Dominique Meeùs
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Introduction

Questions de départ

Qu’est-ce que l’économie d’après vous ? Sur quoi porte-t-elle ? Pourquoi l’étudier ? Quel est le projet économique de Marx ?

L’économie, c’est quoi ?

L’économie cherche à répondre à des questions comme : c’est quoi la richesse ? d’où vient-elle ? pourquoi y a-t-il des riches et des pauvres ? des pays riches et des pays pauvres ? comment la production répond-elle (ou non) aux besoins des gens ? d’où viennent les crises ? les travailleurs bénéficient-ils du fruit de leur travail ?

« L’économie ne traite pas de choses mais de rapports entre personnes et, en dernière instance, entre classes. » (Friedrich Engels, « Contribution à la critique de l’économie politique de Karl Marx », II, Das Volk, 20 août 1859. (Marx, Engels, Œuvres choisies, tome 1, Éditions du Progrès, Moscou, p. 390.)) « L’objet de l’économie politique, écrivait Lénine, ce n’est nullement la « production » mais bien les rapports sociaux existant entre les individus dans la production, la structure sociale de la production. » (Lénine, « Le développement du capitalisme en Russie », Œuvres, tome 3, p. 55. Cité dans le Manuel, p. 12.)

Ces rapports sociaux dépendent de l’époque, du mode de production. Nous allons étudier ici le capitalisme (et dire peut-être un mot du socialisme s’il reste du temps).

Pourquoi étudier l’économie ?

Fondement scientifique à la critique du capitalisme. La volonté de remplacer le capitalisme par le socialisme ne doit pas être basée seulement sur un sentiment d’injustice mais sur l’analyse des antagonismes de classe, de la lutte de classes en commençant par la connaissance scientifique du mécanisme d’exploitation et la compréhension des contradictions du capitalisme.

Voir en quoi le socialisme offre des possibilités sans commune mesure (mais ce n’est pas le sujet de ce cours).

Quel est le projet économique de Marx ?

Bien que « fondateur » du communisme, Marx n’a pas d’abord écrit sur l’économie du communisme ou de sa phase préparatoire, le socialisme. Il s’est consacré à la critique du capitalisme en mettant à jour son fonctionnement de manière scientifique.

Il (*) Isabelle Garo, Marx, une critique de la philosophie, Points Essais 408, Éditions du Seuil, Paris, 2000, p. 148, note a. sur les représentations, p. 152, pp. 155 & ss. faut se méfier des représentations(*) que les gens se font spontanément de l’économie, soit parce que les apparences sont trompeuses, soit parce que ça dérange, « on ne veut pas le savoir ». C’est pour cela que Marx a qualifié lui-même son travail de critique de l’économie politique (c’est le sous-titre du Capital). C’est pour cela qu’il faut l’étudier scientifiquement. Suivant Marx, nous n’allons pas décrire tous les détails de la vie économique sous le capitalisme mais élaborer une théorie qui pénètre au cœur du capitalisme, qui va à l’essentiel.

Le Manuel consacre plusieurs passages aux représentations que les gens ont eu de la société à laquelle ils appartiennaient : p. 30‑31, 44‑46, 68‑71, 324‑344.

Marx a repris des idées des classiques comme Adam Smith et David Ricardo mais il les a menées plus loin. Smith et Ricardo ont réalisé que la richesse venait du travail, que le travail fondait la valeur mais butaient sur le problème de l’origine de la richesse des capitalistes. Marx a résolu le problème en introduisant la force de travail, sa valeur et l’exploitation. Ce ne sont pas des questions tellement compliquées.

Le capitalisme n’a pas toujours existé et n’existera pas toujours

Question de départ

Quand et comment le capitalisme apparait-il dans l’histoire ?

Références

Manuel, chapitres II (esclavage), page 33 et III (féodalité), page 48.

Le capitalisme a été précédé d’autres modes de production comme la communauté primitive, l’esclavage et la féodalité. Lui-même évolue, de la concurrence simple des débuts, il est passé à l’impérialisme.

