Dominique Meeùs
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Lecture du Capital

Éditions du Capital

1867, 1re édition allemande du Livre 1

1872, 1re traduction russe du Livre 1

1873, 1re traduction française du Livre 1 (trad. par Joseph Roy, revue et augmentée par l’auteur — c’est la traduction standard)

1873, 2e édition allemande du Livre 1 (reprenant les nouveautés de l’édition française)

(14 mars 1883, décès de Marx)

1883, résumé en français par Gabriel Deville à la demande de Marx

nov. 1883, 3e édition allemande du Livre 1, par Engels sur base de notes préparées par Marx pour une 3e édition

1884, 1re traduction anglaise du Livre 1 (trad. de la 3e édition allemande par Samuel Moore et Edward Bibbins Aveling sous la supervision d’Engels, chez Swan Sonnenschein & Co, Londres — époux d’Eleanor, le dr Aveling est le beau-fils de Marx — c’est la traduction standard, mais voir aussi 1906 — c'est la traduction donnée par Wikisource, sans dire quelle édition, la reprenant d'ailleurs apparemment simplement de marxists.org)

mai 1885, 1re édition allemande du Livre 2, par Engels

1890, 4e édition allemande du Livre 1, par Engels

1891, 4e édition Sonnenschein du Livre 1 en anglais (les éditions Sonnenschein successives resteront basées sur la 3e édition allemande, mais voir aussi 1906)

juillet 1893, 2e édition allemande du Livre 2, par Engels

octobre 1894, 1re édition allemande du Livre 3, par Engels

(6 août 1895, décès d’Engels)

1900, traduction française du Livre 2 par Julian Borchardt et Hippolyte Vanderrydt chez V. Giard et Brière, Paris — en ligne

1901-1902, traduction française du Livre 3 par Julian Borchardt et Hippolyte Vanderrydt chez V. Giard et Brière, Paris — en ligne

1902, première traduction néerlandaise (incomplète) de la 4e édition allemande du Livre 1 par Frank van der Goes chez S. L. van Looy, Amsterdam

1906, traduction anglaise (américaine) du Livre 1 (trad. Moore-Aveling revue et complétée par Ernest Untermann selon la 4e édition allemande, chez Charles H. Kerr and Co., Chicago — on trouve cette édition en ligne)

1909, traduction anglaise (américaine) du Livre 2 (trad. par Ernest Untermann de la 2e édition allemande, chez Charles H. Kerr and Co. — on trouve cette édition en ligne)

1909, traduction anglaise (américaine) du Livre 3 (trad. par Ernest Untermann de la 1re édition allemande, chez Charles H. Kerr and Co. — on trouve cette édition en ligne)

1910, traduction néerlandaise de la 4e édition allemande du Livre 1 par Frank van der Goes chez Maatschappij voor Goede en Goedkope Lectuur, Amsterdam

1919, Das Kapital « Gemeinverständliche Ausgabe » par Julian Borchardt

« Édition populaire (résumé, extraits) », traduction française du résumé de 1919 de Julien (sic) Borchardt

1928, traduction anglaise de la 4e édition allemande du Livre 1 par Eden et Cedar Paul, chez George Allen & Unwin, Ltd., ignorant le travail d’Untermann en 1906, ce que Jack Fitzgerald critique.

1930, traduction française de l’ensemble du Capital par J. Molitor chez Alfred Costes, Paris — ne mentionne pas de quelles éditions allemandes

1934, « Populaire bewerking », traduction néerlandaise du résumé en allemand de Julian Borchardt en 1919 par A. S. de Levita chez De Arbeiderspers

1963, le Livre 1 est repris dans le volume Œuvres I - Économie I de La Pléiade dans une révision par Maximilien Rubel de la traduction Roy (avec des changement de terminologie significatifs)

1967, nouvelle traduction néerlandaise de la 4e édition allemande du Livre 1 par Isaac Lipschits chez de Boer, Hilversum — c'est cette traduction qui est donnée sur marxists.org

Livre premier — Le développement de la production capitaliste

Paris, Éditions sociales.

livre 1, t. 1, p. 17-21Préface de la première édition allemande

1867

http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-pref.htm

On étudie la cellule avec un microscope ; on analyse les formes économiques avec l’instrument de l’abstraction. En physique, on étudie les phénomènes sous leur forme la plus accusée, ou dans des conditions expérimentales ; Marx étudie le mode de production capitaliste et ses rapports de production à partir d’exemples tirés du cas particulier de l’Angleterre.

La forme de la valeur réalisée dans la forme monnaie est quelque chose de très simple. Cependant l’esprit humain a vainement cherché depuis plus de deux mille ans à en pénétrer le secret, tandis qu’il est parvenu à analyser, du moins approximativement, des formes bien plus complexes et cachant un sens plus profond. Pourquoi ? Parce que le corps organisé est plus facile à étudier que la cellule qui en est l’élément. D’un autre côté, l’analyse des formes économiques ne peut s’aider du microscope ou des réactifs fournis par la chimie ; l’abstraction est la seule force qui puisse lui servir d’instrument. Or, pour la société bourgeoise actuelle, la forme marchandise du produit du travail, ou la forme valeur de la marchandise, est la forme cellulaire économique. Pour l’homme peu cultivé l’analyse de cette forme paraît se perdre dans des minuties  ; ce sont en effet et nécessairement des minuties, mais comme il s’en trouve dans l’anatomie micrologique.

