Friedrich Engels, Dialectique de la nature, retour à la table des matières

[Biologie]

Réaction 1. La réaction mécanique, physique (alias chaleur, etc.) s’épuise avec chaque réaction effective. La réaction chimique modifie la composition du corps qui réagit et ne se renouvelle que si on ajoute une nouvelle quantité de ce corps. Seul l’organisme réagit de façon autonome — naturellement dans les limites de ses possibilités (sommeil) et à la condition préalable d’être approvisionné en nourriture. Mais cet apport de nourriture n’agit qu’une fois assimilé, et non pas directement comme aux stades inférieurs, de sorte que l’organisme a ici une force de réaction par lui-même, la réaction nouvelle doit intervenir par son intermédiaire.

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Vie et mort 2. Dès maintenant, aucune physiologie ne passe pour scientifique, qui ne conçoive la mort comme moment essentiel de la vie (note, Hegel : Encyclopédie, I, p. 152-153) 3, qui ne comprenne la négation de la vie comme essentiellement contenue dans la vie elle-même, de sorte que celle-ci est toujours pensée en relation avec son résultat nécessaire, qui est constamment en elle à l’état de germe, la mort. La conception dialectique de la vie n’est rien d’autre. Mais pour quiconque a bien compris cela, c’en est fini de tout le bavardage sur l’immortalité de l’âme. Ou bien la mort est décomposition de l’organisme, qui ne laisse rien derrière lui que les éléments chimiques composant sa substance, ou bien elle laisse un principe de vie, plus ou moins identique à l’âme, qui survit à tous les organismes vivants et non pas seulement à l’homme. Il suffit donc ici d’élucider simplement, à l’aide de la dialectique, la nature de la vie et de la mort pour éliminer une antique superstition. Vivre c’est mourir.

Génération spontanée 4. Toutes les recherches entreprises jusqu’à présent consistent en ceci : dans des liquides qui contiennent des corps organiques en décomposition et sont au contact de l’air, naissent des organismes inférieurs, protistes, champignons, infusoires. D’où viennent-ils ? Sont-ils nés par génération spontanée ou bien viennent-ils de germes que l’air a apportés ? La recherche est donc limitée à un domaine tout à fait restreint, à la question de la plasmogonie 5.

La supposition que de nouveaux organismes vivants puissent naître de la décomposition d’autres organismes date essentiellement de l’époque où l’on croyait à des espèces immuables. À ce moment-là, on se voyait dans la nécessité d’admettre que tous les organismes, même les plus compliqués, naissaient, par le moyen d’une génération originelle, de corps inertes, et, si l’on ne voulait pas se tirer d’affaire à l’aide d’un acte créateur, on en venait facilement à l’idée que ce processus s’expliquerait plus facilement en supposant des éléments formateurs provenant déjà du monde organique ; personne ne pensait déjà plus à produire un mammifère par voie chimique en partant directement de matière non organique.

Mais une telle supposition est un défi direct à l’état actuel de la science. Grâce à l’analyse du processus de décomposition de corps organiques morts, la chimie administre la preuve que ce processus donne nécessairement, au fur et à mesure qu’il progresse, des produits plus inertes, plus proches du monde non organique, de moins en moins propres à être utilisés dans le monde organique ; elle prouve qu’une autre direction ne peut être donnée à ce processus, qu’une semblable utilisation ne peut avoir lieu que lorsque ces. produits de décomposition sont recueillis à temps dans un organisme déjà existant, propre à cette fonction. C’est précisément le véhicule le plus essentiel de la formation des cellules, albumine, qui se décompose en premier, et jusqu’ici on n’en a pas encore réalisé la synthèse.

Il y a plus. Les organismes dont, dans ces recherches, il s’agit d’obtenir la génération originelle à partir de liquides organiques sont sans doute relativement inférieurs, mais cependant déjà essentiellement différenciés: ce sont des bactéries, des levures, etc., doués d’un processus vital composé de phases différentes et partiellement pourvus, comme les infusoires, d’organes assez développés. Tous sont pour le moins monocellulaires. Or, depuis que nous connaissons les monères sans structure, cela devient de la folie de vouloir expliquer la naissance, fût-ce d’une seule cellule, en partant directement de la matière inerte au lieu de l’albumine vivante non différenciée, de croire qu’avec un peu d’eau puante on pourra contraindre la nature à faire en vingt-quatre heures ce qui lui a coûté des millions d’années.

Les expériences de Pasteur sous ce rapport sont vaines ; à ceux qui croient a la possibilité de la génération spontanée, il n’en démontrera jamais l’impossibilité à l’aide de ces seules expériences ; mais elles sont importantes parce qu’elles donnent beaucoup d’éclaircissements sur ces organismes, leur vie, leurs germes, etc.

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Moritz Wagner « Controverses scientifiques », 1

(Augsburger Allgemeine Zeitung, supplément, 6, 7, 8 octobre 1874) 6

Déclaration de Liebig à Wagner, la dernière année de sa vie, en 1868 :

Nous pouvons seulement admettre que la vie est tout aussi ancienne, tout aussi éternelle que la matière elle-même, et toute la discussion sur l’origine de la vie me paraît réglée avec cette simple supposition. En fait, pourquoi la vie organique ne pourrait-elle pas être conçue comme tout aussi primitive que le carbone et ses composés ( !) 7 ou que toute la matière en général, aussi impossible à créer qu’à détruire, ou que les forces qui sont éternellement liées au mouvement de la matière dans l’espace de l’univers ?

Liebig, disait en outre (selon Wagner, en novembre 1868) :

« Quant à lui, il tenait pour “ acceptable ” l’hypothèse selon laquelle la vie organi­que aurait été “ importée ” de l’espace de l’univers sur notre planète. »

Helmholtz (Préface au Manuel du physique théorique de Thomson, édition allemande, 2e partie) 8 :

Si tous nos efforts pour provoquer la naissance des organismes à partir de matière inerte échouent, il me semble que nous procédons de manière tout à fait juste en nous demandant si, somme toute, la vie a jamais eu une origine, si elle n’est pas tout aussi vieille que la matière et si ses germes, transportés d’un corps céleste à un autre, ne se seraient pas développés partout où ils trouvaient un sol favorable ?

