Dominique Meeùs
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Considérations sur les remarques de la commission de la conférence de Russie tenue en avril

Œuvres, tome 24, p. 477-478.

Ce texte peu connu est difficile à trouver en ligne. (Si on le connaît, il suffit bien sûr d’ouvrir le tome 24.) La dernière phrase du passage repris ci-dessous est citée par Louis Ségal à la fin du dernier paragraphe (« Sur le caractère transitoire du capitalisme monopoliste ») de la première section du chapitre 11 de ses Principes d’économie politique, mais avec une référence pratiquement inaccessible aujourd’hui (Œuvres de Lénine en 1928.). Leontiev cite exactement la même phrase au chapitre 9 de Political Economy repris en leftspot.wordpress.com/2012/07/27/leontiev-imperialism-the-eve-of-the-socialist-revolution-of-the-proletariat/ La phrase en anglais m’a permis de trouver le texte du volume 20 de 1929 des Collected Works de Lénine en anglais et par là d’identifier le texte d’où elle est extraite.

Mots-clefs : ❦ impérialisme, capitalisme sur son déclin ❦ faillite de l’impérialisme : révolution socialiste ❦ concurrence et monopole, contradiction de l’impérialisme

À propos de ces remarques sur la partie générale du programme, je dois faire observer ce qui suit :

À mon avis, il n’est pas nécessaire de réviser toute la partie générale du programme. Le plan de cette révision, esquissé par la commission, me parait théoriquement erroné 108.

Dans sa rédaction actuelle, la partie générale du programme donne la description et l’analyse des particularités essentielles du capitalisme, en tant que régime économique et social. Ces particularités ne sont pas radicalement modifiées par l’impérialisme, époque du capital financier. L’impérialisme est la continuation de l’évolution du capitalisme, son stade suprême, qui constitue à certains égards la transition vers le socialisme.

Pour cette raison, j’estime qu’en ajoutant l’analyse de l’impérialisme à celle des particularités essentielles du capitalisme en général, on n’a pas procédé mécaniquement. À la vérité, l’impérialisme ne rebâtit pas et ne peut pas rebâtir le capitalisme de la base au sommet. L’impérialisme complique et accentue les contradictions du capitalisme, « enchevêtre » les monopoles et la libre concurrence, mais ne peut pas éliminer l’échange, le marché, la concurrence, les crises, etc.

L’impérialisme est le capitalisme sur son déclin, mais ce déclin n’est pas achevé. L’impérialisme agonise, mais il n’est pas mort. Il est essentiellement caractérisé, non par p. 478de purs monopoles, mais par la coexistence des monopoles avec l’échange, le marché, la concurrence, les crises.

Aussi est-il théoriquement erroné d’éliminer l’analyse de l’échange, de la production marchande, des crises, etc., en général pour y « substituer » celle de l’impérialisme considéré comme un tout. Car ce tout, n’existe pas. Il y a une transition de la concurrence au monopole ; le programme sera beaucoup plus juste et correspondra mieux à la réalité, si l’on y maintient l’analyse générale de l’échange, de la production marchande, des crises, etc., en y ajoutant une définition des monopoles en développement. C’est justement cette conjonction de deux « principes » contradictoires, la concurrence et le monopole, qui caractérise l’impérialisme ; c’est justement [elle] qui prépare la faillite de l’impérialisme, c’est-à-dire la révolution socialiste.

Notes
108
En fait Lénine n’attaque pas en lui-même le texte proposé, mais le plan qui prévoit de supprimer du programme l’exposé de la concurrence et du marché. Lénine demande qu’on maintienne l’exposé de la concurrence et du marché et qu’on ajoute le texte sur l’impérialisme (que l’on retrouve effectivement dans le texte résultant).
Dominique Meeùs . Date: 1999-2017