À part ce qui regarde la forme de la valeur, la lecture de ce livre ne présentera pas de difficultés. Je suppose naturellement des lecteurs qui veulent apprendre quelque chose de neuf et par conséquent aussi penser par eux-mêmes.

Le physicien pour se rendre compte des procédés de la nature, ou bien étudie les phénomènes lorsqu’ils se présentent sous la forme la plus accusée, et la moins obscurcie par des influences perturbatrices, ou bien il expérimente dans des conditions qui assurent autant que possible la régularité de leur marche. J’étudie dans cet ouvrage le mode de production capitaliste et les rapports de production et d’échange qui lui correspondent. L’Angleterre est le lieu classique de cette production. Voilà pourquoi j’emprunte à ce pays les faits et les exemples principaux qui servent d’illustration au développement de mes théories. (P.17-18.)

livre 1, t. 1, p. 22-30 Postface de la deuxième édition allemande

1873

Extraits (!) en http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-post.htm
Texte intégral en allemand en http://www.mlwerke.de/me/me23/me23_018.htm

Au début du capitalisme moderne, il y a encore une économie classique bourgeoise scientifique. Dès que la lutte de classe se développe, il y a refoulement (pour prendre un terme freudien) : la bourgeoisie devient incapable de science économique. (La note flottant à droite est de moi.)

bas
de la
page
23

Quant à nos économistes [en Allemagne], ils n’ont décidément pas de chance. Tant qu’ils pouvaient faire de l’économie politique sans arrière-pensée, le milieu social qu’elle présuppose leur manquait. En revanche, quand ce milieu fut donné, les circonstances qui en permettent l’étude impartiale même sans franchir l’horizon bourgeois, n’existaient déjà plus. En effet, tant qu’elle est bourgeoise, c’est-à-dire qu’elle voit dans l’ordre capitaliste non une phase transitoire du progrès historique, mais bien la forme absolue et définitive de la production sociale, l’économie politique ne peut rester une science qu’à condition que la lutte des classes demeure latente ou ne se manifeste que par des phénomènes isolés.

Prenons l’Angleterre. La période où cette lutte n’y est pas encore développée, y est aussi la période classique de l’économie politique. Son dernier grand représentant, Ricardo, est le premier économiste qui fasse délibérément de l’antagonisme des intérêts de classe, de l’opposition entre salaire et profit, profit et rente, le point de départ de ses recherches. Cet antagonisme, en effet inséparable de l’existence même des classes dont la société bourgeoise se compose, il le formule naïvement comme la loi naturelle, immuable de la société humaine. C’était atteindre la limite que la science bourgeoise ne franchira pas. La Critique se dressa devant elle, du vivant même de Ricardo, en la personne de Sismondi.

[…]

Si je comprends bien : la révolution bourgeoise commence au milieu du 17e en Angleterre et fin du 18e en France mais la bourgeoisie n’a vraiment le pouvoir politique qu’en 1830.

bas de la page 24

C’est en 1830 qu’éclate la crise décisive.

En France et en Angleterre la bourgeoisie s’empare du pouvoir politique. Dès lors, dans la théorie comme dans la pratique, la lutte des classes revêt des formes de plus en plus accusées, de plus en plus menaçantes. Elle sonne le glas de l’économie bourgeoise scientifique. Désormais il ne s’agit plus de savoir, si tel ou tel théorème est vrai, mais s’il est bien ou mal sonnant, agréable ou non à la police, utile ou nuisible au capital. La recherche désintéressée fait place au pugilat payé, l’investigation consciencieuse à la mauvaise conscience, aux misérables subterfuges de l’apologétique. […]

Vint la Révolution continentale de 1848-49. Elle réagit sur l’Angleterre; les hommes qui avaient encore des prétentions scientifiques et désiraient être plus que de simples sophistes et sycophantes des classes supérieures, cherchèrent alors à concilier l’économie politique du capital avec les réclamations du prolétariat qui entraient désormais en ligne de compte. De là un éclectisme édulcoré, dont John Stuart Mill est le meilleur interprète. C’était tout bonnement, comme l’a si bien montré le grand savant et critique russe N. Tschernishewsky, la déclaration de faillite de l’économie bourgeoise.

Ainsi, au moment où en Allemagne la production capitaliste atteignit sa maturité, des luttes de classe avaient déjà, en Angleterre et en France, bruyamment manifesté son caractère antagonique; de plus, le prolétariat allemand était déjà plus ou moins imprégné de socialisme. A peine une science bourgeoise de l’économie politique semblait-elle donc devenir possible chez nous, que déjà elle était redevenue impossible. […]

p. 27, ½

Pour définir la méthode dialectique, Marx fait appel à la citation d’un critique russe (dont il donne le journal mais pas le nom — mais Rosenthal vend la mèche p. 108 dans Les problèmes de la dialectique dans Le Capital de Marx). (Dans la citation de l’ « écrivain russe », les notes flottant à droite sont de moi.)

