Friedrich Engels, Dialectique de la nature, retour à la table des matières

[Chimie]

L’idée de la matière réelle chimiquement homogène, si antique qu’elle soit, correspond précisément à cette opinion puérile, encore largement répandue jusqu’à Lavoisier, que l’affinité chimique de deux corps repose sur le fait qu’ils contiennent chacun un troisième corps commun (Kopp : Développement, p. 105) 1.

*
*     *

Comment de vieilles méthodes commodes adaptées à la pratique usuelle antérieure sont transférées à d’autres branches de la science et deviennent des obstacles : en chimie, le calcul des pourcentages de la composition des corps qui, de toutes, était la méthode la plus propre à masquer — et a effectivement masqué assez longtemps — la loi de la constance de la composition et des rapports multiples dans les combinaisons 2.

*
*     *

Une époque nouvelle commence en chimie avec l’atomistique (le père de la chimie moderne est donc Dalton et non Lavoisier) et en physique, conformément à cela, avec la théorie moléculaire. (Sous une forme autre, mais qui ne représentait essentiellement que l’autre aspect de ce processus : avec la découverte de la transformation des formes du mouvement.) L’atomistique nouvelle se distingue de toutes les précédentes par le fait qu’elle ne prétend pas (à l’exception des ânes) que la matière est seulement discrète, mais que les parties discrètes sont des stades différents (atomes d’éther, atomes chimiques, masses, corps célestes), des points nodaux différents qui conditionnent des modes d’existence qualitatifs différents de la matière universelle jusques et y compris les modes où apparaissent l’absence de pesanteur et la répulsion 3.

*
*     *

Conversion de quantité en qualité : exemple le plus simple : oxygène et ozone, où le rapport 2 : 3 produit des propriétés toutes différentes, jusqu’à l’odeur. Les autres corps allotropiques ne sont également expliqués en chimie que par la quantité différente des atomes dans les molécules 4.

Signification des noms. En chimie organique la signification d’un corps, et par conséquent aussi son nom, ne sont plus déterminés par sa seule composition, mais plutôt par sa place dans la série dont il fait partie. Si donc nous trouvons que tel corps fait partie de telle série, son nom ancien devient un obstacle pour la compréhension et doit être remplacé par un nom désignant cette série. (Paraffines, etc. 5.)

1Tiré des notes de la première liasse, 1875. Le titre complet du livre de Kopp auquel se réfère Engels est : Die Entwickelung der Chemie in der neuen Zeit. I. Abteilung : Die Entwickelung der Chemie vor und durch Lavoisier (L’évolution de la chimie à l’époque moderne, 1re partie : l’évolution de la chimie avant Lavoisier et grâce à lui), Munich, 1871. (O.G.I.Z., Obs.)

2Par exemple le rapport entre l’oxyde de carbone et le gaz carbonique est obscur si nous disons que le premier contient 42,9 % de carbone et 57,1 % d’oxygène, le second, 27,3 % de carbone et 72,7 % d’oxygène. Il devient clair si nous disons que le premier contient 1 partie de carbone pour 413 d’oxygène et le second 1 partie de carbone pour 8/3 d’oxygène. (N.R.)

Tiré des notes de la quatrième liasse. (O.G.I.Z., Obs.)

3Tiré des notes de la quatrième liasse. (O.G.I.Z., Obs.)

4Tiré des notes de la quatrième liasse. (O.G.I.Z., Obs.)

5Tiré des notes de la première liasse (O.G.I.Z., Obs.)

En effet, par exemple, l’acide acétique (nom traditionnel) est, dans la nomenclature systématique actuelle, appelé éthanoïque pour exprimer son appartenance à la série de l’éthane. (N.R.)