Wagner :

Le fait que la matière est indestructible et impérissable, qu’aucune force… ne peut la dissoudre dans le néant, suffit au chimiste pour la tenir également pour « impossible à créer »… Or, selon la conception qui prédomine actuellement (?), la vie n’est considérée que comme une « propriété » inhérente à certains éléments simples dont se composent les organismes les plus bas, propriété qui, naturellement, doit être aussi vieille, c’est-à-dire tout aussi primitive, que ces corps fondamentaux eux-mêmes et leurs combinaisons (! !).

Dans ce sens on pourrait parler aussi de force vitale, comme le fait Liebig (Lettres sur la chimie, 4e édition),

à savoir comme « d’un principe formateur agissant dans les forces physiques et grâce à elles » donc n’agissant pas en dehors de la matière. Cette force vitale, considérée comme une « propriété de la matière », ne se manifeste toutefois… que dans des conditions appropriées, qui de toute éternité, ont existé en d’innombrables points dans l’espace infini de l’univers, mais ont dû changer de place assez souvent au cours des diverses périodes du temps 9.

Donc sur la terre de jadis, à l’état liquide, ou sur le soleil actuel, pas de vie possible, mais les corps incandescents ont des atmosphères d’une énorme extension, se composant, selon le point de vue moderne, des mêmes substances qui, raréfiées à l’extrême, emplissent l’espace de l’univers et sont attirées par les corps célestes. La masse nébuleuse en rotation d’où est sorti le système solaire et qui s’étendait jusqu’au delà de l’orbite de Neptune, contenait

également toute l’eau (!) à l’état de vapeur, dans une atmosphère richement saturée d’acide (!) carbonique jusqu’à des hauteurs incommensurables et contenait de ce fait aussi lés substances de base pour l’existence (?) des germes organiques les plus bas ;

en elle régnaient

les températures les plus différentes dans les régions les plus diverses et, en conséquence, on est bien fondé d’admettre que les conditions nécessaires à la vie organique s’y sont toujours aussi rencontrées quelque part. En conséquence, les atmosphères des corps célestes, tout comme celles des nébuleuses cosmiques en rotation, devraient être considérées comme les chambres permanentes de conservation de la forme vivante, comme les pépinières éternelles de germes organiques.

Sous l’équateur, dans les Cordillères, les plus petits protistes vivants, avec leurs germes invisibles, emplissent encore massivement l’atmosphère jusqu’à 16 000 pieds d’altitude. Perty dit qu’ils seraient « presque omniprésents ». Ils ne manquent que là où la chaleur torride les tue. L’existence de ce genre d’organismes et de germes est donc convenable

même dans l’atmosphère de tous les corps célestes, partout où se rencontrent les conditions appropriées.
D’après Colin, les bactéries… sont d’une taille si minuscule que, dans un millimètre cube, il y a place pour 633 millions et que 636 milliards ne pèsent qu’un gramme. Les microcoques sont même plus petits encore,

et peut-être ne sont-ils pas les plus petits. Mais ils ont déjà des formes très diverses, « les vibrions… tantôt sphériques, tantôt ovoïdes, tantôt en forme de bâtonnets ou de spirale ». (La forme joue donc déjà un rôle important.)

Jusqu’ici il n’a pas été élevé d’objection valable contre l’hypothèse bien fondée, selon laquelle, à partir de ces êtres primitifs neutres les plus simples (! !) ou d’êtres semblables, oscillant entre l’animal et la plante, en vertu de la variabilité individuelle et de la faculté de transmettre aux descendants les caractères acquis, les conditions physiques des corps célestes se transformant et les variétés individuelles naissantes étant séparées dans l’espace, pouvaient et devaient se développer, au cours de très longs laps de temps, tous les multiples êtres vivants d’organisation supérieure des deux règnes de la nature.

Ceci montre remarquablement à quel point Liebig était un dilettante en biologie, science pourtant voisine de la chimie. Il ne lut Darwin qu’en 1861, et bien plus tard seulement les importants ouvrages de biologie, de paléontologie et de géologie postésrieurs à Darwin. Il n’avait « jamais lu » Lamarck.

De même les importantes recherches paléontologiques parues dès avant 1859, de L. von Buch, d’Orbigny, Münster, Klipstein, Hauer, Quenstedt sur les céphalopodes fossiles, qui jettent une lumière si curieuse sur la liaison génétique des diverses créations, lui étaient restées totalement inconnues. Tous les savants cités… avaient été poussés par la puissance des faits, presque contre leur volonté, vers l’hypothèse de la descendance de Lamarck,

et cela avant le livre de Darwin.

La théorie de la descendance avait par conséquent déjà pris racine dans le plus grand secret chez ces savants qui s’occupaient plus à fond d’une étude comparée des organismes fossiles. Dès 1832, dans Des Ammonites et de leur séparation en familles et, en 1848, dans un rapport lu devant l’Académie de Berlin : L’idée lamarckienne de la parenté typique des formes organiques comme marque de leur descendance commune, L. von Buch avait, avec une netteté complète, fait une introduction à la science de la pétrification (!),

et, s’appuyant sur son étude des ammonites, il avançait en 1848 cette déclaration :

La disparition de formes anciennes et l’apparition de formes nouvelles ne sont pas la conséquence d’une destruction complète des formes organiques, mais la formation d’espèces nouvelles à partir de formes plus anciennes ne s’est le plus vraisemblablement produite que par modification des conditions de vie  10.


