Friedrich Engels, Dialectique de la nature, retour à la table des matières

[b) Logique dialectique et théorie de la connaissance
À propos des « limites de la connaissance »]

Unité de la nature et de l’esprit 1. Pour les Grecs, que la nature ne puisse pas être irrationnelle allait de soi ; mais, aujourd’hui encore, même les empiristes les plus sots prouvent par leurs raisonnements (si faux qu’ils puissent être) qu’ils sont persuadés d’avance que la nature ne peut être irrationnelle et que la raison ne peut pas contredire la nature.

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Le développement de n’importe quel concept ou rapport de concepts (positif et négatif, cause et effet, substance et accident) dans l’histoire de la pensée est à son développement dans la tête du dialecticien pris individuellement, comme le développement d’un organisme dans la paléontologie est à son développement dans l’embryologie (on pourrait dire dans l’histoire et dans l’embryon isolé). Qu’il. en soit ainsi, Hegel l’a découvert le premier en ce qui concerne les concepts. Dans le développement historique, la contingence joue son rôle qui, dans la pensée dialectique comme dans le développement de l’embryon, se résume en nécessité 2.

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Abstrait et concret. La loi générale du changement de forme du mouvement est bien plus concrète que tout exemple singulier a concret à de celui-ci 3.

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Entendement et raison 4. Cette distinction hégélienne, selon laquelle seule la pensée dialectique est rationnelle, a un certain sens. Nous avons en commun avec les animaux tous les modes d’activité de l’entendement, l’induction, la déduction, donc aussi l’abstraction (concept de genre de Dido 5 : quadrupèdes et bipèdes), l’analyse des objets inconnus (casser une noix est déjà le début de l’analyse), synthèse (dans le cas des malices des animaux), et, combinant l’une et l’autre, l’expérimentation (dans le cas d’obstacles nouveaux et de situations difficiles). Par leur nature, toutes ces manières de procéder — donc tous les moyens de la recherche scientifique que reconnaît la logique ordinaire — sont parfaitement semblables chez l’homme et les animaux supérieurs. Ce n’est qu’en degré (le degré de développement de la méthode dans chaque cas considéré) qu’elles diffèrent. Les traits fondamentaux de la méthode sont semblables et conduisent aux mêmes résultats chez l’homme et chez l’animal, tant que tous deux opèrent ou se tirent d’affaire uniquement avec ces méthodes élémentaires. — Par contre, la pensée dialectique — précisément parce qu’elle a pour condition préalable l’étude de la nature des concepts eux-mêmes — n’est possible qu’à l’homme ; même pour celui-ci, elle n’est possible qu’à un niveau de développement relativement élevé (Bouddhistes et Grecs) et n’atteint son plein développement que bien plus tard encore, avec la philosophie moderne — et cependant les résultats colossaux auxquels parviennent déjà les Grecs, résultats qui anticipent de loin sur là recherche.

La chimie, dans laquelle l’analyse est la forme de recherche prédominante, n’est rien sans le pôle opposé de celle-ci : la synthèse 6.

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[De la classification des jugements 7]

La logique dialectique, à l’opposé de l’ancienne logique, purement formelle, ne se contente pas comme celle-ci d’énumérer les formes du mouvement de la pensée, c’est-à-dire les diverses formes du jugement et du raisonnement, et de les accoler les unes aux autres sans aucun lien. Elle déduit au contraire ces formes l’une de l’autre, elle les subordonne les unes aux autres au lieu de les coordonner, elle développe les formés supérieures à partir des formes inférieures. Fidèle à sa subdivision de la logique dans son ensemble, Hegel groupe les jugements de la manière suivante 8 :

1. Le jugement d’existence, forme la plus simple du jugement dans laquelle on énonce affirmativement ou négativement une qualité générale d’une chose singulière (jugement positif : « La rose est rouge » ; négatif : « La rose n’est pas bleue » ; infini : « La rose n’est pas un chameau »).

2. Le jugement de réflexion, dans lequel on énonce à propos du sujet une détermination relative, une relation (jugement singulier : « Cet homme est mortel » ; particulier : « Quelques hommes, beaucoup d’hommes sont mortels » ; universel : « Tous les hommes sont mortels » ou « l’homme est mortel »).

3. Le jugement de nécessité, dans lequel on énonce la détermination substantielle du sujet (jugement catégorique : « La rose est une plante » ; hypothétique : « Si le soleil se lève, il fait jour » ; disjonctif : « Le lépidosaure est soit un poisson, soit un amphibie »).

4. Le jugement conceptuel, qui, à propos du sujet, énonce dans quelle mesure il correspond à sa nature universelle, ou, comme dit Hegel, à son concept (jugement assertorique : « Cette maison est mauvaise » ; problématique : « Si une maison a telle ou telle qualité, elle est bonne » ; apodictique : « La maison, avec telle ou telle qualité, est bonne »).

1er groupe : jugement singulier,

2e [et 3e] : jugement particulier,

4e : jugement universel.

Si sèche que soit la lecture de tout ceci et si arbitraire que puisse apparaître à première vue cette classification des jugements sur tel ou tel point, la vérité et la nécessité internes de ce groupement deviendront évidents à quiconque étudie à fond le développement génial de Hegel dans la Grande Logique(Œuvres, tome V, p. 63-115) 9. Mais, pour montrer à quel point ce groupement est fondé non seulement dans les lois de la pensée, mais aussi dans les lois de la nature, nous allons citer un exemple bien connu à un autre égard.

Les hommes préhistoriques savaient déjà en pratique que le frottement produit de la chaleur, lorsque, il y a peut-être bien 100 000 ans, ils trouvèrent le moyen de faire du feu par frottement et que, plus tôt encore, ils réchauffaient par friction des parties froides du corps. Mais de là à la découverte qu’en tout état de cause le frottement est une source de chaleur, il s’est passé on ne sait combien de millénaires. Bref, le temps vint où le cerveau humain s’était suffisamment développé pour pouvoir porter le jugement : le frottement est une source de chaleur, jugement d’existence, et, qui plus est, positif.

Des millénaires s’écoulèrent derechef jusqu’à ce qu’en 1842 Mayer, Joule et Colding étudient ce processus particulier sous l’aspect de ses relations avec d’autres processus de même nature découverts dans l’intervalle, c’est-à-dire sous l’aspect de ses conditions générales immédiates, et qu’ils formulent le jugement de la façon suivante : tout mouvement mécanique est capable de se transformer en chaleur par l’intermédiaire du frottement. Il fallut tout ce temps et une foule énorme de connaissances empiriques pour pouvoir progresser dans la connaissance de l’objet du jugement positif d’existence ci-dessus à ce jugement universel de réflexion.

Mais maintenant les choses allèrent vite. Trois ans après, Mayer pouvait déjà, du moins quant au fond, élever le jugement de réflexion au niveau où il est valable aujourd’hui : toute forme du mouvement peut et doit nécessairement, dans des conditions déterminées pour chaque cas, se convertir directement ou indirectement en toute autre forme du mouvement, c’est-à-dire un jugement conceptuel et, qui plus est, apodictique, forme suprême du jugement en général.

Donc, ce qui chez Hegel apparaît comme un développement de la forme de pensée du jugement en tant que tel, se révèle ici à nous comme le développement de nos connaissances théoriques sur la nature du mouvement en général, connaissances reposant sur une base empirique. Ceci montre par conséquent que les lois de la pensée et les lois de la nature concordent nécessairement, pour peu qu’on les connaisse d’une manière exacte.

