Dominique Meeùs
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L’augmentation de l’exploitation

(Marx parle de « plus-value absolue » et de « plus-value relative ». Attention, cela peut prêter à confusion: il s’agit toujours de deux manières d’obtenir une seule et même plus-value : celle qu’on a défini plus haut comme la valeur correspondant au surtravail, le travail qui dépasse le travail nécessaire. On devrait plutôt dire « l’augmentation absolue de la plus-value » et « l’augmentation relative de la plus-value ».)

Augmentation absolue de la plus-value

Allongement de la journée de travail

Le travail nécessaire est fixé par les traditions de l’époque et par la productivité dans la production des moyens d’existence. Une première manière pour le capitaliste d’augmenter la plus-value, c’est, le travail nécessaire restant constant (en gros, même salaire), d’augmenter le temps de surtravail par l’allongement de la journée de travail. Si le temps de travail nécessaire est de 4 heures, sur une journée de 8 heures, il y a 4 heures de surtravail tandis que sur une journée de 10 heures, il y en a 6. C’est l’augmentation de la plus-value absolue.

journée de 8 h
(travail passé, 12 h) travail nécessaire, 4 h surtravail, 4 h
 
(travail passé, 14 h) travail nécessaire, 4 h surtravail, 6 h
journée de 10 h

(Pour une journée plus longue, on use plus les machines et il faut compter plus de matières premières : plus de travail passé.) Le taux de plus-value passe de 100 % à 150 %.

Au 19e siècle, les capitalistes ont poussé la durée du travail très loin : 12, 16 ou 18 heures par jour, même pour les femmes et les enfants. Mais il y a une limite parce que les capitalistes n’ont pas intérêt à détruire la force de travail dont ils ont besoin. Le parlement anglais a édicté des lois pour limiter la journée de travail. D’autre part, les ouvriers se sont organisés et ont lutté pour la réduction du temps de travail (combat pour les huit heures).

Intensification du travail

On peut faire travailler les gens plus ou moins fort (sans changer les techniques de production). C’est ce que l’on appelle l’intensité du travail. Augmenter l’intensité du travail revient à faire travailler plus dans le même temps, par des gestes plus rapides ou par la suppression de temps morts. On peut assimiler cela à une augmentation de la durée de travail. Travailler 8 heures plus intensément, c’est, en quelque sorte, faire l’équivalent de 10 heures sur 8 heures. C’est comme s’il y avait toujours 4 heures de travail nécessaire et 6 heures de surtravail, mais contractés sur 8 heures. C’est une variante d’augmentation de la plus-value absolue, mais en échappant à la limitation de la durée de la journée. C’est ce qu’essaient de faire les capitalistes qui font travailler à 10 h par jour quand on vient les embêter avec une loi sur la journée de 8 heures. En travaillant plus fort, les ouvriers arrivent à faire sur 3 h 12, par exemple, l’équivalent de la valeur de leurs moyens d’existence qui valent toujours 4 h, et sur 8 h la production de 10 h.

moyens d’existence, 4 h
 
journée de 10 h
(travail passé, 14 h) travail nécessaire, 4 h surtravail, 6 h
 
(travail passé, 14 h) travail nécessaire, 3 h 12 intensives valant 4 h surtravail, 4 h 48 intensives valant 6 h
journée de 8 h intensives valant 10 h
Le taux d’exploitation reste de 150 %  
moyens d’existence, 4 h ordinaires

Cependant, on ne peut parler d’intensité du travail que par comparaison à la moyenne sociale, pas dans l’absolu. Il n’y a donc augmentation absolue de la plus-value par intensification du travail que si cette intensification n’est pas généralisée. Si le travail est intensifié dans toute la société, ce travail plus intense devient la nouvelle norme sociale que l’on prend pour mesurer la valeur comme un temps de travail et l’effet (production d’une plus grande valeur) disparaît. Reste alors l’effet de diminution de valeur, donc de la valeur des moyens d’existence, donc de la force de travail.