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Gloses. L’hypothèse ci-dessus de la « vie éternelle » et de l’importation des germes de l’extérieur suppose au préalable

1. L’éternité de l’albumine ;

2. L’éternité des formes primitives dont peut sortir tout ce qui est organique. L’une et l’autre sont inadmissibles.

Sur le point 1. L’affirmation de Liebig selon laquelle les combinaisons du carbone seraient tout aussi éternelles que le carbone lui-même est douteuse, sinon fausse.

a) Le carbone est-il simple 11 ? Sinon, il n’est pas éternel en tant que tel.

b) Les combinaisons du carbone sont éternelles en ce sens qu’elles se reproduisent constamment dans des conditions identiques de mélange, de température, de pression, de tension électrique, etc. Mais il n’est venu jusqu’ici à l’idée de personne de prétendre que, par exemple, les combinaisons du carbone, fût-ce les plus simples, CO2 ou CH4, sont éternelles en ce sens qu’elles existeraient de tout temps et plus ou moins en tous lieux et non pas plutôt en ce sens qu’elles se reproduiraient et disparaîtraient à, nouveau constamment — et cela en naissant de leurs éléments et en y retournant. Si l’albumine vivante est éternelle au sens où les autres combinaisons du carbone sont éternelles, non seulement elle doit constamment se développer en ses éléments simples, comme il est notoire qu’elle le fait, mais elle doit aussi se reproduire constamment à partir des éléments simples, et sans le concours d’albumine déjà constituée — et c’est l’exact opposé du résultat auquel parvient Liebig.

c) L’albumine est la combinaison du carbone la plus instable que nous connaissions. Elle se décompose, dès qu’elle perd la faculté d’accomplir les fonctions qui lui sont propres et que nous appelons vie, et il est dans sa nature que cette incapacité se présente tôt ou tard. Et c’est précisément cette combinaison qui, nous dit-on, serait éternelle, qui pourrait, dans l’espace de l’univers, survivre à toutes les variations de température, de pression, à l’absence de nourriture et d’air, etc., alors que sa limite supérieure de température est déjà si basse — au-dessous de 100 º ? Les conditions d’existence de l’albumine sont infiniment plus complexes que celles de toute autre combinaison connue du carbone, car nous avons affaire non seulement à des fonctions physiques et chimiques nouvelles, mais aussi à des fonctions de nutrition et de respiration qui exigent un milieu étroitement limité au point de vue physique et chimique — et cette albumine devrait s’être conservée de toute éternité, à travers tous les changements possibles ? De deux hypothèses, toutes choses égales d’ailleurs », Liebig « préfère la plus simple ». Mais quelque chose peut sembler très simple et être pourtant très compliqué. — Supposer que d’innombrables séries continues de corps albuminoïdes vivants descendent de toute éternité les unes des autres et que, en toute circonstance, il en reste toujours assez pour que le stock reste bien assorti, c’est la chose la plus compliquée qui soit. — En outre, les atmosphères des corps célestes, et en particulier les atmosphères des nébuleuses, étaient à l’origine à température d’ignition et il n’y avait donc pas de place pour les corps albuminoïdes. — Ainsi, en fin de compte, l’espace universel doit être le grand réservoir de la vie — un réservoir où il n’y a ni air, ni nourriture, et où règne une température dans laquelle il est sûr qu’aucune albumine ne peut avoir de fonctions ni se conserver !

Sur le point 2. — Les vibrions, microcoques, etc., dont il est question ici, sont des êtres déjà assez différenciés — des grumeaux d’albumine, qui ont sécrété une membrane, mais sans noyau. Or la série susceptible d’évolution des corps albuminoïdes constitue en premier le noyau et devient cellule. La membrane cellulaire est ensuite un progrès ultérieur (Amœba sphaerococcus). Les organismes entrant ici en ligne de compte appartiennent donc à une série, qui, à en juger par l’analogie avec tout ce que nous connaissons jusqu’ici, se perd stérilement dans une impasse et ne peut compter au nombre des ancêtres des organismes supérieurs.

Ce qu’Helmholtz dit de la stérilité des tentatives faites pour produire la vie artificiellement est tout simplement puéril. La vie est le mode d’existence des corps albuminoïdes 12 dont l’élément essentiel consiste en l’échange permanent de substances avec la nature extérieure qui les environne, tandis qu’avec la cessation de cet échange de substances la vie s’arrête aussi et que l’albumine entre en décomposition 13. Si l’on réussit jamais à préparer chimiquement des corps albuminoïdes, ils manifesteront immanquablement des phénomènes vitaux, ils accompliront des échanges de substances, si faibles et si éphémères soient-ils. Mais à coup sûr ces corps peuvent tout au plus avoir la forme des monères les plus rudimentaires, vraisemblablement des formes plus basses encore. Ils ne peuvent en tout cas nullement avoir la forme d’organismes qui se sont déjà différenciés par une évolution millénaire, ont isolé la membrane du contenu interne et adopté une structure héréditaire déterminée. Cependant, tant que nous n’en savons pas plus maintenant sur la composition chimique de l’albumine, tant que par conséquent, pour un siècle vraisemblablement, nous ne pouvons penser à la préparer artificiellement, il est ridicule de déplorer que nos efforts, etc., aient échoué !

À l’affirmation ci-dessus, selon laquelle l’échange de substances est l’activité caractéristique des corps albuminoïdes, on peut objecter la croissance des « cellules artificielles » de Traube. Mais il n’y a ici qu’absorption, sans modification, d’un liquide par endosmose, tandis que l’échange des substances consiste dans l’absorption de corps dont la composition chimique est modifiée, qui sont assimilés par l’organisme et dont les résidus sont éliminés en même temps que les produits de décomposition de l’organisme lui-même qui résultent du processus vital 14. L’importance des « cellules » de Traube réside en ce qu’elles font apparaître la croissance et l’endosmose comme deux phénomènes qu’on peut obtenir aussi dans la nature non organique et sans aucun carbone.

Les grumeaux d’albumine apparus d’abord doivent avoir été capables de se nourrir d’oxygène, d’acide carbonique, d’ammoniaque et de quelques-uns des sels en solution dans l’eau qui les entourait. Il n’y avait pas encore d’aliments organiques 15, puisqu’ils ne pouvaient tout de même pas se dévorer entre eux. Ceci prouve combien les monères actuelles, même sans noyau, leur sont supérieures, puisqu’elles vivent de diatomées, etc., c’est-à-dire supposent l’existence de toute une série d’organismes différenciés.

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Dialectique de la nature, références 16.

Nature no 294 et suivants. Allman sur les infusoires 17. Monocellulaires, important.

Croll sur la période glaciaire et le temps géologique 18.

Nature no 326. Tyndall sur la génération 19. Pourriture spécifique et expériences de fermentation.