Je ne saurais mieux répondre à l’écrivain russe que par des extraits de sa propre critique, qui peuvent d’ailleurs intéresser le lecteur. […] l’auteur continue ainsi :

Une seule chose préoccupe Marx : trouver la loi des phénomènes qu’il étudie ; non seulement la loi qui les régit sous leur forme arrêtée et dans leur liaison observable pendant une période de temps donnée. Considérer les choses dans leur changement. Non, ce qui lui importe, par-dessus tout, c’est la loi de leur changement, de leur développement, c’est-à-dire la loi de leur passage d’une forme à l’autre, d’un ordre de liaison dans un autre. Une fois qu’il a découvert cette loi, il examine en détail les effets par lesquels elle se manifeste dans la vie sociale… Matérialisme historiqueAinsi donc, Marx ne s’inquiète que d’une chose : démontrer par une recherche rigoureusement scientifique, la nécessité d’ordres déterminés de rapports sociaux, et, autant que possible, vérifier les faits qui lui ont servi de point de départ et de point d’appui. Pour cela il suffit qu’il démontre, en même temps que la nécessité de l’organisation actuelle, la nécessité d’une autre organisation dans laquelle la première doit inévitablement passer, que l’humanité y croie ou non, qu’elle en ait ou non conscience. Citation fameuse : « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être… »Il envisage le mouvement social comme un enchaînement naturel de phénomènes historiques, enchaînement soumis à des lois qui, non seulement sont indépendantes de la volonté, de la conscience et des desseins de l’homme, mais qui, au contraire, déterminent sa volonté, sa conscience et ses desseins… Si l’élément conscient joue un rôle aussi secondaire dans l’histoire de la civilisation, il va de soi que la critique, dont l’objet est la civilisation même, ne peut avoir pour base aucune forme de la conscience ni aucun fait de la conscience. Ce n’est pas l’idée, mais seulement le phénomène extérieur qui peut lui servir de point de départ. La critique se borne à comparer, à confronter un fait, non avec l’idée, mais avec un autre fait ; seulement elle exige que les deux faits aient été observés aussi exactement que possible, et que dans la réalité ils constituent vis-à-vis l’un de l’autre deux phases de développement différentes ; par-dessus tout elle exige que la série des phénomènes, l’ordre dans lequel ils apparaissent comme phases d’évolution successives, soient étudiés avec non moins de rigueur. Contre la fixité métaphysiqueMais, dira-t-on, les lois générales de la vie économique sont unes, toujours les mêmes, qu’elles s’appliquent au présent ou au passé. C’est précisément ce que Marx conteste ; pour lui ces lois abstraites n’existent pas… [Au contraire, chaque période historique a pour lui ses propres lois…] Dès que la vie s’est retirée d’une période de développement donnée, dès qu’elle passe d’une phase dans une autre, elle commence aussi à être régie par d’autres lois. En un mot, la vie économique présente dans son développement historique les mêmes phénomènes que l’on rencontre en d’autres branches de la biologie… Les vieux économistes se trompaient sur la nature des lois économiques, lorsqu’ils les comparaient aux lois de la physique et de la chimie… Une analyse plus approfondie des phénomènes a montré que les organismes sociaux se distinguent autant les uns des autres que les organismes animaux et végétaux… Considérer les choses dans leur relationsBien plus, un seul et même phénomène obéit… à des lois absolument différentes, lorsque la structure totale de ces organismes diffère, lorsque leurs organes particuliers viennent à varier, lorsque les conditions dans lesquelles ils fonctionnent viennent à changer, etc. Marx nie, par exemple, que la loi de la population soit la même en tout temps et en tout lieu. Il affirme, au contraire, que chaque époque économique a sa loi de population propre… [que ce qui se passe dans la vie économique dépend du degré de productivité des forces économiques…] Avec différents développements de la force productive, les rapports sociaux changent de même que leurs lois régulatrices… En se plaçant à ce point de vue pour examiner l’ordre économique capitaliste, Marx ne fait que formuler d’une façon rigoureusement scientifique la tâche imposée à toute étude exacte de la vie économique… Négation de la négation à un niveau supérieurLa valeur scientifique particulière d’une telle étude, c’est de mettre en lumière les lois qui régissent la naissance, la vie, la croissance et la mort d’un organisme social donné, et son remplacement par un autre supérieur ; c’est cette valeur-là que possède l’ouvrage de Marx.

p. 28,
bas

En définissant ce qu’il appelle ma méthode d’investigation avec tant de justesse, et en ce qui concerne l’application que j’en ai faite, tant de bienveillance, qu’est-ce donc que l’auteur a défini, si ce n’est la méthode dialectique ? […]

p. 29,
1/5

Ma méthode dialectique, non seulement diffère par la base de la méthode hégélienne, mais elle en est même l’exact opposé. Rosenthal, p. 260, insiste sur le mot « transposé ». La pensée n’est pas simple reflet du monde, c’est une représentation du monde basée sur le reflet.Pour Hegel le mouvement de la pensée, qu’il personnifie sous le nom de l’idée, est le démiurge de la réalité, laquelle n’est que la forme phénoménale de l’idée. Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n’est que la réflexion du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l’homme.

J’ai critiqué le côté mystique de la dialectique hégélienne il y a près de trente ans, à une époque où elle était encore à la mode. […] Mais bien que, grâce à son quiproquo, Hegel défigure la dialectique par le mysticisme, ce n’en est pas moins lui qui en a le premier exposé le mouvement d’ensemble.