Succession de classes dominantes exploitant des classes dominées dans des modes de production successifs. La préoccupation première, c’est de se procurer, par la collecte ou la production, les moyens de survivre. Le moteur de l’histoire, c’est la lutte entre des classes qui ont des intérêts opposés. De nouvelles classes se développent et deviennent dominantes. De même, le prolétariat est appelé à renverser le pouvoir de la bourgeoisie.

Ainsi, l’histoire n’apparaît plus comme une succession d’événements autonomes et arbitraires mais on peut l’étudier scientifiquement, c’est le matérialisme historique.

Après des organisations primitives communautaires, sans classes sociales, les modes de production pré-capitalistes sont l’esclavage et la féodalité.

Division du travail

Avec le développement des techniques, apparaissent des métiers (Manuel, p. 34). Des gens se spécialisent dans le travail du bois, des métaux. (Cette spécialisation est partielle : les artisans ont souvent un peu de terre qui leur permet de subvenir à une partie de leurs besoins alimentaires.)

Cela entraîne un échange entre les agriculteurs et les artisans. Au début, les artisans ont travaillé sur commande contre nourriture mais ont ensuite proposé leur production sur le marché. Les agriculteurs doivent aussi vendre sur le marché pour pouvoir acheter. Ainsi, à côté de l’économie naturelle, pour la consommation directe, une partie de la production devient marchandise. La monnaie (Manuel, p. 34) apparaît pour faciliter les échanges. Les États prélèvent alors leurs impôts en monnaie ce qui oblige à vendre pour avoir de quoi payer les impôts.

Les non-agriculteurs se regroupent dans des villes. L’échange entre artisanat et agriculture est aussi échange entre ville et campagne. Avec le développement du marché, apparaissent des marchands qui achètent la production pour aller la proposer sur un marché, éventuellement éloigné.

Esclavage

Les propriétaires forcent les esclaves à travailler en dégageant un produit qui dépasse ce que les propriétaires dépensent pour les entretenir. Ce surproduit enrichit les propriétaires. Les deux classes principales sont les esclaves et les propriétaires d’esclaves. À côté de ceux-ci, il y a encore d’autres hommes libres, les paysans et artisans indépendants (qui sont tendanciellement ruinés et asservis par l’économie des propriétaires d’esclaves).

L’esclavage a permis un développement de la production à grande échelle et donc de la civilisation. Mais il était miné par ses contradictions : les esclaves ne sont pas intéressés à la production et sont d’un faible rendement à moins de les punir constamment. Les mauvais traitements et l’exploitation (leur donner le moins possible à manger) les détruisaient et provoquaient des révoltes. La disparition des paysans libres diminue la possibilité de mobilisation pour la guerre et donc de se procurer de nouveaux esclaves. Les propriétaires affranchissent alors leurs esclaves en leur donnant de la terre, dans un statut inférieur à celui des hommes libres. C’est l’apparition de la féodalité.

Féodalité

Les paysans sont partiellement libres (ils sont attachés à la terre et vendus avec). Ils produisent en partie pour eux-mêmes, en partie pour leur maître (surproduit : corvée, redevance en nature ou redevance en argent).

Capitalisme dans l’esclavage et la féodalité

L’argent investi dans le commerce ou dans l’usure permet de s’approprier une partie du surproduit. Cet argent est un moyen d’exploitation et, en ce sens, on parle de capital. Les capitalistes apparaissent donc dès le mode de production esclavagiste.

Sous la féodalité, villes se trouvent sur des terres contrôlées par des féodaux laïques ou ecclésiastiques. Ceux-ci prélèvent des taxes. Les artisans des villes s’organisent en corporations et les marchands en guildes pour défendre leurs droits et se protéger de la concurrence.