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Protistes 20. Sans cellule, commencent avec le simple grumeau d’albumine, qui émet et rentre des pseudopodes sous telle ou telle forme, avec la monère. Les monères actuelles sont certainement très. différentes des monères primitives, puisqu’elles vivent en majeure partie de matière organique, absorbent des diatomées et des infusoires (c’est-à-dire des corps qui sont supérieurs à elles et apparus seulement plus tard), et, comme [le montre] la planche 1 de Haeckel 21, elles ont une histoire évolutive et passent par la forme de zoospores ciliés [Geisselschwärmer] sans cellule. — On voit déjà ici la tendance à la forme qui est propre à tous les corps albuminoïdes. Cette tendance à la forme apparaît, en outre, chez les foraminifères sans cellule, qui sécrètent une coquille tout à fait artificielle (anticipent sur les colonies ? coraux, etc.) et anticipent par leur forme sur les mollusques supérieurs de même que les algues tubulaires [Schlauchalgen] (Siphonées) préforment le tronc, la tige, la racine et la forme de la feuille des plantes supérieures et ne sont pourtant que de l’albumine sans structure. En conséquence, il faut séparer la protamibe de l’amibe 22.

2. D’une part se constitue la différence entre épiderme (ectoderme) et couche médullaire (endoderme) chez les héliozoaires, Actinophrys sol. (Nicholson 23, p. 49). La couche épidermique donne des pseudopodes (chez le Protomyxa aurantiaca, ce stade existe déjà comme stade de transition, cf. Haeckel, planche 1). Dans cette voie de l’évolution, l’albumine ne semble pas être parvenue très loin.

3. D’autre part dans l’albumine se différencient le noyau et la nucléole, amibes nues. Dès lors la constitution de la forme avance rapidement. Les choses se passent de façon analogue avec le développement de la jeune cellule dans l’organisme, cf. Wundt à ce sujet au début) 24. Chez Amaeba sphaerococcus, comme [chez] Protomyza, la constitution de la membrane cellulaire n’est qu’une phase de transition, mais ici déjà, début de la circulation de la vacuole contractile 25. Bientôt nous trouvons soit une coquille de sable agglutiné (Difflugia, Nicholson 26, p. 47), comme chez les vers et les larves d’insectes, soit une coquille effectivement sécrétée. Enfin.

4. La cellule à membrane cellulaire permanente. Selon la dureté de la membrane cellulaire, il en serait sorti, selon Haeckel 27, p. 382, soit la plante, soit en cas de membrane molle l’animal (? certainement à ne pas prendre d’une façon aussi générale). Avec la membrane cellulaire apparaît la forme déterminée et en même temps plastique. Ici encore, différence entre la membrane cellulaire simple et la coquille sécrétée. Mais (à la différence du point 3) avec cette membrane et cette coquille cesse l’émission de pseudopodes. Répétition de formes antérieures (Geisselschwärmer) et variété des formes. La transition est constituée par les labyrinthulés (Haeckel, p. 385), qui lancent leurs pseudopodes à l’extérieur et circulent en rampant dans ce réseau en modifiant dans une certaine mesure leur forme en fuseau 28. Les grégariens anticipent sur le mode de vie des parasites supérieurs : quelques-uns ne sont déjà plus des cellules isolées, mais des chaînes de cellules (Haeckel, p. 451) qui ne comptent cependant que deux ou trois cellules — ébauche avortée. Développement suprême des organismes monocellulaires chez les infusoires, dans la mesure où ils sont réellement monocellulaires. Ici une importante différenciation (cf. Nicholson). Derechef des colonies et des animaux-plantes (Epistylis). De même chez les plantes monocellulaires, développement élevé de la forme (Desmidiacées, Haeckel, p. 410 29.)

5. Le progrès suivant est la réunion de plusieurs cellules non plus en une colonie mais en un corps. D’abord les Catallactées de Haeckel, Magosphœra planula (Haeckel, p. 384), où la réunion des cellules n’est qu’une phase du développement. Mais ici encore il n’y a déjà plus de pseudopodes (Haeckel ne dit pas avec précision si ce n’est pas comme stade de transition). D’autre part, les radiolaires (qui sont aussi des amas de cellules non différenciées) ont par contre gardé les pseudopodes et développé au plus haut point la régularité géométrique de la coquille, qui joue déjà un rôle chez les rhizopodes authentiquement non cellulaires. L’albumine s’enveloppe pour ainsi dire de sa forme cristalline.

6. La Magosphœra planula constitue la transition vers la vraie planula et gastrula, etc. Voir la suite chez Haeckel (p. 452 sqq.) 30

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Bathybius 31. Les pierres dans son corps sont la preuve que la forme primitive de l’albumine, même sans aucune différenciation morphologique, porte déjà en elle le germe et la capacité de la constitution du squelette 32.

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Individu 33. Ce concept lui aussi s’est résolu en éléments tout à fait relatifs. Cormus 34, colonie, ver solitaire — d’autre part cellule et métamère 35 en tant qu’individus dans un certain sens (Anthropogénie 36 et Morphologie 37).

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Toute la nature organique est une preuve ininterrompue de l’identité ou de l’indissolubilité de la forme et du contenu. Les phénomènes morphologiques et physiologiques, la forme et la fonction se conditionnent réciproquement. La différenciation de la forme (cellule) détermine une différenciation de la matière en muscle, peau, os, épithélium, etc., et la différenciation de la matière détermine à son tour une différenciation de la forme 38.

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Répétition des formes morphologiques à tous les stades de l’évolution ; formes cellulaires (les deux essentielles déjà dans la gastrula 39) — formation de métamères à un certain niveau : annelés, arthropodes, vertébrés. Dans les têtards des amphibiens, la forme primitive de la larve des ascidies se répète.   Diverses formes de marsupiaux qui se répètent chez les placentaires (même en ne prenant que les marsupiaux encore vivants) 40.

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En ce qui concerne toute l’évolution des organismes, il faut admettre la loi de l’accélération proportionnelle au carré de la distance qui sépare dans le temps cette évolution de son point de départ. Cf. chez Haeckel : Histoire de la création et Anthropogénie, les formes organiques correspondent aux différentes ères géologiques. Plus on s’élève, plus les choses vont vite 41.

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Montrer que la théorie darwinienne est la démonstration pratique de l’exposé de Hegel sur la Raison interne entre nécessité et contingence 42.