Nous pouvons considérer le premier jugement comme un jugement singulier : on enregistre le fait isolé que le frottement produit de la chaleur. Le second comme un jugement particulier : une forme particulière du mouvement (la forme mécanique) a révélé sa propriété de se transformer en une autre forme particulière du mouvement (en chaleur) dans des circonstances particulières (par frottement). Le troisième jugement est un jugement d’universalité : toute forme de mouvement s’est révélée comme pouvant et devant nécessairement se convertir en toute autre forme de mouvement. En revêtant cette forme, la loi a atteint son expression dernière. Nous pouvons, grâce à de nouvelles découvertes, la doter de preuves nouvelles, d’un contenu nouveau et plus riche. Mais à la loi elle-même, telle qu’elle est formulée ici, nous ne pouvons plus rien ajouter. Dans son universalité, dans sa forme et son contenu, tous deux également universels, elle n’est susceptible d’aucune extension : elle est une loi absolue de la nature.

Malheureusement, les choses clochent en ce qui concerne les formes du mouvement propres à l’albumine, autrement dit en ce concerne la vie, tant que nous ne sommes pas en mesure de fabriquer de l’albumine 10.

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Prouvé également ci-dessus 11 que, pour énoncer un jugement, il ne faut pas seulement de la « faculté de jugement » kantienne mais encore […] 12.

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Singularité, particularité, universalité, telles sont les trois déterminations dans lesquelles se meut toute la « théorie du concept » 13. Entre autres, on n’y progresse pas du singulier au particulier, et de là à l’universel selon une seule modalité, mais selon un grand nombre, et Hegel a illustré cela assez souvent par l’exemple de l’ascension de l’individu à l’espèce et au genre. Et voici qu’arrivent les Haeckel avec leur induction et ils proclament à son de trompe comme un grand exploit contre Hegel qu’il faut s’élever du singulier au particulier, puis à l’universel, de l’individu à l’espèce, puis au genre… et ils autorisent ensuite les raisonnements déductifs qui doivent mener plus loin ! Ces gens se sont à tel point enferrés dans l’opposition entre induction et déduction qu’ils réduisent à ces deux-là seulement toutes les formes logiques de raisonnement et que, ce faisant, ils ne remarquent absolument pas: 1o que sous ces noms ils utilisent inconsciemment de tout autres formes de raisonnement ; 2o qu’ils se privent de toute la richesse des formes de raisonnement dans la mesure où elles ne se laissent pas ramener de force à ces deux-là ; et 3o qu’ils transforment ainsi ces deux formes elles-mêmes induction et déduction en pure absurdité 14.

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Induction et déduction 15. Haeckel p. 75 sqq 16. Où Goethe conclut par induction que l’homme, qui n’a pas normalement d’os intermaxillaire, doit l’avoir, donc par une induction fausse 17arrive à quelque chose d’exact.

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Absurdité de Haeckel : Induction contre déduction. Comme si déduction n’était pas = raisonnement, donc aussi l’induction est une déduction. Cela vient de la polarisation. Haeckel :Histoire naturelle de la création, pp. 76 à 77 18. Le raisonnement polarisé en induction et déduction 19.

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Par la voie de l’induction on a trouvé, il y a un siècle, que les écrevisses et les araignées sont des insectes et tous les animaux inférieurs des vers. À l’aide de l’induction on trouve maintenant que cela est absurde et qu’il existe x classes. Où donc est l’avantage du raisonnement dit inductif, qui peut se révéler aussi faux que le raisonnement dit déductif, dont le fondement est pourtant la classification ?

L’induction ne pourra jamais démontrer qu’on ne trouvera pas un jour un mammifère sans glandes mammaires. Naguère les mamelles étaient le signe distinctif du mammifère. Pourtant l’ornythorinque n’en a pas.

Toute la charlatanerie de l’induction vient des Anglais Whewell : Inductive Sciences 20, qui n’embrasse que les sciences parement mathématiques 21 et c’est ainsi qu’a été inventée l’opposition entre induction et déduction. De cela, la logique, ancienne et nouvelle, ne sait rien. Toutes les formes du raisonnement qui partent du singulier sont expérimentales et reposent sur l’expérience. Bien plus, le raisonnement inductif commence même par G-S-P, le général, le singulier, le particulier 22.

Il est également caractéristique pour la vigueur de pensée de nos savants que Haeckel prend fanatiquement parti pour l’induction au moment précis où les résultats de l’induction les classifications sont partout remis en question (le limulus est une araignée ; l’ascidie est un vertébré ou tunicier, les dipneustes, à l’encontre de toutes les définitions primitives les classant comme amphibies, se révèlent pourtant des poissons) et où chaque jour on découvre des faits nouveaux qui renversent toute la classification inductive antérieure. Quelle belle confirmation de la thèse de Hegel selon laquelle le raisonnement par induction est essentiellement problématique 23 ! Bien plus, la théorie de l’évolution enlève à l’induction toute la classification des organismes elle-même et la ramène à la « déduction », à la descendance — une espèce est littéralement déduite d’une autre par l’établissement de sa descendance — et il est impossible de démontrer la théorie de l’évolution à l’aide de la simple induction, car elle est tout à fait anti-inductive. Les concepts avec lesquels l’induction opère: espèce, genre, classe, la théorie de l’évolution les rend fluents, et par suite relatifs : or comment induire avec des concepts relatifs 24 ?

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Pour les partisans de l’induction par-dessus tout 25. Toute l’induction du monde ne nous aurait jamais aidés à nous expliquer le processus de l’induction. Seule l’analyse de ce processus pouvait y parvenir. — Induction et déduction vont aussi nécessairement de pair que synthèse et analyse. Au lieu de porter exclusivement aux nues l’une aux dépens de l’autre, il faut chercher à utiliser chacune à sa place, et cela n’est possible que si l’on ne perd pas de vue qu’elles vont de pair, qu’elles se complètent réciproquement. D’après les partisans de l’induction, ce serait une méthode infaillible. Elle l’est si peu que ses résultats en apparence les plus sûrs sont renversés chaque jour par des découvertes nouvelles.

Les corpuscules lumineux, la substance calorique étaient des résultats de l’induction. Où sont-ils maintenant ? L’induction nous a enseigné que tous les vertébrés ont un système nerveux central différencié en cerveau et en moelle épinière, et que la moelle épinière était enclose dans des vertèbres cartilagineuses ou osseuses — d’où d’ailleurs leur nom. Et voilà que l’amphioxus s’avéra être un vertébré avec un cordon nerveux central indifférencié et sans vertèbres. L’induction établit que les poissons sont ces vertébrés qui respirent toute leur vie exclusivement par des branchies. Et voilà que se présentent des animaux dont les caractéristiques de poissons sont presque universellement reconnues, mais qui, à côté des branchies, ont des poumons bien développés, et il s’avère que chaque poisson porte dans sa vessie natatoire un poumon en puissance. C’est seulement en appliquant hardiment la théorie de l’évolution que Haeckel aida à sortir de ces contradictions les partisans de l’induction qui s’y sentaient parfaitement à l’aise. Si l’induction était tellement infaillible, d’où viendraient alors ces bouleversements qui se culbutent précipitamment les uns les autres dans les classifications du monde organique ? Ils sont pourtant le plus pur produit de l’induction et ne s’en anéantissent pu moins réciproquement.

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Induction et analyse 26. Combien est peu fondée la prétention de l’induction d’être la forme unique ou du moins prédominante de la découverte scientifique, la thermodynamique en donne un exemple frappant. La machine à vapeur a donné la preuve la plus péremptoire que l’on peut mettre en jeu de la chaleur et obtenir du mouvement mécanique. 100 000 machines à vapeur ne l’ont pas mieux démontré qu’une seule ; elles ont seulement contraint de plus en plus les physiciens à l’expliquer. Sadi Carnot a été le premier à s’en occuper sérieusement ; mais non par induction. Il étudia la machine à vapeur, l’analysa, trouva qu’en elle le processus fondamental n’apparaît pas à l’état pur, mais qu’il est masqué par toutes sortes de processus secondaires ; il élimina ces circonstances accessoires, indifférentes pour le processus principal, et construisit une machine à vapeur (ou machine à gaz) idéale, qui, à vrai dire, est tout aussi peu réalisable que, par exemple, une ligne ou une surface géométriques, mais qui, à sa manière, remplit le même office que ces abstractions mathématiques: elle représente le processus considéré à l’état pur, indépendant, non altéré. Et il tomba le nez sur l’équivalent mécanique de la chaleur (voir le sens de sa fonction C), qu’il ne pouvait découvrir ni voir, pour la seule raison qu’il croyait à la substance calorique. Voilà aussi la preuve de la nocivité de théories fausses.