Traduction de Joseph Roy Original en allemand Ma traduction

Chez lui elle marche sur la tête ; il suffit de la remettre sur les pieds pour lui trouver la physionomie tout à fait raisonnable. 

Sie steht bei ihm auf dem Kopf. Man muß sie umstülpen, um den rationellen Kern in der mystischen Hülle zu entdecken.

Chez lui, elle se tient debout sur la tête. On doit la retourner pour découvrir le noyau rationnel sous l’écorce mystique.

Sous son aspect mystique, la dialectique devint une mode en Allemagne, parce qu’elle semblait glorifier les choses existantes. Sous son aspect rationnel, elle est un scandale et une abomination pour les classes dirigeantes, et leurs idéologues doctrinaires, parce que dans la conception positive des choses existantes, elle inclut du même coup l’intelligence de leur négation fatale, de leur destruction nécessaire ; parce que saisissant le mouvement même, dont toute forme faite n’est qu’une configuration transitoire, rien ne saurait lui imposer ; qu’elle est essentiellement critique et révolutionnaire.

On voit dans une traduction plus littérale que la phrase sur le retournement fait écho au « côté mystique » de la phrase qui précède et à l’ « aspect mystique » de la phrase qui suit. Cet écho est perdu avec « la physionomie tout à fait raisonnable » de la traduction Roy. Ce n’est qu’en corrigeant la traduction que j’ai pu découvrir qu’Engels reprend littéralement la formulation de Marx lorsqu’il parle de « dégager de cette enveloppe mystique » dans la préface de la deuxième édition de l’Anti-Dühring, p. 41. Ce n’est qu’alors aussi que j’ai vu que c’est à la même phrase de Marx que Staline se réfère au tout début de Matérialisme dialectique et matérialisme historique en parlant de « noyau rationnel ». (En fait Marx utilisait déjà le même vocabulaire dans une lettre de 1958, quinze ans avant.) C’est Une introduction à la philosophie marxiste de Lucien Sève (note 35, p. 66) qui m’a alerté sur la faiblesse de la traduction Roy. Dans cette note, Sève renvoie à son chapitre 6 où il développe « les malentendus auxquels cette traduction a donné lieu » et où il tente longuement, dans une analyse très fouillée, de résoudre ce problème non trivial sur lequel Marx a donné aussi peu d’indications que possible.

Première section. — La marchandise et la monnaie.

Chapitre premier. — La marchandise

livre 1, t. 1, p. 51 et suivantesI. Les deux facteurs de la marchandise : valeur d’usage et valeur d’échange ou valeur proprement dite. (Substance de la valeur. Grandeur de la valeur.)

En ligne http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-I-1.htm

J’analyse la mise en œuvre par Marx de l’abstraction dans la recherche de la définition de la valeur dans la leçon sur la dialectique de mon cours de philo.

livre 1, t. 1, p. 56II. Double caractère du travail présenté par la marchandise

livre 1, t. 1, p. 58

Les valeurs d’usage, toile, habit, etc., c’est-à-dire les corps des marchandises, sont des combinaisons de deux éléments, matière et travail. Si l’on en soustrait la somme totale des divers travaux utiles qu’ils recèlent, il reste toujours un résidu matériel, un quelque chose fourni par la nature et qui ne doit rien à l’homme.

L’homme ne peut point procéder autrement que la nature elle-même, c’est-à-dire il ne fait que changer la forme des matières. Bien plus, dans cette œuvre de simple transformation, il est encore constamment soutenu par des forces naturelles. Le travail n’est donc pas l’unique source des valeurs d’usage qu’il produit, de la richesse matérielle. Il en est le père, et la terre, la mère, comme dit William Petty.

livre 1, t. 1, p. 62III. Forme de la valeur

livre 1, t. 1, p. 83IV. Le caractère fétiche de la marchandise et son secret

livre 1, t. 1, p. 93, suite de la note 1 de la p. 92Je saisis cette occasion pour dire quelques mots d’une objection qui m’a été faite par un journal allemand-américain à propos de mon ouvrage : Critique de l’économie politique, paru en 1859. Suivant lui, mon opinion que le mode déterminé de production et les rapports sociaux qui en découlent, en un mot, que la structure économique de la société est la base réelle sur laquelle s’élève ensuite l’édifice juridique et polilique, de telle sorte que le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle (Zur Kritik…, Préface.) ― suivant lui, cette opinion est juste pour le monde moderne dominé par les intérêts matériels mais non pour le moyen âge où régnait le catholicisme, ni pour Athènes et Rome où régnait la politique. Tout d’abord, il est étrange qu’il plaise à certaines gens de supposer que quelqu’un ignore ces manières de parler vieillies et usées sur le moyen âge et l’antiquité. Ce qui est clair, c’est que ni le premier ne pouvait vivre du catholicisme, ni la seconde de la politique. Les conditions économiques d’alors expliquent au contraire pourquoi là le catholicisme et ici la politique jouaient le rôle principal. La moindre connaissance de l’histoire de la République romaine, par exemple, fait voir que le secret de cette histoire, c’est l’histoire de la propriété foncière.