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Lutte pour l’existence 43. Avant tout, il est nécessaire de la limiter strictement aux luttes provoquées par la surpopulation dans le monde végétal et animal, luttes qui se produisent effectivement à certains stades dans le règne végétal et aux stades inférieurs dans le règne animal. Mais il est nécessaire d’en séparer rigoureusement les conditions dans lesquelles les espèces se transforment — des espèces anciennes s’éteignent et de nouvelles espèces, plus développées, les remplacent — sans la présence de cette surpopulation : par exemple, lors de la migration d’animaux et de plantes dans des contrées nouvelles, où des conditions nouvelles de climat, de sol, etc., provoquent le changement. Si là les individus qui s’adaptent survivent et, grâce à une adaptation sans cesse croissante, se développent pour former une espèce nouvelle, tandis que les autres individus, plus stables, périssent et finalement s’éteignent en même temps que les formes intermédiaires imparfaites, cela peut se produire — et en fait cela se produit — sans aucun malthusianisme et, si jamais celui-ci devait jouer quelque rôle, il ne change rien au processus, il peut tout au plus l’accélérer. — De même lors du changement progressif des conditions géographiques, climatiques, etc., dans un territoire donné (assèchement de l’Asie centrale par exemple). Il est indifférent que la population animale ou végétale soit à l’étroit ou non ; le processus de développement des organismes par les changements géographiques, climatiques ou autres, se fait dans un cas comme dans l’autre. — Il en va de même dans la sélection naturelle, où le malthusianisme ne joue pas non plus le moindre rôle 44.

C’est aussi pourquoi « l’adaptation et l’hérédité » de Haeckel peuvent assurer tout le processus d’évolution sans qu’on ait besoin de la sélection ni du malthusianisme.

C’est précisément la faute de Darwin de mélanger dans sa « sélection naturelle ou survivance des plus aptes » deux choses absolument étrangères :

1. La sélection par pression de la surpopulation, où il est possible qu’en premier ce soient les plus forts qui survivent, mais qu’ils se révèlent aussi les faibles à bien des égards.

2. La sélection grâce à une faculté d’adaptation plus grande à des conditions transformées, où les survivants sont mieux adaptés à ces conditions mais ici, dans l’ensemble, cette adaptation peut signifier aussi bien un progrès qu’une régression (par exemple, l’adaptation à la vie parasitaire est toujours une régression).

L’essentiel ici est que chaque progrès dans l’évolution organique est en même temps un recul, du fait qu’en fixant une évolution unilatérale, il exclut la possibilité d’évolution dans beaucoup d’autres directions.

Mais c’est une loi fondamentale.

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Struggle for life 45. Jusqu’à Darwin, ses partisans actuels insistaient précisément sur la coopération harmonieuse dans la nature organique : le règne végétal donne aux animaux nourriture et oxygène, ceux-ci donnent aux plantes ammoniaque, engrais et gaz carbonique. À peine Darwin était-il reconnu que les mêmes gens ne virent plus partout que la lutte. Les deux conceptions sont justifiées à l’intérieur d’étroites limites, mais toutes deux sont également unilatérales et bornées. L’action réciproque des corps inanimés de la nature implique l’harmonie et la collision ; celle des êtres vivants implique la coopération consciente et inconsciente aussi bien que la lutte consciente et inconsciente. Dans le domaine de la nature déjà il n’est donc pas permis de proclamer uniquement la « lutte » unilatérale. Mais il est tout à fait puéril de vouloir subordonner toute la riche variété du développement et de la complexité historiques à cette formule indigente et exclusive : « La lutte pour la vie ». Avec cela on ne dit rien, ou moins encore.

Toute la théorie darwinienne de la lutte pour l’existence est tout simplement le transfert, de la société à la nature vivante, de la théorie de Hobbes sur la guerre de tous contre tous et de la théorie économique bourgeoise de la concurrence ainsi que de la théorie de la population de Malthus. Une fois réalisé ce tour de force (dont la légitimité absolue, en particulier en ce qui concerne la doctrine de Malthus, reste très problématique), il est très facile de transférer à nouveau ces théories de l’histoire de la nature à celle de la société ; et il est par trop naïf de prétendre avoir prouvé par là que ces affirmations sont des lois naturelles et éternelles de la société.

Acceptons pour un moment la formule : lutte pour la vie, pour le plaisir de la discussion. L’animal parvient tout au plus jusqu’à la cueillette, l’homme produit ; il crée des moyens d’existence, au sens large du mot, moyens que sans lui la nature n’aurait pas produits. Cela rend déjà impossible tout transfert pur et simple des lois vitales des sociétés animales aux sociétés humaines. Grâce à la production, la prétendue lutte pour la vie ne se limite bientôt plus aux purs moyens d’existence, mais s’étend aux moyens de jouissance et de développement. Dès lors — avec la production sociale des moyens de développement — les catégories tirées du règne animal deviennent tout à fait inapplicables. Enfin, sous le règne du mode de production capitaliste, la production atteint un niveau tel que la société ne peut plus consommer les moyens d’existence, de jouissance et de développement produits, parce que l’accès à ces moyens est interdit artificiellement et par la violence à la grande masse des producteurs ; en conséquence, tous les dix ans une crise rétablit l’équilibre en anéantissant non seulement les moyens d’existence, de jouissance et de développement produits, mais aussi une grande partie des forces de production elles-mêmes — et la prétendue lutte pour la vie prend alors une forme telle qu’apparaît la nécessité de protéger les produits et les forces productives créés par la société bourgeoise capitaliste contre l’effet destructeur et dévastateur de ce régime capitaliste lui-même, en retirant à la classe capitaliste dominante la direction de la production et de la répartition sociale dont elle est devenue incapable pour la remettre à la masse des producteurs — et c’est la révolution socialiste.

À elle seule, la conception de l’histoire comme une suite de luttes de classes est plus riche et plus profonde que sa simple réduction à des phases à peine différenciées de la lutte pour la vie.