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L’observation empirique à elle toute seule ne pourra jamais prouver de façon suffisante la nécessité. Post hoc, mais non propter hoc 27(Encyclopédie, I, p. 84) 28. Cela est si vrai que, du lever constant du soleil le matin, il ne s’ensuit pas qu’il se lèvera aussi demain, et, en fait, nous savons maintenant qu’un moment viendra où un matin le soleil ne se lèvera pas. Mais la preuve de la nécessité est dans l’activité humaine, dans l’expérience, dans le travail : si je peux produire le post hoc, il devient identique au propter hoc 29.

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Causalité 30. La première chose qui nous frappe lorsque nous observons de la matière en mouvement, c’est la liaison réciproque des mouvements individuels des corps individuels, leur conditionnement l’un par l’autre. Or nous trouvons non seulement que tel mouvement est suivi de tel autre, nous trouvons aussi que nous pouvons produire tel mouvement déterminé en créant les conditions dans lesquelles il s’opère dans la nature ; et même nous sommes en mesure de produire des mouvements qui ne se produisent pas du tout dans la nature (Industrie) — du moins pas de cette manière — et nous pouvons donner à ces mouvements une direction et une extension déterminées à l’avance. C’est grâce à cela, grâce à l’activité de l’homme que s’établit la représentation de la causalité, l’idée qu’un mouvement est la cause d’un autre. À elle seule, la succession régulière de certains phénomènes naturels peut certes engendrer l’idée de la causalité : ainsi la chaleur et la lumière qui apparaissent avec le soleil ; cependant cela ne constitue pas toujours une preuve, et, dans cette mesure, le scepticisme de Hume aurait raison de dire que la régularité du post hoc ne peut jamais fonder un propter hoc. Mais l’activité de l’homme est la pierre de touche de la causalité. Si, à l’aide d’un miroir concave, nous concentrons en un foyer les rayons du soleil et leur donnons la même action que celle des rayons d’un feu ordinaire, nous prouvons par là que la chaleur vient du soleil. Si nous introduisons dans un fusil amorce, charge explosive et projectile et qu’ensuite nous tirions, nous escomptons 31 un effet connu d’avance par expérience, parce que nous pouvons suivre dans tous ses détails le processus d’allumage, de combustion, d’explosion provoquée par la transformation brusque en gaz, la pression du gaz sur le projectile. Et ici le sceptique ne peut même pas dire que, de l’expérience passée, il ne résulte pas qu’il en sera de même la fois suivante. Car, en fait, il arrive que parfois il n’en soit pas de même, que l’amorce rate ou que la poudre fasse long feu, que le canon du fusil éclate, etc. Mais c’est précisément cela qui prouve la causalité, au lieu de la réfuter, car pour chacune de ces exceptions à la règle nous pouvons, en faisant les recherches appropriées, trouver la cause : décomposition chimique de l’amorce, humidité, etc., de la poudre, défectuosité du canon, etc., de sorte qu’ici la preuve de la causalité est pour ainsi dire administrée deux fois.

Jusqu’ici la science de la nature, et de même la philosophie, ont absolument négligé l’influence de l’activité de l’homme sur sa pensée. Elles ne connaissent d’un côté que la nature, de l’autre que la pensée. Or, c’est précisément la transformation de la nature par l’homme, et non la nature seule en tant que telle, qui est le fondement le plus essentiel et le plus direct de la pensée humaine, et l’intelligence de l’homme a grandi dans la mesure où il a appris à transformer la nature. C’est pourquoi, en soutenant que c’est exclusivement la nature qui agit sur l’homme, que ce sont exclusivement les conditions naturelles qui partout conditionnent son développement historique, la conception naturaliste de l’histoire — telle qu’elle se manifeste plus ou moins chez Draper et d’autres savants — est unilatérale et elle oublie que l’homme aussi réagit sur la nature, la transforme, se crée des conditions nouvelles d’existence. De la « nature » de l’Allemagne à l’époque où les Germains s’y établirent, il reste diablement peu de chose. La surface du sol, le climat, la végétation, la faune, les hommes eux-mêmes ont infiniment changé, et tout cela du fait de l’activité humaine, tandis que les transformations qui dans ce temps se sont produites dans la nature de l’Allemagne sans que l’homme y mette la main sont insignifiantes.

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L’action réciproque est le premier caractère qui se présente à nous, quand nous considérons la matière en mouvement dans son ensemble du point de vue de la science de la nature d’aujourd’hui. Nous observons une série de formes du mouvement : mouvement mécanique, chaleur, électricité, magnétisme, combinaison et décomposition chimiques, passage de l’un à l’autre des états d’agrégation, vie organique, formes qui toutes, si nous en exceptons pour l’instant encore la vie organique, se convertissent de l’une en l’autre, se conditionnent réciproquement, sont ici cause et là effet, cependant que, dans tous les changements de forme, la somme totale du mouvement reste la même (la formule de Spinoza la substance est causa sui, exprime de façon frappante l’action réciproque). Le mouvement mécanique se convertit en chaleur, en électricité, en magnétisme, en lumière, etc., et vice versa. Ainsi la science de la nature. confirme ce que dit Hegel (où ?) : l’action réciproque est la véritable causa finalis des choses. Nous ne pouvons remonter au-delà de la connaissance de cette action réciproque, car, derrière elle, il n’y a précisément rien à connaître. Une fois connues les formes du mouvement de la matière (connaissance certes encore pleine de lacunes, vu 32 le peu le temps depuis lequel la science de la nature existe), nous connaissons la matière elle-même et de ce fait la connaissance est achevée. (Chez Grove, toute la méprise au sujet de la causalité repose sur le fait qu’il ne vient pas à bout de la catégorie d’action réciproque ; il a la chose, mais il ne l’a pas poussée jusqu’à la forme de l’idée abstraite, d’où la confusion, pp. 10-14 33.) Ce n’est qu’à partir de cette action réciproque universelle que nous en venons au rapport réel de causalité. Pour comprendre les phénomènes pris individuellement, il nous faut les arracher de l’enchaînement universel, les considérer isolément ; mais alors les mouvements qui se succèdent apparaissent l’un comme cause, l’autre comme effet 34.

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Pour quiconque nie la causalité, toute loi de la nature est une hypothèse et, entre autres, également l’analyse chimique des corps de l’univers à l’aide du spectre obtenu par un prisme. Quelle platitude de pensée que d’en rester là 35 !

Sur l’incapacité de Naegeli de connaître l’infini 36

Nageli 37, pp. 12-13.

Naegeli dit d’abord que nous ne pouvons pas connaître de différences qualitatives réelles, et il dit, tout de suite après, que de telles « différences absolues » ne se rencontrent pas dans la nature ! (P. 12.)

Premièrement, toute qualité a d’infinies gradations quantitatives, par exemple, nuances de couleur, dureté et mollesse, longévité, etc., et celles-ci, bien que qualitativement différentes, sont mesurables et connaissables.