Les riches marchands ont accumulé un capital qui leur permettait de contrôler la production en amont et en aval : ils achetaient les matières premières, les donnaient à travailler (les vendaient) aux différents métiers dans les corporations, rachetaient enfin les produits, au prix fixé par eux, pour les revendre. Dans la première moitié du 2e millénaire, Gand était la ville la plus importante d’Europe après Paris. C’était le centre de la fabrication des tissus de laine. Les Anglais avaient des troupeaux de moutons. Ils étaient capables de tisser la laine et d’en faire des vêtements mais la qualité de la production de Gand était très supérieure. Les riches d’Angleterre, même les propriétaires de troupeaux de moutons ou fabricants de tissus, achetaient des tissus à Gand pour leurs vêtements. Les capitalistes commerciaux de Gand achetaient la laine en Angleterre, la revendaient aux corporations, puis rachetaient les produits finis pour les revendre en Angleterre et dans le monde entier. La ville de Gand avait à l’époque, sous la direction de la bourgeoisie, une indépendance politique relative en jouant l’une contre l’autre des alliances avec le roi de France et le roi d’Angleterre. Le comte de Flandre qui avait son château en bordure de la ville contrôlait la campagne mais devait négocier presque d’égal à égal avec le conseil communal. La ville a été plusieurs fois punie de son indépendance par d’importantes destructions qui l’ont affaiblie. Au 16e siècle, c’est Anvers avec son port qui est devenue la ville la plus importante de la région.

Les capitalistes commerciaux ont fini par reprendre en mains la production elle-même. Ils sont devenus des capitalistes industriels, des capitalistes au sens moderne du mot. Ils réunissent des moyens plus efficaces que ceux des artisans même organisés en corporations. Il font d’ailleurs éclater le cadre souvent conservateur, protectionniste des corporations avec la complicité des rois, centralisateurs contre les particularismes, qui ont besoin d’argent et qui comprennent l’intérêt du capitalisme. Ainsi, à côté des rapports de production féodaux et corporatifs, les capitalistes installent leurs nouveaux rapports sociaux (capital et prolétariat) et développent les forces productives.

Révolutions bourgeoises

La bienveillance et la clairvoyance des rois a ses limites, leurs décisions sont souvent arbitraires, incohérentes et imprévisibles et à côté du pouvoir d’État royal, central, il y a des tas de pouvoir locaux avec leurs règles et leurs taxes. L’échange de marchandises et la production capitaliste sont freinés par le régime féodal. Les capitalistes doivent demander des autorisations et payer des taxes. Les paysans se sont révoltés plusieurs fois dans divers pays mais sans réussir à établir leur pouvoir. Il arrive un moment où pour s’assurer un marché étendu et libre les capitalistes préfèrent installer leur propre pouvoir politique à l’échelle de la nation et y réussissent. Ils ont profité de l’affaiblissement de la féodalité par les révoltes paysannes et, en s’appuyant sur les paysans et les prolétaires, ils ont pris le pouvoir (Pays-Bas, 16e siècle ; Angleterre, 17e ; France, la « Révolution française », fin 18e ; Allemagne, 19e). Les rapports sociaux capitalistes s’étendent à toute la société (de ces pays, et au monde entier) et les forces productives connaissent encore un énorme développement. Dans toute cette histoire, la bourgeoisie est une classe révolutionnaire : elle bouscule un ordre ancien et conduit la société vers le progrès.

Mais très tôt, le capitalisme constitue aussi un frein à ce développement : anarchie, gaspillage, faillites, crise, guerres… Les forces productives continuent à se développer (on le voit tous les jours) mais c’est très en dessous des possibilités. Seul le socialisme permettrait un nouveau départ d’un développement massif des forces productives.

Thèse centrale

La nécessité du socialisme n’est pas seulement morale ; elle s’appuie sur une analyse scientifique des antagonismes de classe, de la lutte de classes et ceci commence par une analyse de la base objective, matérielle de la situation des principales classes, les ouvriers et les patrons, et de leurs rapports dans la production (ce qui est l’objet de l’économie marxiste).

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