Dominique Meeùs
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Préface

Londres, janvier 1859, en ligne www.marxists.org/francais/marx/works/1859/01/km18590100b.htm sans indication d’origine. Je confronte le texte de marxists.org avec celui de 1977 des Éditions sociales dont je reprends la pagination.

Je supprime une introduction générale que j’avais ébauchée…

Marx parle du texte de 1857, qui n’est donc pas une introduction au présent livre Contribution à la critique de l’économie politique. Le texte de 1857 présente un intérêt propre et un certain nombre d’éditeurs, parce qu’il faut bien le caser quelque part, l’ont mis en annexe d’éditions de la Contribution. Il y a donc un risque de confusion entre l’introduction de 1857 (indépendante de la Contribution) et la présente préface de la Contribution.

Mots-clefs : ❦ matérialisme historique ❦ production des moyens d’existence ❦ rapports sociaux de production ❦ forces productives ❦ structure économique ❦ base économique ❦ superstructure ❦ conscience, Ce n’est pas… ❦ mode de production ❦ être social ❦ contradiction entre forces productives et rapports de production ❦ révolution ❦ préhistoire de la société humaine

p. 2 ¾Le résultat général auquel j’arrivai et qui une fois acquis servit de fil conducteur à mes études, peut brièvement se formuler ainsi : dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s’élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociales déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne p. 3le processus de vie social, politique et intellectuel dans son ensemble. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience. À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. La transformation dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l’énorme superstructure. Lorsqu’on considère de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel des conditions de production économiques, constaté avec la rigueur des sciences de la nature, et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu’au bout. Pas plus qu’on ne juge un individu sur l’idée qu’il se fait de lui-même, on ne saurait juger une telle époque de bouleversement sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales et les rapports de production. Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu’elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s’y substituent avant que les conditions d’existence matérielles de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société. C’est pourquoi l’humanité ne se propose jamais que des tâches qu’elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours, que la tâche elle-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour la résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir. À grands traits, les modes de production asiatique, antique, féodal et bourgeois moderne peuvent être qualifiés d’époques progressives de la formation sociale économique. Les rapports de production bourgeois sont la dernière forme antagoniste du processus de production sociale, antagoniste non pas dans le sens d’un antagonisme individuel, mais d’un antagonisme qui naît des conditions d’existence sociale des individus ; cependant les forces productives qui se développent au sein de la société bourgeoise créent en même temps les conditions matérielles pour résoudre cet antagonisme. Avec cette formation sociale s’achève donc la préhistoire de la société humaine.

Ce texte est à lire avec prudence. C’est une préface, le raccourci du « résultat général auquel j’arrivai et qui une fois acquis servit de fil conducteur à mes études ». Les forces productives, c’est la technique mais aussi les hommes qui la mettent en œuvre et qui d’abord l’ont développée. Lorsque les rapports de production deviennent des entraves à un plus grand développement, ce sont des hommes (les classes sociales) qui réagissent, pas les forces productives dans l’abstrait. C’est la contradiction entre le développement des forces productives et les rapports de production qui donne à ces hommes l’idée d’agir, pas quelque trait de génie tombé du ciel ou tiré de leur seule raison pure. En ce sens, c’est bien la contradiction entre le développement des forces productives et les rapports de production qui est déterminante, mais il n’y a pas une mystérieuse action directe des forces productives par elles-mêmes sur les rapports de production, par dessus la tête des hommes. La contradiction ne produit le changement qu’en ce qu’elle inspire à des hommes la volonté de le faire et crée des conditions où ils pourront trouver les moyens matériels, intellectuels et politiques de le faire. Ce sont les hommes qui font l’histoire 29. Il est vrai qu’ils ne le font pas arbitrairement, selon leur caprice ; ils le font pas en suivant quelque génial utopiste, mais parce que la situation bloquée pose question et inspire une réponse, et, sans blocage, il n’y a pas de raison de changer ce qui fonctionne. Il n’y a donc de changement qu’en raison de cette contradiction, et en ce sens cette contradiction est bien un moteur, mais ce sont quand même les hommes qui font l’histoire, la contradiction ne peut agir qu’à travers eux. Plus encore : il y a là une situation historique concrète singulière, qu’on est en droit de qualifier de contradiction. Il ne s’agit pas d’un être mystérieux que d’aucuns appellent « la contradiction ».

Notes
29
Consulter l’index sous histoire, les hommes font leur propre —.
Dominique Meeùs . Date: 1999-2017