livre 1, t. 1, p. 95Chapitre 2. — Des échanges

livre 1, t. 1, p. 104Chapitre 3. — La monnaie ou la circulation des marchandises

Deuxième section. — La transformation de l’argent en capital

livre 1, t. 1, p. 151Chapitre 4. — La formule générale du capital

livre 1, t. 1, p. 160Chapitre 5. — Les contradictions de la formule générale du capital

livre 1, t. 1, p. 170Chapitre 6. — L’achat et la vente de la force de travail

Troisième section. — La production de la plus-value absolue

livre 1, t. 1, p. 180Chapitre 7. — La production de valeurs d’usage et la production de la plus-value

livre 1, t. 1, p. 199Chapitre 8. — Le capital constant et le capital variable

livre 1, t. 1, p. 210Chapitre 9. — Le taux de la plus-value

livre 1, t. 1, p. 227Chapitre 10. — La journée de travail

livre 1, t. 1, p. 264Après moi le déluge ! Telle est la devise de tout capitaliste et de toute nation capitaliste.

livre 1, t. 1, p. 297Chapitre 11. — Le taux et la masse de plus-value

http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-11.htm

livre 1, t. 1, p. 301Marx fait remarquer que pour qu’une somme puisse devenir capital, il faut, outre la valeur d’un peu d’équipement (capital constant), qu’elle représente assez de capital variable pour faire travailler au moins un ouvrier, et même plusieurs pour pouvoir en tirer au moins assez pour survivre lui-même. En fait, il en faut plus encore (p. 302) parce que le but du capitaliste n’est pas de survivre mais d’accumuler toujours plus. Marx souligne ainsi qu’il y a un effet de seuil : une somme ne peut pas devenir capital en dessous d’un certain seuil. Cela étant établi sur un plan purement économique, Marx constate (p. 302, in fine) :

Ici, comme dans les sciences naturelles, se confirme la loi constatée par Hegel dans sa Logique, loi d’après laquelle de simples changements dans la quantité, parvenus à un certain degré, amènent des différences dans la qualité.

Je trouve que l’exemplification de la loi de Hegel n’est pas très convaincante. Il ne s’agit pas d’un processus, il n’est pas question de sommes qui augmentent quantitativement et qui, passé un certain seuil, accèdent brusquement à la qualité de capital. Il s’agit d’une condition de seuil : pas question de capital en dessous d’un niveau suffisant. Quoi qu’il en soit, ce que je veux souligner, c’est que c’est de Marx une réflexion a posteriori, elle n’est pas intervenue dans son raisonnement économique. Sa considération d’un point d’économie peut servir de confirmation supplémentaire à « la loi constatée par Hegel », mais celle-ci ne lui a servi à rien.

Engels répond à Dühring sur ce passage au chapitre 12 de l’Anti-Dühring pour faire remarquer que la loi de la négation de la négation n’intervient qu’a posteriori, qu’elle ne fonctionne pas comme preuve.

La traduction donne « la loi constatée [c’est moi qui souligne] par Hegel dans sa Logique » (que je n’ai pas encore lue). (Littéralement, « se confirme la validité de la loi découverte par Hegel », dans le texte allemand.) Marx semble supposer chez Hegel une démarche inductive. Engels le dit plus nettement dans la Dialectique de la nature, « La dialectique », p. 69. Comparer aussi avec la lettre du 22 juin 1867 où Marx signale à Hegel qu’il a mis ça (avec la note sur la chimie) dans le Capital.

Sur la comparaison avec les sciences naturelles, Marx ajoute en note :

La théorie moléculaire de la chimie moderne, développée pour la première fois scientifiquement par Laurent et Gerhardt, a pour base cette loi.

Je ne suis pas convaincu que Laurent et Gerhardt ou d’autres aient basé « la théorie moléculaire de la chimie moderne » sur « la loi constatée par Hegel ». Engels complète la note en 1883 :

— 3e éd. : Nous ajoutons afin d’expliquer cette note assez obscure pour le profane en chimie, que l’auteur parle ici des « séries homologues » d’hydrocarbures, ainsi dénommées, pour la première fois, par C. Gerhardt, en 1843, et dont chacune a une formule algébrique de composition qui lui est particulière. Ainsi la série des paraffines : CnH2n+2 ; celle des alcools normaux : CnH2n+2O ; celle des acides gras normaux: CnH2nO2 et beaucoup d’autres. Dans les exemples mentionnés, il se forme chaque fois par une addition simplement quantitative de CH2 à la formation moléculaire, un corps qualitativement différent. Quant à la contribution de Laurent et de Gerhardt dans la constatation de ce fait important, — contribution surestimée par Marx — voyez : Kopp : Entwicklung der Chemie, Munich, 1873, p. 709 et 716, et Schorlemmer : Rise and development of organic chemistry, Londres, 1879, p. 54 (F. E.).

Il me semble que la différence n’est que superficiellement quantitative (« addition simplement quantitative de CH2 »). Elle est beaucoup plus profonde et d’emblée structurelle. C’est donc encore un mauvais exemple de « la loi constatée par Hegel ». Prenons deux maisons dont l’une est plus grande que l’autre, et de caractère assez différent. Tiens ! c’est curieux, je n’ai fait qu’ajouter (« par une addition simplement quantitative ») des briques et tout à coup j’obtiens une maison qualitativement différente. Il faut se forcer pour y voir un exemple de la « loi » de transformation de la quantité en qualité.

