Dominique Meeùs
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[ Les formes du mouvement de la matière. Classification des sciences ]

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P. 247 et suivantes, dialnat23.html
Sur la conception mécaniste de la nature

259-260 N.-B. — La matière, comme telle, est pure création de la pensée et pure abstraction. Nous faisons abstraction des différences qualitatives des choses en les embrassant en tant qu’existant corporellement sous le concept de matière. La matière comme telle, à la différence des matières déterminées existantes, n’a donc pas d’existence sensible. Quand la science de la nature entreprend de dépister la matière une en tant que telle, de réduire les différences qualitatives à des différences purement quantitatives dans la combinaison de particules infimes identiques, elle fait la même chose que si, au lieu de cerises, de poires, de pommes, elle voulait voir le fruit en tant que tel, ou, au lieu de chats, de chiens, de moutons, etc., le mammifère en tant que tel, de même le gaz en tant que tel, le métal en tant que tel, la pierre en tant que telle, la combinaison chimique en tant que telle, le mouvement en tant que tel. La théorie de Darwin exige ce mammifère primitif, le Promammale (Haeckel), mais elle est forcée en même temps d’admettre que si, en germe, il contenait en soi tous les mammifères futurs et actuels, il était en réalité inférieur à tous les mammifères actuels et d’une malfaçon primitive, donc plus périssable qu’eux tous. Comme Hegel (Encyclopédie, I, 199) l’a déjà démontré, cette conception, dans laquelle la matière est considérée comme déterminable seulement par voie quantitative, mais identique qualitativement à l’origine, est donc « un point de vue étroit de mathématicien » ; elle n’est « que le point de vue du » matérialisme français du 18e siècle. C’est même une régression à Pythagore, qui concevait déjà le nombre, la détermination quantitative, comme l’essence des choses.

Il n’y a pas de doute (et c’est l’idée que reprend Lénine dans Matérialisme et empiriocriticisme) qu’il y a un concept philosophique de matière, abstraction qui couvre tout ce qui est, depuis les champs (qui à nos yeux d’aujourd’hui semblent le niveau fondamental, l’énergie, la masse, la vie, la société…). Mais il y a aussi une conception physique de la matière, atomistique, donc je ne vois pas en quoi elle serait méprisable.

Dominique Meeùs . Date: 1999-2017