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Vertebrata 46. Leur caractère essentiel : le groupement de tout le corps autour du système nerveux. Par là est donnée la nécessité du développement jusqu’à la conscience de soi, etc. Chez tous les autres animaux, le système nerveux est chose accessoire ; ici, il est la base de toute l’organisation ; le système nerveux qui s’est développé jusqu’à un certain degré — par l’allongement vers l’arrière du ganglion cervical des vers — prend possession du corps entier et l’organise selon ses besoins.

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Lorsque Hegel passe de la vie à la connaissance par le moyen de la fécondation (procréation), il a là contenue en germe la théorie de l’évolution, selon laquelle, une fois donnée la vie organique, elle doit se développer à travers le développement des générations jusqu’à un genre d’êtres pensants 47.

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Ce que Hegel appelle l’action réciproque, c’est le corps organique, qui constitue donc le passage à la conscience, c’est-à-dire de la nécessité à la liberté, au concept (voir Logique, II, fin) 48.

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Prémices dans la nature 49: États d’insectes (qui d’ordinaire ne dépassent pas le cadre des pures conditions naturelles) ; ici, même ébauche sociale. De même chez les animaux producteurs à organe-outil (abeilles, etc., castors) ; mais, toutefois, ce ne sont là que choses accessoires et sans action sur la situation d’ensemble. Déjà précédemment : les colonies de coraux et d’hydrozoaires, où l’individu est tout au plus un stade de transition et où, la communauté corporelle est la plupart du temps une étape du plein développement. Voir Nicholson 50 De même les infusoires, forme la plus haute, et partiellement très différenciée, à laquelle puisse parvenir une cellule unique.

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Travail 51. La théorie mécanique de la chaleur transfère cette catégorie de l’économie politique à la physique (car, physiologiquement, elle est encore loin d’être déterminée scientifiquement) ; mais en même temps cette catégorie est définie tout différemment, ce qui ressort déjà du fait que seule une portion subalterne très faible du travail économique (élévation de fardeaux, etc.) peut s’exprimer en kilogrammètres. Cependant, tendance à transférer à nouveau le concept thermodynamique de travail à des sciences auxquelles cette catégorie a été empruntée avec une autre détermination, par exemple à l’identifier grossièrement et sans restriction avec le travail physiologique comme dans l’expérience du Faulhorn 52 de Fick et Wislicenus 53, dans laquelle l’élévation d’un corps humain disons *de 60 kg à l’altitude disons *de 2 000 m, donc 120 000 kilogrammètres, doit, dans l’esprit de ces chercheurs, exprimer le travail physiologique accompli par l’homme. Mais la façon dont cette élévation s’accomplit fait une énorme différence dans le travail physiologique fourni : selon que le fardeau est soulevé directement, en gravissant des échelles verticales, ou en parcourant un chemin ou un escalier inclinés à 45º = (terrain militairement impraticable), ou un chemin avec une pente de 1/18, c’est-à-dire une distance d’environ 36 km (ce cas est toutefois douteux si le même temps est donné dans tous les cas). Mais, d’une manière ou d’une autre, dans tous les cas réels, l’élévation vers le haut est liée à un mouvement en avant, et même, si le chemin est en ligne droite, à un mouvement assez considérable ; or, ce mouvement en avant, en tant que travail physiologique, ne peut être posé comme égal à zéro. » D’aucuns semblent même ne pas demander mieux que de réimporter dans l’économie elle-même la catégorie thermodynamique de travail — comme le font certains darwinistes avec la lutte pour la vie — ce dont il ne sortirait qu’absurdité. Que l’on transforme donc n’importe quel skilled labour[travail qualifié] en kilogrammètres et qu’on essaie de déterminer le salaire sur cette base ! Du point de vue physiologique, le corps humain comprend des organes ; qui, dans leur ensemble, d’un certain côté, peuvent être considérés comme des machines thermodynamiques, où un apport de chaleur est transformé en mouvement 54. Mais, même si l’on suppose des conditions inchangées pour les autres organes du corps, la question est de savoir si du travail physiologique accompli, même le fait de soulever un fardeau, peut s’exprimer sans réserve d’une manière exhaustive en kilogrammètres, étant donné qu’il se fait simultanément dans le corps un travail interne qui n’apparaît pas dans le résultat 55. Le corps n’est pas simplement une machine à vapeur qui ne subit que frottement et usure. Le travail physiologique n’est possible qu’avec des conversions chimiques constantes à l’intérieur du corps, qui se produisent indépendamment même du processus de respiration et de travail du cœur. À chaque contraction ou relaxation musculaire, des modifications chimiques ont lieu dans les nerfs et les muscles qu’on ne peut mettre en parallèle avec celles du charbon dans la machine à vapeur. On peut bien comparer entre eux deux travaux physiologiques qui sont fournis, les circonstances étant égales d’ailleurs, mais on ne peut mesurer le travail physique de l’homme d’après celui d’une machine à vapeur, etc. : on peut comparer leurs résultats extérieurs peut-être, mais non pas les processus eux-mêmes, sans faire de sérieuses réserves.

(Tout cela est à réviser à fond 56.)

1Tiré des notes de la première liasse, 1875. (O.G.I.Z., Obs.)

2Tiré des notes de la première liasse, 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

3Hegel : Encyclopédie : « La vie en tant que telle porte en elle le germe de la mort. » (N.R.)

4Tiré des notes de la première liasse, 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

5Haeckel appelait plasmogonie la génération hypothétique des organismes où ceux-ci naissent dans un liquide organique, pour la différencier de l’autogonie, c’est-à-dire de la naissance directe de protoplasme vivant à partir de substances non organiques. (O.G.I.Z., Obs.)

6Tiré des notes de la première liasse. 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

7C’est Engels qui a souligné ces deux mots et introduit ce point d’exclamation. De même dans la suite, tout ce qui est souligné ou ponctué de points d’interrogation ou d’exclamation entre parenthèses l’est par Engels. (O.G.I.Z., Obs.)

8W. Thomson und G. Tait : Handbuch der theoretischen Physik. Aurorisierte deutsche Uebersetzung von H. Helmholtz und G. Wertheim, 1. Band, 2. Teil, Braunschweig 1874. Le passage de la préface de Helmholtz cité par Wagner et repris par Engels se trouve à la p. xi. Engels cite d’après l’article de Wagner, ce qui apparaît à de légères divergences dans le texte. (O.G.I.Z., Obs.)