Deuxièmement, il n’existe pas de qualités, mais seulement des choses avec des qualités, et, en vérité, un nombre infini de qualités. Dans deux choses différentes, il y a toujours certaines qualités communes (tout au moins les propriétés de la matérialité), et d’autres graduellement différentes, d’autres encore peuvent manquer entièrement à l’une des choses. Si, en prenant à part ces deux choses extrêmement différentes — un météorite et un homme, par exemple — nous les rapprochons, il n’en sortira pas grand-chose, tout au plus que toutes deux ont en commun la pesanteur et d’autres propriétés physiques générales. Mais entre les deux s’intercale une série infinie d’autres choses naturelles et d’autres processus naturels, qui nous permettent de compléter la série du météorite à l’homme et d’assigner à chacun sa place dans la connexion naturelle, par suite de les connaître. Cela, Naegeli lui-même l’admet.

Troisièmement, nos différents sens peuvent, dit-on, nous donner des impressions absolument différentes qualitativement. Les propriétés dont nous faisons l’expérience par la vue, l’odoraes l’ouïe, le goût et le toucher seraient, par suite, absolument différentes. Mais, même ici, les différences tombent à mesure que progresse la recherche. L’odorat et le goût sont reconnus depuis, longtemps comme des sens apparentés, connexes, qui perçoivent des propriétés connexes, sinon identiques. La vue et l’ouïe perçoivent toutes deux des vibrations ondulatoires. Le toucher et la vue se complètent réciproquement à tel point qu’à la vue d’une chose nous pouvons assez souvent prédire ses propriétés au toucher. Et, enfin, c’est toujours le même moi qui recueille en lui et élabore, donc synthétise en une unité, toutes ces diverses impressions des sens, et de même ces différentes impressions sont fournies par la même chose, dont elles apparaissent donc comme les qualités communes, qu’elles aident donc à connaître. Expliquer ces propriétés différentes, accessibles seulement à des sens différents, établir une connexion interne entre elles, voilà, justement, la tâche de la science ; et jusqu’ici, elle ne s’est pas plainte que nous n’ayons pas un sens général au lieu des cinq sens spéciaux, ou que nous ne voyions pas ou n’entendions pas les goûts et les odeurs.

Où que nous nous tournions, nulle part nous ne trouvons dans la nature ces « domaines qualitativement ou absolument différents » qui sont déclarés inintelligibles. Toute la confusion vient de la confusion sur la qualité et la quantité. Selon l’opinion mécaniste régnante, toutes les différences qualitatives ne passent pour expliquées aux yeux de Naegeli que dans la mesure où elles peuvent se réduire à des différences quantitatives (sur quoi le nécessaire a été dit ailleurs) ou bien parce que la qualité et la quantité sont pour lui des catégories absolument différentes. Métaphysique.

« Nous ne pouvons connaître que le fini, etc. 38 Cela n’est tout à fait juste que dans la mesure où seuls des objets finis tombent dans le domaine de notre connaissance. Mais cette thèse a besoin du complément : « Au fond, nous ne pouvons connaître que l’infini. » En effet, toute connaissance réelle, exhaustive ne consiste qu’en ceci : nous élevons en pensée le singulier de la singularité à la particularité et de celle-ci à l’universalité, nous découvrons et constatons l’infini dans le fini, l’éternel dans le périssable. Mais la forme de l’universalité est forme du fermé-en-soi, donc de l’infini, elle est la synthèse des nombreux finis dans l’infini. Nous savons que le chlore et l’hydrogène, dans certaines limites de température et de pression et sous l’action de la lumière, se combinent en explosant pour former du gaz chlorhydrique et dès que nous savons cela, nous savons aussi que cela se produit partout et toujours, là où les conditions citées sont réunies, et il peut être indifférent que cela se répète une fois ou des millions, et sur combien de corps célestes 39. La forme de l’universalité dans la nature est loi, et personne plus que les savants n’a à la bouche l’éternité des lois de a nature. Donc, lorsque Naegeli dit qu’on rend le fini insondable dès qu’on ne veut pas étudier simplement ce fini, mais qu’on y mêle de l’éternel, ou bien il nie le caractère connaissable des lois de la nature, ou bien il nie leur éternité. Toute connaissance vraie de la nature est connaissance de l’éternel, de l’infini, et par conséquent essentiellement absolue.

Mais à cette connaissance absolue il y a un écueil, et de taille. De même que l’infinité de la substance connaissable se compose uniquement d’éléments finis, de même l’infinité de la pensée qui atteint la connaissance absolue se compose aussi d’un nombre infini de cerveaux humains finis, qui travaillent à côté les uns des autres et les uns après les autres à cette connaissance infinie, commettent des bévues pratiques et théoriques, partent de prémisses infécondes, unilatérales, fausses, suivent des voies inexactes, tortueuses, incertaines, et souvent ne trouvent même pas ce qui est juste lorsqu’ils tombent le nez dessus (Priestley) 40. C’est pourquoi la connaissance de l’infini est bardée de doubles difficultés, et, de par sa nature, elle ne peut s’accomplir que dans une progression asymptotique infinie. Et cela nous suffit complètement pour pouvoir dire : l’infini est tout aussi connaissable qu’inconnaissable, et c’est tout ce qu’il nous faut.

Il est assez comique que Naegeli dise la même chose :

Nous ne pouvons connaître que le fini, mais nous pouvons aussi connaître tout fini *qui tombe dans le champ de notre perception sensible 41.

Le fini qui tombe dans le champ, etc., constitue précisément par sa somme l’infini, car c’est en elle précisément que Naegeli est allé chercher son idée de l’infini ! Sans ce fini, etc., il n’aurait absolument aucune idée de l’infini !

(On parlera ailleurs du mauvais infini en tant que tel.)


Avant cette étude de l’infini, ce qui suit :

1. Le « domaine minuscule » dans l’espace et le temps ;

2. Le « manque probable de perfectionnement des organes des sens ».

3. « Nous ne pouvons connaître que le fini, le transitoire, le changeant et le graduellement différent et relatif, de même que nous pouvons seulement transposer les notions mathématiques sur les choses de la nature et que nous ne pouvons juger de ces dernières que par les mesures que nous en prenons. Nous n’avons pas la moindre représentation de l’infini ou de l’éternel, du permanent et du stable, des différences absolues. Nous savons exactement ce que signifient une heure, un mètre, un kilogramme, mais nous ne savons pas ce que sont le temps, l’espace, l’énergie et la matière, le mouvement et le repos, la cause et l’effet.» 42

C’est toujours la vieille histoire. D’abord, on fait des abstractions des choses sensibles, et ensuite, on veut les connaître par voie sensible, on veut voir le temps et flairer l’espace. L’empiriste s’enfonce à tel point dans l’habitude de la connaissance empirique qu’il se croit encore dans le domaine de la connaissance sensible lorsqu’il manie des abstractions. Nous savons ce qu’est une heure, un mètre, mais nous ne savons pas ce que sont le temps et l’espace ! Comme si le temps était autre chose que tout simplement des heures et l’espace autre chose que tout simplement des mètres cubes 43 ! Les deux formes d’existence de la matière ne sont naturellement rien sans la matière, ce sont des notions vides, des abstractions qui n’existent que dans nos cerveaux. Mais alors nous ne devrions pas non plus savoir ce que sont matière et mouvement ! Naturellement, puisque personne n’a encore vu ni éprouvé autrement la matière comme telle et le mouvement comme tel, mais seulement les diverses substances et formes de mouvement existant réellement. La substance, la matière, n’est pas autre chose que l’ensemble des substances duquel ce concept est abstrait ; le mouvement comme tel n’est pas autre chose que l’ensemble de toutes les formes de mouvement perceptibles par les sens ; des mots comme matière et mouvement ne sont que des abréviations, dans lesquelles nous réunissons d’après leurs propriétés communes beaucoup de choses différentes perceptibles par les sens. La matière et le mouvement ne peuvent donc pas être connus autrement que par l’étude des substances singulières et des formes de mouvements singuliers, et quand nous connaissons ces dernières, nous connaissons aussi dans la même mesure la matière et le mouvement comme tels. Donc, lorsque Naegeli dit que nous ne savons pas ce que sont le temps, l’espace, la matière, le mouvement, la cause et l’effet, il dit simplement que nous nous faisons d’abord dans notre tête des abstractions du monde réel et que nous ne pouvons pas alors connaître ces abstractions que nous avons faites nous-mêmes, parce qu’elles sont des objets de pensée et non des choses sensibles, tandis que toute connaissance est 44 mesure sensible ! Exactement comme la difficulté chez Hegel : nous pouvons bien manger des cerises et des prunes, mais pas du fruit, car personne n’a encore mangé du fruit en tant que tel.


