Dominique Meeùs
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Histoire du Parti communiste (bolchévik) de l’URSS
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Conclusion

Quels sont les enseignements essentiels à tirer de l’œuvre historique accomplie par le Parti bolchevik ?

Que nous apprend l’histoire du Parti communiste de l’U.R.S.S. ?

1. L’histoire du Parti nous apprend, tout d’abord, que la victoire de la révolution prolétarienne, la victoire de la dictature du prolétariat est impossible sans un parti révolutionnaire du prolétariat, exempt d’opportunisme, intransigeant vis-à-vis des con­ciliateurs et des capitulards, révolutionnaire vis-à-vis de la bour­geoisie et de son pouvoir d’État.

L’histoire du Parti nous apprend que laisser le prolétariat privé d’un tel parti équivaut à le laisser sans direction révolutionnaire ; or, le laisser sans direction révolutionnaire, c’est ruiner la cause de la révolution prolétarienne.

L’histoire du Parti nous apprend que ce parti/ne peut être un parti social-démocrate ordinaire, du type de ceux de l’Europe occidentale, qui ont été éduqués dans les conditions de la paix civile, se traînent à la remorque des opportunistes, rêvent de « réformes sociales » et ont peur de la révolution sociale.

L’histoire du Parti nous apprend que ce parti ne peut être qu’un parti de type nouveau, un parti marxiste-léniniste, un parti de révolution sociale, capable de préparer le prolétariat aux combats décisifs contre la bourgeoisie et d’organiser la victoire de la révolution prolétarienne.

Ce parti, en U.R.S.S., est le Parti bolchevik.

« Dans la période pré-révolutionnaire, dit le camarade Staline, dans la période de développement plus ou moins paisible, où les partis de la IIe Internationale étaient la force dominante dans le mouvement ouvrier, et où les formes par­lementaires de lutte étaient considérées comme les principales, — dans ces circonstances, le Parti n’avait pas et ne pouvait pas avoir l’importance sérieuse et décisive qu’il a acquise par la suite au cours des batailles révolutionnaires ouvertes. Dans sa défense de la IIe Internationale contre les attaques dont elle est l’objet, Kautsky dit que les partis de la IIe Internatio­nale sont un instrument de paix, et non de guerre ; que pré­cisément pour cette raison, ils n’ont pas’ été à même d’entre­prendre quoi que ce fût de sérieux pendant la guerre, dans la période des actions révolutionnaires du prolétariat. C’est tout à fait exact. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Cela signi­fie que les partis de la IIe Internationale ne sont pas bons pour la lutte révolutionnaire du prolétariat ; qu’ils ne sont pas des partis de combat du prolétariat, menant les ouvriers à la conquête du pouvoir, mais un appareil électoral, approprié aux élections parlementaires et à la lutte parlementaire. Voilà ce qui explique justement le fait que, dans la période de domina­tion des opportunistes de la IIe Internationale, l’organisation politique fondamentale du prolétariat n’était pas le parti, mais la fraction parlementaire. On sait qu’à cette époque, le parti était en fait un appendice de la fraction parlementaire et un élément destiné à la servir. Il est à peine besoin de démontrer que, dans ces conditions, avec un tel parti à la tête, il ne pou­vait être même question de préparer le prolétariat à la révolution.
Mais la situation a radicalement changé avec l’avènement de la nouvelle période. La nouvelle période est celle des colli­sions ouvertes entre les classes, la période des actions révolu­tionnaires du prolétariat, la période de la révolution proléta­rienne et de la préparation directe des forces au renversement de l’impérialisme, à la prise du pouvoir par le prolétariat. Cette période pose devant le prolétariat des tâches nouvelles : réorganisation de l’ensemble du travail du Parti selon un mode nouveau, révolutionnaire ; éducation des ouvriers dans l’esprit de la lutte révolutionnaire pour le pouvoir ; préparation et rassemblement des réserves ; alliance avec les prolétaires des pays voisins ; établissement de liens solides avec le mouvement de libération des colonies et des pays dépendants, etc., etc. Croire que ces nouvelles tâches peuvent être accomplies avec les forces des vieux partis social-démocrates, éduqués dans les conditions paisibles du parlementarisme, c’est se vouer à un désespoir sans fond, à une défaite inévitable. Demeurer avec de telles tâches sur les bras, avec les vieux partis en tête, c’est demeurer en état de désarmement complet. Il est à peine besoin de démontrer que le prolétariat ne pouvait admettre une pareille situation.
De là, la nécessité d’un nouveau parti, d’un parti combatif, révolutionnaire, suffisamment courageux pour mener les prolétaires à la lutte pour le pouvoir, suffisamment expéri­menté pour se retrouver dans les conditions complexes d’une situation révolutionnaire et suffisamment souple pour contour­ner les écueils de toute sorte sur le chemin conduisant au but.
Sans un tel parti, on ne saurait même songer à renverser l’impérialisme, à conquérir la dictature du prolétariat. Ce nouveau parti, c’est le Parti du léninisme. » (Staline : Des principes du léninisme.)