Quatrième section. — La production de la plus-value relative

livre 1, t. 2, p. 7Chapitre 12. — La plus-value relative

livre 1, t. 2, p. 16Chapitre 13. — La coopération

http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-13.htm

[…] l’homme est par nature, sinon un animal politique, suivant l’opinion d’Aristote, mais dans tous les cas un animal social. (P.19,
http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-13.htm#ftnref6.)

Et en note :

La définition d’Aristote est à proprement parler celle-ci, que l’homme est par nature citoyen, c’est-à-dire habitant de ville. Elle caractérise l’antiquité classique tout aussi bien que la définition de Franklin : « l’homme est naturellement un fabricant d’outils », caractérise le Yankee. (P.19,
http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-13.htm#ftn7.)

Cinquième section — Nouvelles recherches sur la production de la plus value

Sixième section — Le salaire

Septième section — L’accumulation du capital

Huitième section — L’accumulation primitive

livre 1, t. 3, p. 192Chapitre 31. — La genèse du capitaliste industriel.

p. 202La dernière phrase du chapitre est surtout connue pour sa note 2.

1. Marie Augier, Du crédit public, Paris, 1842, p. 265.

2. « Le capital, dit un Quarterly Reviewer, fuit le tumulte et les disputes et est timide par nature. Cela est très vrai, mais ce n’est pas pourtant toute la vérité. Le capital abhorre l’absence de profit ou un profit minime, comme la nature a horreur du vide. Que le profit soit convenable, et le capital devient courageux : 10 % d’assurés, et on peut l’employer partout ; 20 %, il s’échauffe ; 50 %, il est d’une témérité folle ; à 100 %, il foule aux pieds toutes les lois humaines ; 300 %, et il n’est pas de crime qu’il n’ose commettre, même au risque de la potence. Quand le désordre et la discorde portent profit, il les encourage tous deux ; à preuve la contrebande et la traite des nègres. » (F. J. Dunning, Trades’ Unions and Strikes : their Philosophy and Intention, Londres, 1860, p. 35, 36.)

Si, d’après Augier, c’est « avec des taches naturelles de sang sur une de ses faces » que « l’argent est venu au monde1 », le capital y arrive suant le sang et la boue par tous les pores2.

La très belle phrase de la note 2 est souvent citée, mais presque toujours attribuée à Marx, à tort. On la trouve à l’article Capital dans Wikiquote en français. Les initiales F. J. sont une imperfection de l’édition française, il s’agit de Thomas Joseph Dunning. Dans une édition anglaise du Capital on trouve

« Capital is said by a Quarterly Reviewer to fly turbulence and strife, and to be timid, which is very true ; but this is very incompletely stating the question. Capital eschews no profit, or very small profit, just as Nature was formerly said to abhor a vacuum. With adequate profit, capital is very bold. A certain 10 per cent. will ensure its employment anywhere ; 20 per cent. certain will produce eagerness; 50 per cent., positive audacity ; 100 per cent. will make it ready to trample on all human laws ; 300 per cent., and there is not a crime at which it will scruple, nor a risk it will not run, even to the chance of its owner being hanged. If turbulence and strife will bring a profit, it will freely encourage both. Smuggling and the slave-trade have amply proved all that is here stated. »

mais je ne sais pas si c’est le texte original de Dunning ou une retraduction de l’allemand.

livre 1, t. 3, p. 203Chapitre 32. — La tendance historique de l’accumulation capitaliste.

Ainsi donc ce qui gît au fond de l’accumulation primitive du capital, au fond de sa genèse historique, c’est l’expropriation du producteur immédiat, c’est la dissolution du la propriété fondée sur le travail personnel de son possesseur.

[…]

p. 204, ½Dès que ce procès de transformation a décomposé suffisamment et de fond en comble la vieille société, que les producteurs sont changés en prolétaires, et leurs conditions de travail, en capital, qu’enfin le régime capitaliste se soutient par la seule force économique des choses, alors la socialisation ultérieure du travail, ainsi que la métamorphose progressive du sol et des autres moyens de production en instruments socialement exploités, communs, en un mot, l’élimination ultérieure des propriétés privées, va revêtir une nouvelle forme. Ce qui est maintenant à exproprier, ce n’est plus le travailleur indépendant, mais le capitaliste, le chef d’une armée ou d’une escouade de salariés.

Cette expropriation s’accomplit par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste, lesquelles aboutissent à la concentration des capitaux. Corrélativement à cette centralisation, à l’expropriation du grand nombre des capitalistes par le petit, se développent sur une échelle toujours croissante l’application de la science à la technique, l’exploitation de la terre avec méthode et ensemble, la transformation de l’outil en instruments puissants seulement par l’usage commun, partant l’économie des moyens de production, l’entrelacement de tous les peuples dans le réseau du marché universel, d’où le caractère international imprimé au régime capitaliste. À mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette période d’évolution sociale, s’accroissent la misère, l’oppression, l’esclavage, la dégradation, l’exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grossissante et de plus en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même de la production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L’heure de la propriété capitaliste a sonné. Les expropriateurs sont à leur tour expropriés

L’appropriation capitaliste, conforme au mode de production capitaliste, constitue la première négation de cette propriété privée qui n’est que le corollaire du travail indépendant et individuel. p. 205, ½Mais la production capitaliste engendre elle-même sa propre négation avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature. C’est la négation de la négation. Elle rétablit non la propriété privée du travailleur, mais sa propriété individuelle, fondée sur les acquêts de l’ère capitaliste, sur la coopération et la possession commune de tous les moyens de production, y compris le sol.