En pratique, il subsiste toujours de grosses différences d’intensité à l’échelle mondiale. Le travail est souvent beaucoup plus intense, et crée donc plus de valeur en un même temps, dans les pays d’industrialisation plus ancienne. On peut considérer que, dans un même pays, les différences d’intensité entre branches donnent, d’une branche à l’autre, des valeurs différentes dans le même temps.

L’intensification du travail est liée au machinisme. (Ne pas confondre l’intensité avec la productivité dont on parlera un peu plus loin.) Les machines pourraient alléger le travail, mais les capitalistes utilisent souvent la mécanisation pour pousser les travailleurs à travailler plus vite et plus fort.

Augmentation relative de la plus-value

Productivité

Attention, l’augmentation de la productivité (la modification des techniques pour produire une plus grande quantité de produits dans le même temps) n’augmente pas la valeur produite. Quelle que soit la productivité, le produit de 8 heures de travail vaut la valeur correspondant à huit heures de travail. Si la productivité augmente, non seulement la valeur de la production d’une journée n’augmente pas, mais, au contraire, la valeur unitaire de chacun des produits diminue puisqu’il y en a plus dans la même valeur totale.

Si la productivité augmente dans la production des moyens d’existence, la valeur de ces biens diminue, donc la valeur de la force de travail. Il faut moins de temps pour produire ce que l’on considère nécessaire à un travailleur pour vivre, la valeur de la force de travail. Cela revient à dire que la durée de travail nécessaire diminue. Si la productivité augmente dans la production des moyens d’existence, au point que par exemple, le travail nécessaire n’est plus que de 3 h 12, alors, dans tous les secteurs, le surtravail est de 4 h 48 dans une journée de huit heures. C’est l’augmentation de la plus-value relative.

moyens d’existence, 4 h
Le taux d’exploitation de 100 %  
journée de 8 h
(travail passé, 12 h) travail nécessaire, 4 h surtravail, 4 h
 
(travail passé, 12 h) travail nécessaire, 3 h 12 surtravail, 4 h 48
journée de 8 h
passe à 150 %  
moyens d’existence, 3 h 12

Il faut prendre en compte l’ensemble de la chaîne de travail passé et présent qui intervient dans la production des moyens d’existence. Si la productivité augmente dans la production des moyens de production (matières premières ou équipements) qui interviennent dans la production des moyens d’existence, la valeur de ceux-ci diminue aussi et donc la valeur de la force de travail comme ci-dessus.

Plus-value extra

Nous avons parlé ci-dessus d’une augmentation générale de la productivité, du moins dans le secteur des moyens d’existence et/ou dans les secteurs en amont de celui-ci. Mais si un capitaliste individuel introduit une nouvelle technique qui améliore sa productivité, il obtient plus de produits dans le même temps. Or ce qui fait la valeur du produit, ce n’est pas le temps de travail pour le produire dans une usine particulière mais le temps de travail moyen socialement nécessaire. Si une seule usine augmente sa productivité, le temps de travail socialement nécessaire ne changera pas sensiblement. Le capitaliste en question pourra fournir plus de produits sur la journée, donc tirer de cette journée plus de valeur. Comme chaque heure produit plus de valeur, on aura plus vite fini de produire la valeur équivalent à la subsistance de l’ouvrier, c’est-à-dire que le travail nécessaire va diminuer. Donc, tant que son nouveau procédé reste exclusif, le capitaliste fait une plus-value extra qui a le caractère d’une augmentation relative de la plus value, par réduction de la durée du travail nécessaire.

moyens d’existence, 4 h
Le taux d’exploitation de 100 %  
journée de 8 h
(travail passé, 12 h) travail nécessaire, 4 h surtravail, 4 h
 
(travail passé, 14 h) marchandises produites
ailleurs en 4 h

travail nécessaire, 3 h 12
marchandises produites
ailleurs en 6 h

surtravail,
4 h 48
journée de 8 h
passe à 150 %  
moyens d’existence, 4 h

(La mécanisation suppose plus de travail passé.) Cet avantage disparaît lorsque la nouvelle technique se généralise.

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