très fouillée, de résoudre ce problème non trivial sur lequel Marx a donné aussi peu d’indications que possible. Plus récemment, j’ai trouvé que ce défaut est corrigé dans la traduction de 1983 de la version 4.

Pas innocente non plus l’expression « il suffit de… ». La question du retournement est des plus difficiles. (Je suis plutôt d’avis qu’elle n’a jamais été résolue, ni par Marx, ni par ses commentateurs.) Cette phrase en il-n’y-a-qu’à désinvolte a pu contribuer à l’illusion que ce serait chose simple. Autre chose est de dire « Man muß… », « Il faut… »

On trouve déjà une idée de retournement de l’idéalisme de Hegel chez Feuerbach : « Nous n’avons qu’à faire du prédicat le sujet, et de ce sujet l’objet et le principe, nous n’avons donc qu’à renverser la philosophie spéculative pour avoir la vérité dévoilée, la vérité toute nue. » (Cité par Isabelle Garo dans Marx, une critique de la philosophie, p. 34-35.)

Seuil pour qu’une somme d’argent puisse se transformer en capital

Marx examine ce problème au chapitre 9 du livre I :

  • p. 326 Aus der bisherigen Betrachtung der Produktion des Mehrwerts ergibt sich, daß nicht jede beliebige Geld- oder Wertsumme in Kapital verwandelbar, zu dieser Verwandlung vielmehr ein bestimmtes Minimum von Geld oder Tauschwert in der Hand des einzelnen Geld- oder Warenbesitzers vorausgesetzt ist.

    Marx & Engels, Werke, Band 23, Dietz Verlag, Berlin/DDR, 1968, www.mlwerke.de/me/me23/me23_321.htm.
  • p. 344 ⅗ Il résulte de notre examen de la production de la survaleur que toute somme d’argent ou de valeur n’est pas à volonté transformable en capital, mais que cette transformation présuppose au contraire un minimum déterminé d’argent ou de valeur d’échange dans les mains du détenteur individuel d’argent ou de marchandises.

    Traduction Lefebvre.

    p. 301Il résulte de l’examen que nous venons de faire de la production de la plus-value, que toute somme de valeur ou de monnaie ne peut pas être transformée en capital. Cette transformation ne peut s’opérer sans qu’un minimum d’argent ou de valeur d’échange se trouve entre les mains du postulant à la dignité de capitaliste.

    Traduction Roy.
  • Uit bovenstaande beschouwing over de productie van meerwaarde blijkt dat niet iedere willekeurige geld- of waardesom in kapitaal kan worden omgezet; voordat deze omzetting kan plaatsvinden moet een bepaald minimum aan geld of ruilwaarde zich in handen bevinden van de enkele geld- of warenbezitter.

  • From the treatment of the production of surplus value, so far, it follows that not every sum of money, or of value, is at pleasure transformable into capital. To effect this transformation, in fact, a certain minimum of money or of exchange value must be presupposed in the hands of the individual possessor of money or commodities.

Il n’y a pas ici chez Roy de vraie difficulté comme avec la physionomie. Mais il est quand même léger et prétentieux de sa part de trouver Marx chiant et d’introduire, pour égayer un peu, son « postulant à la dignité de capitaliste » absent du texte de Marx. (Mais j’avoue ne pas encore avoir relu sur ce point l’édition de 1867. En outre, je ne peux exclure que Marx lui-même ait voulu amuser le lecteur français.)

Notes
1.
Certaines de ces lettres sont bien connues. Lors d’une vente organisée par la maison Ader (Nordmann et Dominique) à Paris le 11 décembre 2018, on a vendu, avec le contrat entre Marx et son éditeur Lachâtre, une vingtaine de de Marx lettres qui étaient restées dans la famille de l’éditeur. Selon l’expert et les commissaires-priseurs, Thierry Bodin, David Nordmann et Xavier Dominique, ces lettres, non publiées, connues seulement de quelques spécialistes, confirment que Marx aurait complètement retraduit lui-même le chapitre 1 de ce Livre I du Capital. Certains articles de presse disent aussi « découverte importante », sans qu’on sache si ce sont les mots du journal ou des experts. Je ne sais donc qu’en penser : (i) ça dépasse le mot « confirment », si c’est bien ça que Bodin a dit ; (ii) on ne pourrait faire une découverte nouvelle de ce genre qu’avec des lettres inconnues ; si des spécialistes les connaissaient, ces derniers seraient intervenus dans la discussion de l’étendue des interventions de Marx dans le texte français et la vente des lettres n’ajouterait rien. Mais il se peut que les spécialistes ne connaissaient que l’existence de ces lettres, sans avoir eu l’occasion d’entrer dans leur contenu, et qu’on découvre donc bien une intervention de Marx plus importante qu’on n’avait cru.
Dominique Meeùs . Date: 1999-2018