Dominique Meeùs
Dernière modification le   
Notes de lecture : table des matières, index — Retour au dossier marxisme

Les différentes versions du Livre I

Version 1,, 1867, première édition allemande du Livre I, que j’appellerai version 1.

Version 2, juillet 1872, deuxième édition allemande du Livre I, que j’appellerai version 2.

Version 2A, en cahiers à partir d’août 1872, en volume au printemps 1875, traduction de Joseph Roy révisée par Marx. J’explique dans une page séparée en quoi cette version est spécifique et justifie un numéro hors série comme 2A et quels sont ses inconvénients.

Version 3, novembre 1883 Marx décède le 14 mars 1883. , troisième édition allemande du Livre I, par Engels sur base de notes préparées par Marx pour une 3e édition (en reprenant de la version 2A ce qui devait être repris). Engels dit ceci en avertissement 32 de cette édition :

Marx avait l’intention initialement de remanier très largement le texte du premier volume, de cerner avec plus de précision certains points théoriques, d’en introduire de nouveaux, et de compléter tout le matériau historique et statistique en le mettant à jour jusqu’à la période la plus récente. Mais sa maladie et le désir d’achever la rédaction du deuxième volume l’ont contraint d’abandonner ce projet. Seules devaient être faites les modifications les plus nécessaires, ainsi que les ajouts que contenait l’édition française parue entre-temps […].

Dans les papiers de Marx se trouvait un exemplaire allemand du Capital qu’il avait corrigé par endroits et muni de renvois à l’édition française, ainsi qu’une édition française où il avait repéré très exactement les passages qu’il fallait utiliser. A quelques exceptions près, ces modifications et ces ajouts se limitent à la dernière partie, à la section intitulée : « Le procès d’accumulation du capital ».

Il y a donc des « modifications les plus nécessaires » autres que les reprises de la version 2A. (J’en ai observé quelques unes.) Dans la préface à la traduction anglaise, Engels mentionne des instructions en vue d’un premier projet de traduction en anglais, mais aussi des « instructions finales pour la troisième édition ».

J’appellerai donc cette édition allemande version 3. Le plan reste celui de la version 2.

Version 3A, 1887, première traduction anglaise du Livre I, traduction de la 3e édition allemande par Samuel Moore et Edward Bibbins Aveling sous la supervision d’Engels. (Le dr Aveling était le compagnon d’Eleanor Marx.) Eleanor a fait un gros travail de retour à l’original anglais d’un certain nombre de citations. Par ailleurs, selon Ben Fowkes, le traducteur de l’édition Penguin et New Left Review de 1976, Engels aurait, comme Marx peut-être pour la v. 2A, toléré ou encouragé des simplifications pour ne pas rebuter le lecteur anglais. En outre, la numérotation des sections et des chapitres n’est pas celle de la v. 3, mais essentiellement celle de la v. 2A 33. On a donc (mais avec certaines libertés d’édition et de traduction) le texte, plus complet, de la v. 3, coulé dans la table des matières de la v. 2A. Tout cela en fait une édition spécifique, que j’appelle donc pour cela version 3A.

Version 4, 1890, quatrième édition allemande du Livre I, par Engels, que j’appellerai version 4 (un peu plus de deux millions de signes, espaces compris). Engels a encore récupéré quelques apports de la v. 2A et corrigé des citations et des références sur base du travail d’Eleanor Marx pour la traduction anglaise (v. 3A) de la version 3.

Versions 3A4 ou 4A. Ceux qui ont voulu en anglais mettre à jour la v. 3A selon la v. 4 ou retraduire carrément la v. 4, l’ont, pour autant que je sache, tous fait en restant fidèles à la numérotation de chapitres de la v. 3A (donc en fin de compte de la v. 2A), ce qui en font donc des versions qui restent toujours différentes à cet égard de la vraie v. 4 allemande. Je distingue ainsi les v. 3A4, qui incorporent les additions de la v. 4 mais en restant, pour le reste, plutôt fidèles au texte v. 3A de Moore et Aveling et les v. 4A qui, bien que dans le plan de la v. 3A, s’annoncent comme des traductions directes de la v. 4.

Les différentes versions se définissent ainsi par des textes et des plans différents. Il faut donc savoir que lorsqu’on parle de tel ou tel chapitre du Livre I, cela n’a de sens que si on dit aussi de quelle version. J’ai articulé ces versions, avec les principales éditions dans un schéma et construit une table de comparaison des différentes tables des matières.

Notes
32
En passant, ceci aussi, sur le vocabulaire allemand, qui peut intéresser le néerlandais :
  • Es konnte mir nicht in den Sinn kommen, in das Kapital den landläufigen Jargon einzuführen, in Welchem deutsche Ökonomen sich auszudrücken pflegen, jenes Kauderwelsch, worin z.B. derjenige, der sich für bare Zahlung von andern ihre Arbeit geben läßt, der Arbeitgeber heißt, und Arbeitnehmer derjenige, dessen Arbeit ihm für Lohn abgenommen wird. Auch im Französischen wird travail im gewöhnlichen Leben im Sinn von „Beschäftigung“ gebraucht. Mit Recht aber würden die Franzosen den Ökonomen für verrückt halten, der den Kapitalisten donneur de travail, und den Arbeiter receveur de travail nennen wollte.

  • Il était hors de question pour moi d’introduire dans le Capital le jargon dans lequel les économistes allemands ont coutume de s’exprimer, où l’on donne par exemple le nom de « donneur de travail », Arbeitgeber, à celui qui se fait donner par les autres leur travail contre un paiement comptant, et le nom de « preneur de travail », Arbeitnehmer, à celui dont on prend le travail contre le salaire. En français aussi, le mot travail est utilisé, dans la vie courante, dans le sens d’ « emploi ». Mais les Français seraient en droit de traiter de fou l’économiste qui voudrait appeler le capitaliste « donneur », et l’ouvrier « preneur » de travail.

    P. 22.
  • Het zou niet bij me opgekomen zijn in Het Kapitaal het gangbare jargon te gebruiken, waarin de Duitse economen zich plegen uit te drukken, het koeterwaals waarin bijvoorbeeld degene, die zich tegen contante betaling de arbeid van anderen verschaft, werkgever wordt genoemd en degene, wiens arbeid hem tegen loon wordt afgenomen, werknemer. Ook in het Frans heeft het woord ‘travail’ in het dagelijkse leven de betekenis van ‘werk’, maar terecht zouden de Fransen de economen voor gek verklaren die de kapitalisten donneurs de travail en de arbeiders receveurs de travail zouden willen noemen.

33
Entre 1872 et 1887, les anglophones ont dû lire surtout la version 2A et s’y référer. On aura pensé pour les lecteurs de cette traduction anglaise qu’il était plus déroutant de s’écarter du plan la version française que de celui de l’original allemand moins connu.
Dominique Meeùs . Date: 1999-2017