9Liebig : Chemische Briefe, 4. umgearbeitete und vermehrte Auflage, 1. Band. Leipzig und Heidelberg 1859, p. 373. (N.R.)

10Ici se terminent les extraits de l’article de Wagner. Ils sont tirés des pages 4333, 4334, 4351, 4370 de l’Augsburger Allgemeine Zeitung. (O.G.I.Z., Obs.)

11Ce jugement a été confirmé par le développement ultérieur de la science la physique nucléaire nous a appris que les atomes des éléments chimiques sont des agrégats complexes. Dans le soleil et les étoiles, 80 à 95 p. 100 de la masse sont formés par de l’hydrogène et de l’hélium, atomes les plus simples. Il est sûr que le carbone, plus complexe, doit se former à partir d’éléments plus simples que lui, bien que nous ignorions encore par quel processus et dans quelles conditions. On peut donc répéter pour le carbone ce qu’Engels dit de ses composés : il n’est éternel que par la capacité qu’il a de se reformer à partir d’éléments plus simples, où et quand les conditions nécessaires sont remplies. (N.R.)

12Engels a expliqué en ces termes dans l’Anti-Dühring (Éd. sociales, p. 114) ce qu’il entend désigner ainsi : « On prend ici le corps albuminoïde au sens de la chimie moderne, qui rassemble sous ce nom tous les corps composés de façon analogue à l’albumine ordinaire, et appelés aussi substance protéiques. La nom est maladroit, parce que, de toutes les substances qui lui sont apparentées, l’albumine ordinaire joue le rôle le moins vivant, le plus passif, étant, à côté du jaune d’œuf, uniquement substance nutritive pour le germe qui se développe. Cependant, tant qu’on n’en sait pas plus long sur la composition chimique des substances albuminoïdes, ce nom est encore le meilleur, parce que plus général que tous les autres. »

La terminologie actuelle désigne sous le nom de « substances albuminoïdes », « substances protéiques », « protéines » ou « protéides », des constituants de la matière vivante, caractérisés par les acides aminés qu’ils fournissent à la dégradation hydrolytique.

Ces deux définitions ne coïncident pas exactement. D’une part, la définition moderne inclut des substances qui ne sont pas comprises dans la conception d’Engels. D’autre part, Engels, en nombre de passages, assimile l’albumine au principe chimique fondamental du protoplasme. Au sujet de la composition, de la structure et des propriétés de ce principe chimique fondamental, nos connaissances sont à peine plus avancées que du temps d’Engels. Cependant la biochimie expérimentale a des raisons de plus en plus précises de considérer les protéides comme étant le constituant fondamental de ce principe. (N.R.)

13Même avec des corps non organiques, un semblable échange de substances peut avoir lieu, et, à la longue, il se produit partout, car partout se produisent des effets chimiques, si lents soient-ils. Mais la différence consiste en ce que, pour les corps non organiques, l’échange de substances les détruit, tandis que pour les corps organiques il est une condition nécessaire d’existence. (Note d’Engels.)

14N.B. De même qu’il nous faut parler de vertébrés sans vertèbres, de même ici le grumeau d’albumine inorganisé, amorphe, indifférencié, est aussi désigné comme organisme. Dialectiquement, cela est possible, car de même que, dans la corde dorsale il y a déjà en germe la colonne vertébrale, il y a dans le grumeau d’albumine apparu le premier comme incluse en germe, « en soi », toute la série infinie des organismes supérieurs. (Note d’Engels.)

15Il semble maintenant probable que l’océan primitif contenait des substances organiques simples dont la synthèse était réalisée par les rayons ultraviolets de la lumière solaire, qui, en l’absence d’oxygène et d’ozone, étaient moins absorbés dans les couches supérieures de l’atmosphère. Les substances, du fait de l’absence de bactéries, n’auraient pas été détériorées et auraient donc pu servir d’aliment aux premières choses vivantes (ou « semi-vivantes »). (N.R.)

16Tiré des notes de la première liasse. 1876. (O.G.I.Z., Obs.)

17Engels pense à la communication d’Allman : « Récents progrès dans notre connaissance des infusoires ciliaires », parue dans les nos 294, 295 et 296 de la revue anglaise Nature (17 et 24 juin, 1er juillet 1875). (O.G.I.Z., Obs.)

18Engels pense au compte rendu, paru dans les nos 294 et 295 (17 et 24 juin 1875) de la revue Nature, du livre de Croll : Climate and Time in their Geological Relations ; a Theory of Secular Changes of the Earth’s Climate. (O.G.I.Z., Obs.)

19Engels a en vue l’article de Tyndall : « Des germes » paru dans les nos 326 et 327 de la revue Nature (17 janvier, 3 février 1876). (O.G.I.Z., Obs.)

20Tiré des notes de la première liasse, 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

L’histoire de l’évolution des êtres les plus simples, esquissée ici par Engels essentiellement d’après Haeckel, ne correspond plus dans son détail aux connaissances actuelles. Cependant la méthode employée reste pleinement valable. En particulier, l’importance accordée aux formes primitives non cellulaires d’organismes vivants a été justifiée avec éclat par des découvertes comme celle des virus et par les travaux d’Olga Lépéchinskaïa, qui a montré le rôle joué, tant dans le développement individuel que dans l’évolution des êtres vivants, par la substance vivante acellulaire. (N.R.)

21Engels pense au livre de Haeckel : Histoire naturelle de la création, 4e édition. La planche 1 se trouve entre les pages 168 et 169 et son interprétation est à la page 664. (O.G.I.Z., Obs.)

22En marge, en face de ce paragraphe, cette addition d’Engels : « Individualisation sans importance: ils se divisent, mais aussi s’amalgament. » (O.G.I.Z.)

23Il est probable qu’Engels a en vue une des premières éditions de A Manual of Zoology du biologiste anglais Nicholson. Dans la cinquième édition de ce livre (Édimbourg et Londres 1878) que possède l’Institut Marx-Engels-Lénine, il est question de la différence entre ectoderme et endoderme chez l’Actinophrys sol, page 77. (O.G.I.Z., Obs.)