Pour transformer la propriété privée et morcelée, objet du travail individuel, en propriété capitaliste, il a naturellement fallu plus de temps, d’efforts et de peines que n’en exigera la métamorphose en propriété sociale de la propriété capitaliste, qui de fait repose déjà sur un mode de production collectif. Là, il s’agissait de l’expropriation de la masse par quelques usurpateurs; ici, il s’agit de l’expropriation de quelques, usurpateurs par la masse.

Engels répond à Dühring sur ce passage au début du chapitre 13 de l’Anti-Dühring pour faire remarquer que la loi de la négation de la négation n’intervient qu’a posteriori, elle ne fonctionne pas comme preuve.

Livre deuxième — Le procès de circulation du capital

Première section — Les métamorphoses du capital et leur cycle

Deuxième section — La rotation du capital

Troisième section — la reproduction et la circulation de l’ensemble du capital social

livre 2, t. 2, p. 7Chapitre 18. — Introduction

p. 14

Le capital-argent disparaît en production socialisée. La société répartit la force de travail et les moyens de production entre les différentes branches d’industrie. Les producteurs pourront, si l’ont veut, recevoir des bons en échange desquels ils prélèveront sur les dépôts sociaux de consommation une quantité correspondant à leur temps de travail. Ces bons ne sont pas de l’argent. Ils ne circulent pas.

Livre troisième — Le procès d’ensemble de la production capitaliste

Première section — La transformation de la plus-value en profit et du taux de plus-value en taux de profit

livre 3, t. 1, p. 47Chapitre premier — Coût de production et profit

p. 47

Dans le livre 1er, nous avons étudié les divers aspects que présente le procès de production capitaliste, en soi, en tant que procès de production immédiat, et, dans cette étude, nous avons fait abstraction de tous les effets secondaires résultant de facteurs étrangers à ce procès. […] Dans ce livre 3, […] Il s’agit au contraire de découvrir et de décrire les formes concrètes auxquelles donne naissance le mouvement du capital comme un tout. C’est sous ces formes concrètes que s’affrontent les capitaux dans leur mouvement réel […] Les formes du capital que nous allons exposer dans ce livre le rapprochent progressivement de la forme sous laquelle il se manifeste dans la société, à sa surface, pourrait-on dire, dans l’action réciproque des divers capitaux, dans la concurrence et dans la conscience ordinaire des agents de la production eux-mêmes.

Deuxième section — La transformation du profit en profit moyen

Troisième section — La loi de la baisse tendancielle du taux de profit

Quatrième section — Transformation du capital-marchandise et du capital-argent en capital commercial et en capital financier (capital marchand)

livre 3, t. 1, p. 332Chapitre 20. — Aperçu historique sur le capital marchand

Éditions sociales, livre 3, t. 1, p. 342, traduction de Mme C. Cohen-Solal et de Gilbert Badia marxists.org reprend de Chicoutimi la traduction de Julian Borchardt et Hippolyte Vanderrydt de 1901

La transition à partir du mode de production féodal s’effectue de deux façons. Le producteur devient commerçant et capitaliste, en opposition à l’économie agricole naturelle et à l’artisanat corporatif de l’industrie citadine du moyen âge. Voilà la voie réellement révolutionnaire. Ou encore le commerçant s’empare directement de la production. Bien que cette dernière voie joue, dans l’histoire, un rôle de transition, en fait elle n’arrive pas à révolutionner l’ancien mode de production qu’elle conserve comme sa base. Cela est démontré par le cas du clothier (marchand de drap) anglais du 17e siècle qui soumet les tisserands à son contrôle (encore que ceux-ci soient indépendants) en vendant leur laine et en leur achetant du drap. Encore jusqu’au milieu de ce siècle, le fabricant de soie dans l’industrie française, celui de l’industrie anglaise de bas et de dentelles, n’étaient pour la plupart fabricants que de nom ; en réalité, ils étaient de simples commerçants laissant les tisserands continuer leur travail dans leurs vieilles conditions de morcellement ; ils représentaient le pouvoir du commerçant pour lequel ils travaillaient effectivement. Ce système fait obstacle partout au mode de production capitaliste véritable, et il finit par disparaître avec le développement de ce dernier. Sans bouleverser le mode de production, il aggrave seulement la situation des producteurs directs, les transforme en simples salariés et prolétaires dans des conditions plus défavorables encore que celles des ouvriers directement soumis au capital, et il s’approprie leur surtravail sur la base de l’ancien mode de production.