Quand Naegeli prétend qu’il y aurait vraisemblablement dans la nature toute une foule de formes de mouvement que nous ne pouvons pas percevoir par nos sens, c’est là une pauvre excuse qui équivaut à la suppression, au moins pour notre connaissance, de la loi selon laquelle le mouvement ne peut être créé. Car elles peuvent tout de même se transformer en mouvement perceptible pour nous ! Par exemple, l’électricité de contact serait ainsi facilement expliquée !

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À l’adresse de Naegeli 45: inconcevabilité de l’infini. Dès que nous disons : matière et mouvement ne sont pas créés et sont indestructibles, nous disons que le monde existe comme progrès infini, c’est-à-dire sous la forme du mauvais infini, et nous avons de ce fait saisi dans ce processus tout ce qu’il y a à saisir. Tout au plus peut-on encore se demander si ce processus est une répétition éternelle — en grand circuit — du même au même, ou si les cycles ont des branches ascendantes et des branches descendantes.

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Le mauvais infini 46. Hegel plaçait déjà, à juste titre, le véritable infini dans l’espace et le temps remplis, dans le processus naturel et l’histoire. Maintenant, la nature entière se résout elle-même en histoire et l’histoire ne se distingue de l’histoire de la nature que comme le processus de développement d’organismes conscients. Cette multiplicité infinie de la nature et de l’histoire n’implique l’infini de l’espace et du temps le mauvais infini que comme moment dépassé, certes essentiel, mais non prédominant. La limite extrême de notre science de la nature est jusqu’ici notre univers et nous n’avons pas besoin des univers infiniment nombreux qui sont hors des limites du nôtre pour connaître la nature. Bien plus, parmi des millions de soleils, un seul soleil et son système constituent la base essentielle de nos recherches astronomiques. Pour la mécanique, la physique et la chimie terrestres, nous sommes plus ou moins limités à la petite terre ; pour la science organique, nous le sommes tout à fait. Et, pourtant, cela ne porte aucun préjudice essentiel à la multiplicité pratiquement infinie des phénomènes et à la connaissance de la nature, pas plus que la limitation semblable, et même plus grande encore, à un temps relativement court et à une portion relativement petite de la terre ne nuit à l’histoire.

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1. Selon Hegel, la progression à l’infini est le vide absolu, car elle n’apparaît que comme la répétition éternelle de la même chose : 1 + 1 + 1, etc.

2. Or, en réalité, elle n’est nullement une répétition, mais un développement, un progrès ou une régression et devient par là une forme nécessaire du mouvement. Sans compter qu’elle n’est nullement infinie : on peut prévoir dès maintenant la fin de la période de vie de la terre. Par contre, la terre n’est pas non plus l’univers entier. Le système hégélien excluait tout développement dans le temps de l’histoire de la nature, sans quoi celle-ci ne serait pas l’Être-en-dehors-de-soi de l’Esprit. Mais, dans l’histoire des hommes, la progression à l’infini est reconnue comme la seule forme vraie d’existence de l’ « Esprit », à ceci près que, par un effet de l’imagination, on admet une fin de ce développement… avec l’établissement de la philosophie de Hegel.

3. Il y a aussi une connaissance infinie 47 : questa infinità che le cose non hanno in progresso, la hanno in giro 48. Ainsi, la loi du changement de forme du mouvement est une loi infinie, se refermant sur elle-même. Mais pareilles infinités sont à leur tour entachées de finitude, elles ne se présentent que fragmentairement. De même  49

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Les lois éternelles de la nature se transforment aussi de plus en plus en lois historiques. Que l’eau soit liquide entre 0 et 100 º est une loi éternelle de la nature ; mais pour que celle-ci soit valable, il faut qu’il y ait 1o de l’eau ; 2o la température donnée ; 3o une pression normale 50. Sur la lune, il n’y a pas d’eau ; sur le soleil, il n’y en a que les éléments, et, pour ces corps célestes, la loi en question n’existe pas. Les lois de la météorologie sont éternelles aussi, mais seulement pour la terre, ou pour un corps de l’univers ayant la dimension, la densité, la déclinaison et la température de la terre, à supposer qu’il soit enveloppé d’une atmosphère présentant le même mélange d’oxygène et d’azote, ainsi que des quantités égales de vapeur d’eau qui s’évaporent et sont précipitées. La lune n’a pas d’atmosphère ; le soleil en a une, qui est constituée de vapeurs métalliques incandescentes ; la première n’a pas de météorologie, le second en a une toute différente de la nôtre. Toute notre physique, notre chimie et notre biologie officielles sont exclusivement géocentriques, prévues seulement pour la terre. Nous n’avons toujours pas la moindre connaissance des rapports de tension électrique et magnétique sur le soleil, les étoiles fixes et les nébuleuses, ni même sur les planètes d’une autre densité 51. Sur le soleil, les lois des combinaisons chimiques des éléments sont rendues inopérantes par l’élévation de la température ; ou bien elles n’ont qu’une action éphémère aux confins de l’atmosphère solaire et ces combinaisons se dissocient à nouveau en s’approchant du soleil. Mais la chimie solaire est seulement naissante et nécessairement toute différente de celle de la terre ; elle ne la réfute pas, mais n’a rien à voir avec elle. Dans les nébuleuses, il est possible que n’existent même pas ceux des 65 éléments 52 qui sont peut-être eux-mêmes complexes. Si nous voulons donc parler de lois universelles de la nature qui s’appliquent uniformément à tous les corps de la nébuleuse à l’homme il ne nous reste que la pesanteur, et, à la rigueur, sous sa forme la plus générale, la théorie de la transformation de l’énergie, autrement dit la théorie mécanique de la chaleur. Mais cette théorie elle-même, si on l’applique d’une façon conséquente et universelle à tous les phénomènes de la nature, se change en un exposé historique des transformations qui se succèdent dans un système d’univers quelconque depuis sa naissance jusqu’à son déclin, c’est-à-dire en une histoire dans laquelle, à chaque stade, règnent d’autres lois, c’est-à-dire d’autres formes de manifestation du même mouvement universel, et ainsi il ne reste rien qui ait une valeur absolument universelle sinon… le mouvement 53.

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Le point de vue géocentrique en astronomie est borné, et il a été éliminé à juste titre. Mais, à mesure que les recherches progressent, il reprend de plus en plus ses droits. Le soleil, etc., servent à la terre (Hegel : Philosophie de la nature, p. 153) 54. (Tout le gros soleil n’est là qu’à cause des petites planètes.) Rien d’autre n’est possible pour nous qu’une physique, une chimie, une biologie, une météorologie, etc., géocentriques, et on ne leur enlève rien en disant que tout cela n’est valable que pour la terre, et par suite n’est que relatif. Si l’on prend cela au sérieux et que l’on exige une science qui n’ai pas de centre, on arrête le mouvement de toute science ; pour nous, [il suffit] de savoir, que dans des circonstances [il se passe] partout la même chose […] 55.