24Engels pense sans doute au livre de Wilkelm Wundt : Lehrbuch der Physiologie des Menschen (Manuel de physiologie humaine), 1re édit. 1865, 2e 1868 et 3e 1873. (O.G.I.Z., Obs.)

25Haeckel : Histoire naturelle de la création, 4e édit., p. 380. (O.G.I.Z., Obs.)

26Nicholson : A Manual of Zoology. (N.R.)

27Haeckel : Histoire naturelle de la création. (N.R.)

28En marge, en face de ce passage, cette addition d’Engels : « Embryon d’une différenciation supérieure. » (O.G.I.Z.)

29Haeckel appelle « animaux-plantes, zoophytes » les cœlentérés, en y comprenant les éponges, que l’on sépare maintenant, en particulier des cœlentérés. (O.G.I.Z., Obs.)

30Haeckel parle des formes planula et gastrula à la page 452 de la quatrième édition de son Histoire naturelle de la création. Dès la cinquième édition (Berlin, 1874), Haeckel a changé ce passage en supprimant aux pages 452 et sqq. cette mention de la planula et en laissant seulement la gastrula. On peut en conclure qu’Engels se servait de la quatrième édition (Berlin, 1873). Dans cette édition-là, Haeckel compte les cinq étapes suivantes d’évolution embryonnaire des germes chez les animaux pluricellulaires: monerula, ovulum, morila, planula et gastrula. Dans les éditions suivantes, ce schéma a subi des modifications essentielles. Mais l’idée fondamentale de Haeckel qu’Engels tenait pour positive, l’idée du parallélisme entre le développement individuel de l’organisme (ontogenèse) et le développement de la forme donnée, au cours du processus évolutif (phylogenèse), s’est solidement confirmée dans la science. (O.G.I.Z., Obs.)

31Le mot Bathybius signifie « vivant dans les profondeurs ». En 1868, Huxley décrivait un mucus gluant tiré du fond de l’océan, le prenant pour la matière protoplasmique vivante, primitive et sans structure. En l’honneur de Haeckel il donna ce qu’il prenait pour un protozoaire vivant le nom de Bathybius Haeckelii. Par la suite, il fut démontré que le Bathybius n’avait rien de commun avec le protoplasme. Haeckel parle du Bathybius et des petites pierres calcaires qu’il contenait à la page 165-166 de la quatrième édition de son Histoire naturelle de la création. (O.G.I.Z., Obs.)

32Tiré des notes de la première liasse. 1875. (O.G.I.Z., Obs.)

33Tiré des notes de la première liasse. 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

34Par ce terme, Haeckel (Generelle Morphologie der Organismen, tome I, Berlin 1866) désigne ces colonies ou combinaisons d’organismes qui se composent « d’individus morphologiques du 5e ordre » par exemple les chaînes de vers marins. (O.G.I.Z., Obs.)

35Les métamères désignent des parties (segments) de corps d’animaux (p. ex. de vers) se répétant l’un l’autre par leur structure. (O.G.I.Z., Obs.)

36Haeckel : Anthropogenie, oder Entwickelungsgeschichte des Menschen, Leipzig, 1874. (N.R.)

37Haeckel : Generelle Morphologie der Organismen, 2 vol. (Berlin 1866). Au tome 1, Haeckel traite dans trois longs chapitres (VII-XI) du concept d’individu organique, de l’individualité morphologique et physiologique des organismes, des colonies, métamères, etc. (O.G.I.Z., Obs.)

38Tiré des notes de la première liasse, 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

39La gastrula est un stade du développement de l’embryon que l’on observe chez la plupart des animaux pluricellulaires. (O.G.I.Z., Obs.)

40Tiré des notes de la première liasse, 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

41Tiré des notes de la première liasse, 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

42Tiré des notes de la quatrième liasse. sur contingence et nécessité, voir page 219. (O.G.I.Z., Obs.)

43Tiré des notes de la quatrième liasse. (O.G.I.Z., Obs.)

44La conception mitchourinienne de l’action modelante du milieu, de l’unité de l’organisme et du milieu, ainsi que les méthodes de culture découvertes par T. D. Lyssenko et basées sur l’absence de concurrence à l’intérieur de l’espèce, sont autant de développements et de confirmations de ces réflexions d’Engels. (N.R.)

45Tiré des notes de la première liasse, 1875. Le contenu de cette note coïncide presque mot pour mot avec la lettre d’Engels à Lavrov du 12 novembre 1875. (O.G.I.Z., Obs.)

46Tiré des notes de la première liasse, 1875. (O.G.I.Z., Obs.)

47Tiré des notes de la première liasse. Écrit probablement vers 1881. (O.G.I.Z., Obs.)

48Tiré des notes de la quatrième liasse. Engels cite à la fin le livre II de la Grande Logique (cf. édition Jankélévitch, tome II, pp. 235-238). Dans la Philosophie de la nature, Hegel mentionne lui-même l’organisme vivant comme exemple d’action réciproque dans les termes suivants : « Les divers organes et fonctions de l’organisme vivant sont à l’égard les uns des autres dans un rapport d’action réciproque. » (O.G.I.Z., Obs.)

49Tiré des notes de la première liasse. 1874. (O.G.I.Z., Obs.)

50Engels pense probablement à l’un des deux livres du biologiste Nicholson : A Manual of Zoology, Edinburgh and London 1870, ou Introduction to the study of Biology, 1872. (O.G.I.Z., Obs.)

51Tiré des notes de la première liasse. 1875. (O.G.I.Z., Obs.)

52Montagne de Suisse. (N.R.)

53Ces deux physiologistes faisaient des observations sur leur métabolisme (en recueillant leur urine, etc.) lors de l’ascension de cette montagne. (N.R.)

*En français dans le texte. (N.R.)

54Cette opinion régnait du temps d’Engels. On sait maintenant que l’énergie chimique ne se convertit pas en chaleur préalablement à sa transformation en énergie de mouvement musculaire.

55Ainsi un muscle isolé peut avoir un rendement de 50 %, c’est-à-dire convertir en travail près de la moitié de l’énergie chimique disponible, mais le rendement du corps dans son ensemble s’élève rarement à 25 % (N.R.)

56Même aujourd’hui, il y a très peu à revoir à cela du point de vue scientifique. (N.R.)