La transition de la production féodale à la production capitaliste s’est faite de deux manières : ou bien c’est le producteur qui est devenu commerçant et capitaliste, rompant avec l’économie agricole naturelle et l’industrie des villes du moyen âge basée sur le travail manuel et la corporation, ce qui a été la voie révolutionnaire ; ou bien c’est le commerçant qui s’est emparé de la production. C’est le plus souvent de cette dernière manière que la transition s’est opérée, et c’est ainsi, par exemple, que le drapier anglais du 17e siècle a assujetti à son contrôle le tisserand, qui restait il est vrai indépendant, mais à qui il vendait la laine et dont il achetait le drap. Ce dernier procédé révolutionne beaucoup moins que le premier l’ancien mode de production et même il le conserve et s’appuie sur lui. C’est ainsi que jusque vers le milieu de notre siècle, les fabricants de soieries en France et les fabricants de bas et de dentelles en Angleterre n’ont été fabricants que de nom ; ils étaient en réalité des commerçants, qui faisaient travailler pour leur compte des tisserands d’après l’ancien système du travail éparpillé. Cette organisation s’est maintenue partout en face de la production capitaliste et elle ne disparaît que par le développement de celle-ci. Elle ne modifie en rien la production en elle-même, mais elle rend plus défavorable la position des producteurs immédiats, qu’elle transforme en salariés et prolétaires de la pire des conditions et qu’elle frustre de la plus-value qu’ils produisent.

original sur ml-werke.de (chercher 347) traduction plus littérale

Der Übergang aus der feudalen Produktionsweise macht sich doppelt. Der Produzent wird Kaufmann und Kapitalist, im Gegensatz zur agrikolen Naturalwirtschaft und zum zünftig gebundnen Handwerk der mittelalterlichen städtischen Industrie. Dies ist der wirklich revolutionierende Weg. Oder aber, der Kaufmann bemächtigt sich der Produktion unmittelbar. Sosehr der letztre Weg historisch als Übergang wirkt — wie z.B. der englische Clothier (Tuchhändler) des 17. Jahrhunderts, der die Weber, die aber selbständig sind, unter seine Kontrolle bringt, ihnen ihre Wolle verkauft und ihr Tuch abkauft —, sowenig bringt er es an und für sich zur Umwälzung der alten Produktionsweise, die er vielmehr konserviert und als seine Voraussetzung beibehält. So z.B. war großenteils noch bis in die Mitte dieses Jahrhunderts der Fabrikant in der französischen Seidenindustrie, der englischen Strumpfwaren- und Spitzenindustrie bloß nominell Fabrikant, in Wirklichkeit bloßer Kaufmann, der die Weber in ihrer alten zersplitterten Weise fortarbeiten läßt und nur die Herrschaft des Kaufmanns ausübt, für den sie in der Tat arbeiten. Diese Manier steht überall der wirklichen kapitalistischen Produktionsweise im Wege und geht unter mit deren Entwicklung. Ohne die Produktionsweise umzuwälzen, verschlechtert sie nur die Lage der unmittelbaren Produzenten, verwandelt sie in bloße Lohnarbeiter und Proletarier unter schlechtern Bedingungen als die direkt unter das Kapital subsumierten und eignet sich ihre Mehrarbeit auf Basis der alten Produktionsweise an.

La transition hors du mode de production féodal se fait doublement. Le producteur devient commerçant et capitaliste, en opposition à l’économie naturelle agricole et à l’artisanat lié aux corporations de l’industrie citadine du moyen âge. Ça c’est la voie effectivement révolutionnaire. Ou encore le commerçant s’empare de la production directement. Bien que cette dernière voie opère historiquement comme transition — comme par exemple le clothier anglais (marchand de drap) du 17e siècle, qui prend sous son contrôle le tisserand, lequel reste cependant indépendant, lui vend sa laine et lui achète son drap —, elle n’amène cependant en soi aucune révolution de l’ancien mode de production, qu’elle conserve bien plutôt et retient comme son présupposé. Il en était ainsi par exemple pour la plus grande part jusqu’au milieu de ce siècle du fabricant dans l’industrie française de la soie, du fabricant anglais seulement nominal de l’industrie des bas et de la dentelle, en réalité seulement marchand, qui laisse le tisserand continuer à travailler dans sa vielle manière éparpillée et exerce seulement la domination du marchand pour qui il travaille en fait. Cette manière se met partout dans le chemin du réel mode de production capitaliste et régresse avec le développement de ce dernier. Sans révolutionner le mode de production, elle aggrave seulement la situation des producteurs directs, les transforme en simples salariés et prolétaires dans des conditions plus mauvaises que celles de ceux qui sont soumis directement au capital et s’approprie leur surtravail sur base de l’ancien mode de production.

Dans l’importante discussion Dobb-Sweezy (Dobb 1977), Sweezy s’autorise de cette citation pour défendre l’importance du capital marchand. Les autres font valoir que pour Marx, le capital marchand est conservateur tandis que, c’est la première des « deux manières » qui est révolutionnaire. Leurs interprétations peuvent dépendre en partie de la qualité des diverses traductions anglaises qu’ils ont utilisées.

Cinquième section — Partage du profit en intérêt et profit d’entreprise

Sixième section — Conversion du surprofit en rente foncière

Septième section — Les revenus et leur sources


Des travaux d’édition sous le surnom de MEGA-2 sont le travail de l’IMES, Internationale Marx-Engels Stiftung, fondation créée à l’initiative de l’IISG, Internationaal instituut voor sociale geschiedenis, Amsterdam. Ils reprennent l’héritage de l’édition MEGA commencée depuis les années soixante en URSS et en RDA.

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