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Connaissance 56. Les fourmis ont d’autres yeux que nous, elles voient les rayons lumineux chimiques (?) 57 (Nature, 8 juin 1882, Lubbock) 58, mais, dans la connaissance de ces mêmes rayons invisibles pour nous, nous sommes parvenus considérablement plus loin que les fourmis. Le simple fait que nous puissions prouver que les fourmis voient des choses invisibles pour nous, et que cette preuve repose uniquement sur des observations faites avec nos yeux, montre que la structure particulière de l’œil humain n’est pas une limite absolue pour la connaissance humaine.

À notre œil s’ajoutent non seulement les autres sens, mais l’activité de notre pensée. De celle-ci, il en va à son tour exactement comme de l’œil. Pour savoir ce que notre pensée peut saisir, il ne sert à rien, cent ans après Kant, de s’efforcer de découvrir les limites de notre pensée dans la Critique de la raison pure, dans l’étude de l’instrument de la connaissance ; cela est tout à fait aussi inutile que lorsque, dans l’insuffisance de notre vue (qui est certes nécessaire, un œil voyant tous les rayons ne verrait précisément pour cela absolument rien) 59et dans la construction de notre œil, qui borne la vue à des limites définies et ne reproduit pas non plus très exactement ce qu’il perçoit, Helmholtz trouve la preuve que notre œil nous renseigne mal ou vaguement sur les propriétés de ce que nous voyons. Ce que notre pensée peut saisir, nous le voyons plutôt d’après ce qu’elle a déjà saisi et saisit encore chaque jour. Et c’est déjà suffisant, tant en quantité qu’en qualité. Par contre, l’étude des formes de la pensée, des catégories logiques, est très profitable et nécessaire, et, depuis Aristote, Hegel est seul à l’avoir entreprise systématiquement.

À vrai dire, nous n’arriverons jamais à savoir comment les rayons chimiques apparaissent aux fourmis. Celui que cela chagrine, tant pis pour lui.

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La forme de développement de la science de la nature, dans la mesure où celle-ci pense, est l’hypothèse. L’observation révèle un fait nouveau qui rend impossible le mode d’explication antérieur des faits appartenant au même groupe. Dès cet instant naît le besoin de nouveaux modes d’explication fondés d’abord sur un nombre seulement limité de faits et d’observations. Le matériel d’expérience qui vient s’y ajouter épure ces hypothèses, élimine les unes, corrige les autres jusqu’à ce que la loi soit enfin établie sous sa forme pure. Si l’on voulait attendre jusqu’à ce que les matériaux nécessaires à la loi soient purs, cela signifierait suspendre jusque-là les investigations de la pensée, et ce serait une raison suffisante pour que la loi ne soit jamais mise sur pied.

Le nombre et la variété des hypothèses qui s’éliminent l’une l’autre — étant donné le manque de formation logique et dialectique des savants — donnent alors facilement naissance à l’idée que nous ne pouvons connaître l’essence des choses (Haller et Goethe) 60. Cela n’est pas particulier à la science de la nature, étant donné que la connaissance humaine se développe en une courbe aux entrelacs multiples et que, même dans les disciplines historiques, y compris la philosophie, les théories s’éliminent l’une l’autre, ce dont personne ne conclut cependant que la logique formelle, par exemple, est un non-sens. — Forme dernière de cette conception : la « chose-en-soi ». Cette sentence selon laquelle nous ne pouvons connaître la chose en soi (Hegel :Encyclopédie, § 44) sort premièrement du domaine de la science pour passer dans celui de l’imagination. En second lieu, elle n’ajoute pas un mot à notre connaissance scientifique, car, si nous ne pouvons pas nous occuper des choses, elles n’existent pas pour nous. Et, troisièmement, elle est pure phraséologie et n’est jamais appliquée. Prise abstraitement, elle rend un son très raisonnable. Mais qu’on la mette en application. Que penser du zoologiste qui dirait : « Le chien semble avoir quatre pattes, mais nous ne savons pas si en réalité il en a quatre millions ou s’il n’en a aucune » ? Du mathématicien qui commencerait par définir un triangle comme une figure ayant trois côtés et déclarerait ensuite qu’il ne sait pas s’il n’en a pas 25 ? Que × 2 semblent faire 4 ? Mais les savants se gardent bien d’appliquer dans la science de la nature la phrase creuse de la « chose-en-soi » ; ce n’est que lorsqu’ils font une incursion dans le domaine de la philosophie qu’ils se le permettent. C’est la meilleure preuve du peu de sérieux qu’ils accordent à cette « chose-en-soi » et du peu de valeur qu’elle a. S’ils la prenaient au sérieux, à quoi bon 61étudier quoi que ce soit ?

Prise historiquement, la chose aurait un certain sens : nous ne pouvons connaître que dans les conditions de notre époque et dans les limites de celles-ci 62.

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Chose-en-soi 63. Hegel, Logique, II, p. 10, ainsi que plus loin toute une section sur ce sujet 64.

Cela est, voilà ce que le scepticisme n’a pas osé dire ; et l’idéalisme moderne (c’est-à-dire Kant et Fichte) ne s’est pas permis de considérer nos connaissances comme étant celle des choses-en-soi 65… Mais en même temps le scepticisme attribua à ces apparences les déterminations les plus variées ou plutôt leur donna pour contenu toute la richesse multiforme du monde. Et l’idéalisme, de son côté, conçoit un monde phénoménal *(c’est-à-dire ce que l’idéalisme appelle les phénomènes) comme comprenant tout l’ensemble de ces déterminations multiples et variées… Le contenu ne peut donc avoir pour base aucun Être, aucune chose, aucune chose-en-soi ; il reste pour soi ce qu’il est, il ne fait passer de l’être à l’apparence *

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Savoureuse autocritique de la chose-en-soi de Kant, [le fait] que Kant échoue aussi sur la question du moi pensant et qu’il y trouve également une chose-en-soi inconnaissable. Hegel, V. p. 256 sqq 66.

1Tiré des notes de la première liasse. 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

2Tiré des notes de la première liasse. (O.G.I.Z., Obs.)

3Tiré des notes de la première liasse. (O.G.I.Z., Obs.)

4Tiré des notes de la première liasse. 1875. (O.G.I.Z., Obs.)

5Dido : nom du chien mentionné par Engels dans sa lettre à Marx du 16 avril 1865. (O.G.I.Z., Obs.)

6Cette dernière phrase est écrite en marge en complément. (O.G.I.Z., Obs.)

7Tiré des notes de la première liasse. Écrit en 1882 (sur la même feuille que le fragment « connaissance », cf. pp. 242-243). (O.G.I.Z., Obs.)

8Hegel explique de la façon suivante la correspondance entre la division de la Logique en trois parties (théorie de l’être, théorie de l’essence et théorie du concept) et la classification des jugement en quatre catégories : « Les diverses sortes de jugement sont déterminées par les formes universelles de l’idée logique elle-même. Nous obtenons en conséquence trois genres principaux de jugements qui correspondent aux étapes de l’être, de l’essence et du concept. Le second de ces genres principaux, conformément au caractère de l’essence qui est une étape de la différenciation, se divise à son tour en deux. » (O.G.I.Z., Obs.)

9Engels se réfère aux pages de la première édition allemande des Œuvres complètes (Berlin 1841). Elles englobent tout le chapitre sur le jugement [Dans la traduction Jankélévitch, tome II, pp. 299-348]. (O.G.I.Z., Obs.)

10Nous ne pouvons toujours pas fabriquer de l’albumine, mais nous pouvons préparer certaines protéines à l’état pur et elles sont, sinon vivantes, du moins actives. Ainsi, la pepsine pitre dédouble au moins son propre poids d’une autre protéine à la seconde et, avant d’être épuisée, elle peut dédoubler environ un million de fois son poids de protéine. (N.R.)

