Dominique Meeùs
Dernière modification le   
Notes de lecture : table des matières, index — Retour au dossier marxisme

Contre le libéralisme

7 septembre 1937. Œuvres choisies, tome 2, p. 25-27. Cité presque intégralement dans le « petit livre rouge » des Citations du président Mao Tsé-toung, p. 287-288.

Je n’ai pas d’information concrète sur les circonstances et sur les problèmes auxquels ce texte-ci répond. Mao Tsé-toung a enseigné la philosophie à l’École militaire et politique antijaponaise de Yenan. (On écrit aujourd’hui Yan’an ou Yanan.) C’est là qu’il a fait ses deux fameuses conférences « De la pratique » et « De la contradiction ». Ceci est donc de la même époque et des présentations de ces conférences pourraient éclairer aussi la nécessité et les objectifs du présent texte. Il y a un article sur Mao et l’École militaire et politique antijaponaise dans Pékin Information 1977/11, p. 10-14, mais je j’y ai pas accès immédiatement.

Mots-clefs : ❦ libéralisme ❦ discipline ❦ lutte idéologique ❦ principe ❦ propagande ❦ agitation ❦ divergence d’opinions ❦ intérêt personnel ❦ franchise

Nous sommes pour la lutte idéologique positive, car elle est l’arme qui assure l’unité à l’intérieur du Parti et des groupements révolutionnaires dans l’intérêt de notre combat. Tout communiste et révolutionnaire doit prendre cette arme en main.

Le libéralisme, lui, rejette la lutte idéologique et préconise une entente sans principe ; il en résulte un style de travail décadent et philistin qui, dans le Parti et les groupements révolutionnaires, conduit certaines organisations et certains membres à la dégénérescence politique.

Le libéralisme se manifeste sous diverses formes.

On sait très bien que quelqu’un est dans son tort, mais comme c’est une vieille connaissance, un compatriote, un camarade d’école, un ami intime, une personne aimée, un ancien collègue ou subordonné, on n’engage pas avec lui une discussion sur les principes et on laisse aller les choses par souci de maintenir la bonne entente et l’amitié. Ou bien, on ne fait qu’effleurer la question au lieu de la trancher, afin de rester en bons termes avec l’intéressé. Il en résulte qu’on fait du tort à la collectivité comme à celui-ci. C’est une première forme de libéralisme.

On se livre, en privé, à des critiques dont on n’assume pas la responsabilité au lieu de s’employer à faire des suggestions à l’organisation. On ne dit rien aux gens en face, on fait des cancans derrière leur dos ; on se tait à la réunion, on parle à tort et à travers après. On se moque du principe de la vie collective, on n’en fait qu’à sa tête. C’est une deuxième forme de libéralisme.

On se désintéresse complètement de tout ce qui ne vous concerne pas ; même si l’on sait très bien ce qui ne va pas, on en parle le moins possible ; en homme sage, on se met à l’abri et on a pour seul souci de n’être pas pris soi-même en défaut. C’en est la troisième forme.

On n’obéit pas aux ordres, on place ses opinions personnelles au-dessus de tout. On n’attend que des égards de l’organisation et on ne veut pas de sa discipline. C’en est la quatrième forme.

Au lieu de réfuter, de combattre les opinions erronées dans l’intérêt de l’union, du progrès et du bon accomplissement du travail, on lance des attaques personnelles, on cherche querelle, on exhale son ressentiment, on essaie de se venger. C’en est la cinquième forme.

On entend des opinions erronées sans élever d’objection, on laisse même passer des propos contre-révolutionnaires sans les signaler : on les prend avec calme, comme si de rien n’était. C’en est la sixième forme.

On se trouve avec les masses, mais on ne fait pas de propagande, pas d’agitation, on ne prend pas la parole, on ne s’informe pas, on ne questionne pas, on n’a pas à cœur le sort du peuple, on reste dans l’indifférence, oubliant qu’on est un communiste et non un simple particulier. C’en est la septième forme.

On voit quelqu’un commettre des actes nuisibles aux intérêts des masses, mais on n’en est pas indigné, on ne l’en détourne pas, on ne l’en empêche pas, on n’entreprend pas de l’éclairer sur ce qu’il fait et on le laisse continuer. C’en est la huitième forme.

On ne travaille pas sérieusement mais pour la forme, sans plan ni orientation, cahin-caha : « Bonze, je sonne les cloches au jour le jour. » C’en est la neuvième forme.

On croit avoir rendu des services à la révolution et on se donne des airs de vétéran ; on est incapable de faire de grandes choses, mais on dédaigne les tâches mineures ; on se relâche dans le travail et dans l’étude. C’en est la dixième forme.

On a commis des erreurs, on s’en rend compte, mais on n’a pas envie de les corriger, faisant preuve ainsi de libéralisme envers soi-même. C’en est la onzième forme.

Nous pourrions en citer d’autres encore, mais ces onze formes sont les principales.

Elles sont toutes des manifestations du libéralisme.

Le libéralisme est extrêmement nuisible dans les collectivités révolutionnaires. C’est un corrosif qui ronge l’unité, relâche les liens de solidarité, engendre la passivité dans le travail, crée des divergences d’opinions. Il prive les rangs de la révolution d’une organisation solide et d’une discipline rigoureuse, empêche l’application intégrale de la politique et coupe les organisations du Parti des masses populaires placées sous la direction du Parti. C’est une tendance des plus pernicieuses.

Le libéralisme a pour cause l’égoïsme de la petite bourgeoisie qui met au premier plan les intérêts personnels et relègue au second ceux de la révolution ; d’où ses manifestations sur le plan idéologique, politique ainsi que dans le domaine de l’organisation.

Ceux qui sont imbus de libéralisme considèrent les principes du marxisme comme des dogmes abstraits. Ils approuvent le marxisme, mais ne sont pas disposés à le mettre en pratique ou à le mettre intégralement en pratique ; ils ne sont pas disposés à remplacer leur libéralisme par le marxisme. Ils ont fait provision de l’un comme de l’autre : ils ont le marxisme à la bouche, mais pratiquent le libéralisme ; ils appliquent le premier aux autres, le second à eux-mêmes. Ils ont les deux articles et chacun a son usage. Telle est la façon de penser de certaines gens.

Le libéralisme est une manifestation de l’opportunisme, il est en conflit radical avec le marxisme. Il est négatif et aide en fait l’ennemi, qui se réjouit de le voir se maintenir parmi nous. Le libéralisme étant ce qu’il est, il ne saurait avoir sa place dans les rangs de la révolution.

Nous devons vaincre le libéralisme, qui est négatif, par le marxisme, dont l’esprit est positif. Un communiste doit être franc et ouvert, dévoué et actif ; il placera les intérêts de la révolution au-dessus de sa propre vie et leur subordonnera ses intérêts personnels. Il doit toujours et partout s’en tenir fermement aux principes justes et mener une lutte inlassable contre toute idée ou action erronée, de manière à consolider la vie collective du Parti et à renforcer les liens de celui-ci avec les masses. Enfin, il se souciera davantage du Parti et des masses que de l’individu, il prendra soin des autres plus que de lui-même. C’est seulement ainsi qu’il méritera le nom de communiste.

Que tous les communistes loyaux, honnêtes, actifs et droits s’unissent dans le combat contre les tendances au libéralisme qui se manifestent chez certaines gens, pour les ramener dans le droit chemin ! C’est là une de nos tâches sur le front idéologique.

Dominique Meeùs . Date: 1999-2016