11Engels se réfère au long fragment sur la classification des jugements qui occupe les pages 2 et 3 de la feuille, à la 4e page de laquelle (à la fin) il y a cette brève note. (O.G.I.Z., Obs.)

12La note s’interrompt ici, sans aucun signe de ponctuation, alors que tous les paragraphes de cette feuille sont terminés par des points. Eu égard au contenu du fragment qui précède sur la classification des jugements, on peut supposer que, dans la fin de cette note qu’il n’a pas rédigée, Engels se proposait d’opposer à l’apriorisme kantien la thèse du fondement empirique de toutes nos connaissances. (Cf. dans le texte p. 227.) (O.G.I.Z., Obs.)

13C’est-à-dire la troisième partie tout entière de la Logique. (N.R.)

14Tiré des notes de la première liasse. Écrit en 1882 (sur la même feuille que la note « Connaissance »). (O.G.I.Z., Obs.)

15Tiré des notes de la première liasse. 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

16Engels pense au livre de Haeckel : Histoire naturelle de la Création. (O.G.I.Z., Obs.)

17Selon Haeckel, Gœthe est parti de la thèse inductive : « tous les mammifères ont un os intermaxillaire ». Engels appelle cela une induction fausse parce qu’elle était contredite par la thèse reconnue juste : l’homme n’a pas d’os intermaxillaire. Cette induction ne devenait juste qu’après la découverte de l’os intermaxillaire chez l’homme. (O.G.I.Z., Obs.)

18Dans ces pages de la quatrième édition de son Histoire naturelle de la création (Berlin 1873), Haeckel raconte que Goethe a découvert l’existence de l’os intermaxillaire chez l’homme. Selon lui Goethe serait d’abord parvenu à la thèse inductive « tous les mammifères ont un os intermaxillaire » et il en aurait tiré la conclusion par déduction : « Donc l’homme aussi a cet os. » Après quoi cette conclusion aurait été confirmée par les expériences en question (la constatation de la présence chez l’homme de l’os intermaxillaire dans l’embryon et, dans divers cas d’atavisme, chez les adultes). (O.G.I.Z., Obs.)

19Tiré des notes de la première liasse. (O.G.I.Z., Obs.)

20Il est probable qu’Engels pense aux œuvres principales de Whewell : History of the inductive Sciences (Histoire des sciences inductives) (3 volumes, Londres, 1837) et The Philosophy of the inductive Sciences (La philosophie des sciences inductives) (2 volumes, Londres, 1840) (O.G.I.Z., Obs.)

21On lit dans le manuscrit : « die bloss mathematisch [en] umfassend ». Le mot « unsfassend » (qui embrassent) est probablement employé ici au sens de « qui se situent autour » des sciences purement mathématiques qui, selon Whewell, sont des sciences de la raison pure, étudient les « conditions de toute théorie » et en ce sens occupent pour ainsi dire, une position centrale dans la « géographie du monde intellectuel ». Dans le livre II de sa Philosophie des sciences inductives (tome I, pp. 79-156), Whewell donne un bref aperçu de la « philosophie des sciences » dont il cite comme représentantes principales : la géométrie, l’arithmétique théorique et l’algèbre. Dans son Histoire des sciences inductives, il oppose aux « sciences inductives » (mécanique, astronomie, physique, chimie, minéralogie, botanique, zoologie, physiologie, géologie) les sciences « déductives » (géométrie, arithmétique, algèbre). (O.G.I.Z., Obs.)

22Ce sont les formules employées par Hegel lors de l’analyse de l’essence du syllogisme d’induction (Logique. Trad. Jankélévitch tome II, p. 180). (N.R.)

23Hegel : Logique, p. 154 (tome II, p. 381, trad. Jankélévitch) : « L’induction est encore plutôt essentiellement un syllogisme subjectif. Le milieu est formé par les individus dans leur immédiateté ; leur réunion dans l’espèce par l’universalité est le produit d’une réflexion extérieure. En raison de l’immédiateté persistante des individus et de l’extériorité qui en découle, la généralité n’est que perfection ou état parfait et reste seulement un desideratum. Aussi y voit-on de nouveau apparaître la progression vers la mauvaise infinité ; l’individuel doit être pris comme identique au général, mais, étant donné que les individus sont posés en même temps comme immédiats, cette unité reste un éternel devoir-être ; elle est une unité dans l’égalité ; ce qui est identique doit en même temps ne pas l’être. Les a, b, c, d, e, et ainsi de suite à l’infini forment l’espèce et donnent l’expérience complète. Aussi la conclusion de l’induction reste-t-elle pour autant problématique. » (N.R.)

24Tiré des notes de la première liasse. (O.G.I.Z., Obs.)

25Dans l’original : « Den Allinduktionisten », c’est-à-dire pour les gens qui considèrent l’iduction comme la seule méthode juste. Tiré des notes de la première liasse. 1875. (O.G.I.Z., Obs.)

26Tiré des notes de la première liasse. 1875. (O.G.I.Z., Obs.)

27Post hoc = après cela, propter hoc = à cause de cela. Avec la formule post hoc, ergo propter hoc (après cela, donc à cause de cela) on marque l’arbitraire qu’il y a à conclure à une relation causale entre deux phénomènes en se basant seulement sur la succession de ces deux phénomènes. (O.G.I.Z., Obs.).

28Hegel, Enc., p. 84: « De même l’empirisme nous montre bien les perceptions de changements qui se suivent au d’objets contigus, mais non une liaison de nécessité. » (N.R.)

29Tiré des notes de la quatrième liasse. (O.G.I.Z., Obs.)

30Tiré des notes de la première liasse. 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

31Dans le manuscrit d’Engels il y a und rechnen (et nous escomptons). Mais, avec une telle rédaction, cette phrase n’a pas de proposition principale. C’est pourquoi au lieu de und rechnen il convient de lire so rechnen wir (nous escomptons). (O.G.I.Z., Obs.)

32En français dans le texte. (N.R.)

33Engels pense au livre de GROVE: The Correlation of physical Forces (La corrélation des forces physiques) paru pour la première fois en 1846. Les pages indiquées sont probablement celles de la troisième édition (Londres 1855). (O.G.I.Z., Obs.)

34Tiré des notes de la première liasse. 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

35Tiré des notes de la première liasse. 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

36Ce titre figure dans le sommaire établi par Engels de la deuxième liasse de matériaux de Dialectique de la stature, où cette note (sous la rubrique « c ») suit immédiatement deux « Notes à propos de l’Anti-Dühring » (cf. pp. 255 et 272). Cette note elle-même (écrite sur deux feuilles séparées de format particulier avec une pagination à part) n’a aucun rapport avec l’Anti-Dühring et ne renferme pas la moindre référence à ce livre. Elle est consacrée à un examen critique des positions fondamentales prises par le botaniste Naegeli dans son discours au congrès de Munich des naturalistes et médecins allemands le 20 septembre 1877. Ce discours était intitulé : « Sur les limites de la connaissance dans les sciences de la nature ». Engels le cite d’après le supplément au bulletin du congrès que lui avait selon toute vraisemblance fourni Schorlemmer qui y assistait. L’époque de la rédaction de la note n’est pas connue. En tout cas après septembre 1877. (O.G.I.Z., Obs.)

37Ces pages se réfèrent au discours de Naegeli : « Die Schranken der naturwissenschaftlichen Erkenntnis » in Tageblatt der 50. Versammlung deutscher Naturforscher und Aerzte in München 1877. Beilage, sept. 1877. (O.G.I.Z., Obs.)

38Naegeli, loc. cit. p. 13. Souligné par Engels. (N.R.)

39Le principe de relativité, énoncé par Einstein, n’exprime pas autre chose. Il postule essentiellement que les lois d’un processus naturel déterminé sont indépendantes du lieu et de l’époque, que malgré la relativité du lieu et même de l’époque ces lois ont un caractère absolu. En particulier, dans le problème de la détermination de l’époque commune à des lieux différents la dynamique relativiste envisage volontiers, comme l’une des meilleures solutions, de choisir pour unité de temps la durée d’évolution d’une réaction chimique ou nucléaire bien déterminée. Engels prend aussi comme exemple de permanence des lois naturelles une métamorphose chimique. (N.R.)

40Engels fait allusion à la découverte de l’oxygène par Joseph Priestley qui ne soupçonna même pas qu’il venait de découvrir un nouveau corps chimique, et que cette découverte était destinée à provoquer une révolution en chimie. Engels parle plus en détail de cette découverte dans sa préface au livre II du Capital. (O.G.I.Z., Obs.)

*Souligné par Engels. (N.R.)

41Naegeli loc. cit., p. 13.

42Naegeli loc. cit., p. 13. (N.R.)

43On sait tout le parti qu’Einstein tira précisément de cette idée que les concepts d’espace et de temps physique ne doivent pas être autre chose que le résultat d’une abstraction portant sur la pratique de la mesure des distances et des durées. (N.R.)

44D’après Naegeli. (N.R.)

45Tiré des notes de la quatrième liasse. La date de rédaction de cette note n’est pas connue. En tout cas elle a été rédigée après septembre 1877, date du discours de Naegeli sur « les limites de la connaissance ». (O.G.I.Z., Obs.)

46Tiré des notes de la première liasse. 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

47Dans le manuscrit il y a ici une remarque complémentaire d’Engels « (Quantité, p. 259. Astronomie) * ». (O.G.I.Z.)

*Ceci renvoie à la Grande Logique de Hegel (livre I, 2e section : quantité). « Il y eut des astronomes qui considéraient leur science comme sublime parce qu’elle a affaire à des quantités innombrables d’étoiles, à des espaces et à des durées échappant à toute mesure… Leur science… mérite en effet notre admiration, non à cause de cette infinité quantitative, mais, au contraire, à cause des rapports de mesure et des lois que la raison découvre dans ces phénomènes et qui constituent l’infini rationnel par opposition à l’autre, qui est l’infini irrationnel. » (Trad. Jankélévitch, tome I, p. 251-252.) (N.R.)

48« Cette infinité que les choses n’atteignent pas dans la progression, elles l’atteignent dans la rotation. » (Galiani : Della Monda, p. 156.) Cette citation a déjà été utilisée par Marx dans le livre I du Capital (Éditions sociales, tome 1, p. 157 n.). (N.R.)

49Les mots : De même ont été ajoutés en supplément par Engels. Il est possible qu’Engels pense ici au nombre π qui a une signification tout à fait déterminée mais ne peut être exprimé par aucune fraction décimale exacte ni par aucune fraction ordinaire. Si l’on prend pour unité la surface du cercle, on tire de la formule πr2 = 1 l’égalité π = (r étant le rayon du cercle). Cette note est tirée de la première liasse. (O.G.I.Z., Obs.)

50Nous pouvons ajouter aujourd’hui d’autres conditions encore. il faut, pour que l’ébullition se produise à 100 º, la présence de bulles gazeuses microscopiques dans l’eau, provenant par exemple de l’air dissous. Il faut que l’eau soit le mélange naturel d’eau légère et d’eau lourde. Il ne fait pas de doute que nos successeurs trouveront des conditions plus nombreuses encore. (N.R.)

51Aujourd’hui, grâce au spectroscope, beaucoup de connaissances ont été acquises sur l’électrisation des atomes qui composent l’atmosphère du soleil, sur le champ magnétique existant dans les taches solaires, etc. (N.R.)

52On connaît aujourd’hui 92 éléments naturels et non plus 65. En outre, les progrès de la technique nucléaire ont permis de fabriquer plusieurs éléments n’existant pas dans la nature. L’élément portant le numéro cent dans la classification de Mendeléiev a été préparé. C’est le centium. (N.R.)

53Tiré des notes de première liasse. Cette note a été probablement écrite dans la seconde moitié de 1876 (sur la même feuille que la première esquisse de l’introduction de l’Anti-Dühring qui fut publié sous sa forme définitive dans le no du Vorwaerts du 3 janvier 1877). (O.G.I.Z., Obs.)

54Hegel : Philosophie de la nature: « Le soleil sert à la planète, de même qu’aussi, somme toute, le soleil, la lune, les comètes, les étoiles sont seulement les conditions de la terre. » (N.R.)

55Sur la photocopie de la page où est écrite cette note, que possède l’Institut Marx-Engels-Lénine, la dernière ligne du texte et le début de l’avant dernière ligne ne sont pas reproduits en entier du fait que, lors de la photographie, le bas de la feuille était partiellement replié. Les mots es genügt reproduits entre [ ] sont reconstitués d’après le sens et à l’aide de la partie supérieure de quelques lettres qui sont reproduites sur la photocopie. Les mots [il se passe] sont ajoutés d’après le sens. Cette note est tirée de la quatrième liasse. (O.G.I.Z., Obs.)

56Tiré des notes de la première liasse. Écrit en 1882, ainsi qu’il ressort de la référence à la revue Nature du 8 juin 1882. (O.G.I.Z., Obs.)

57C’est-à-dire ce qu’on appelle aujourd’hui les radiations ultraviolettes. (N.R.)

58Engels fait allusion au compte-rendu par Georges Romanes du livre de John Lubbock : Anis, Bees and Wasps (Fourmis, abeilles et guêpes), Londres, 1882. Ce compte-rendu a été publié par la revue anglaise Nature du 8 juin 1882. Le passage qui a attiré l’attention d’Engels sur « la grande sensibilité des fourmis aux rayons ultraviolets » est à la page 112 du tome X16 de Nature. (O.G.I.Z., Obs.)

59Si notre œil, par impossible, captait indistinctement toute l’énergie électromagnétique qui se propage dans l’espace, depuis les ondes radioélectriques jusqu’aux rayons gamma, il nous donnerait de la nature une image confuse et décolorée, sans contrastes. Par exemple, le contraste entre lumière et obscurité disparaîtrait, puisqu’un radiateur à eau chaude suffirait à éclairer une chambre. La sensation est fondée sur les différences, les contrastes ; elle suppose que l’organe des sens opère un tri parmi les innombrables mouvements que les objets peuvent émettre dans l’espace. (N.R.)

60Engels pense à la poésie de Haller publiée en 1732 : Falschkeit menschlicher Tugenden (Fausseté des vertus humaines) dans laquelle Haller affirme qu’aucun esprit créé ne peut pénétrer dans le noyau interne de la nature. Dans des poésies comme Allerdings (Certes) (1820) et Ultimatum (Ultimatum) (1821), Goethe prit position contre ces déclarations de Haller en montrant que dans la nature tout est un et qu’il ne faut pas la diviser en un noyau interne inconnaissable et une coquille extérieure accessible à l’homme comme le fait Haller. Hegel, mentionne aussi ce désaccord entre Goethe et Haller (Encyclopédie, I, p. 276). (O.G.I.Z. Obs.)

61En français dans le texte. (N.R.)

62Tiré des notes de la première liasse, 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

63Tiré des notes de la première liasse, 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

64Engels pense au livre II de la Grande Logique. La section entière qu’il mentionne est la section « Le phénomène ». Le passage cité se trouve dans l’édition Jankélévitch, tome II, pp. 12-13. (N.R.)

65En marge du manuscrit d’Engels on peut lire:« Cf. Encyclopédie I, p. 252 ». (O.G.I.Z.)

*Souligné par Engels. (N.R.)

66Tiré des notes de la première liasse. Écrit probablement vers 1881 La référence à Hegel vise le livre III de la Grande Logique. (O.G.I.Z., Obs.)