2. L’histoire du Parti nous apprend encore que le parti de la classe ouvrière ne peut pas remplir le rôle de dirigeant de sa classe, ne peut pas remplir le rôle d’organisateur et de dirigeant de la révolution prolétarienne, s’il ne s’est pas assimilé la théorie d’avant-garde du mouvement ouvrier, s’il ne s’est pas assimilé la théorie marxiste-léniniste.

Ce qui fait la force de la théorie marxiste-léniniste, c’est qu’elle permet au Parti de s’orienter dans une situation donnée, de com­prendre la liaison interne des événements au milieu desquels il se trouve, de prévoir la marche des événements et de discerner non seulement de quelle façon et dans quelle direction les événements évoluent aujourd’hui, mais aussi comment et de quel côté ils doivent évoluer demain. Seul le parti qui s’est assimilé la théorie marxiste-léniniste peut avancer d’un pas assuré et conduire en avant la classe ouvrière. Et inversement, le parti qui ne s’est pas assimilé la théorie marxiste-léniniste, est obligé d’errer à tâtons ; il perd toute assuran­ce dans son action, il est incapable de conduire en avant la classe ouvrière.

Il peut sembler que s’assimiler la théorie marxiste-léniniste, c’est apprendre scrupuleusement par cœur certaines conclusions et thèses qui se trouvent dans les œuvres de Marx, d’Engels, de Lénine ; c’est apprendre à les citer en bonne place, et en rester là, dans l’espoir que les conclusions et les thèses apprises par cœur conviendront à toutes les situations, à toutes les occasions de la vie. Mais une telle façon de concevoir la théorie marxiste-léniniste est absolument fausse. On ne peut considérer la théorie mar­xiste-léniniste comme un recueil de dogmes, comme un catéchisme, comme un Credo, et les marxistes comme des pédants farcis de textes. La théorie marxiste-léniniste est la science du dévelop­pement de la société, la science du mouvement ouvrier, la science de ta révolution prolétarienne, la science de la construction de la société communiste. En tant que science, elle ne reste pas et ne peut pas rester à un point mort ; elle se développe et se perfec­tionne. On comprend bien que dans Je cours de son développement, elle s’enrichit forcément de l’expérience nouvelle, des connaissan­ces nouvelles et telles de ses thèses et de ses conclusions changent forcément avec le temps, sont forcément remplacées par des con­clusions et des thèses nouvelles, conformes aux conditions his­toriques nouvelles.

S’assimiler la théorie marxiste-léniniste, ce n’est nullement en apprendre par cœur toutes les formules et toutes les conclu­sions, et se cramponner à chaque lettre de ces formules et de ces conclusions. Pour s’assimiler la théorie marxiste-léniniste, il faut avant tout apprendre à distinguer entre la lettre et le fond.

S’assimiler la théorie marxiste-léniniste, c’est s’approprier la substance de cette théorie et apprendre à en tirer parti quand il s’agit de résoudre les problèmes pratiques du mouvement révo­lutionnaire dans les diverses conditions de la lutte de classe du prolétariat.

S’assimiler la théorie marxiste-léniniste, c’est savoir enrichir cette théorie de la nouvelle expérience du mouvement révolution­naire ; c’est savoir l’enrichir de thèses et de conclusions nouvelles ; c’est savoir la développer et la faire progresser, sans hésiter — en s’inspirant de la substance de la théorie — à remplacer certaines de ses thèses et de ses conclusions qui ont désormais vieilli, par des thèses et des conclusions nouvelles conformes à la situation historique nouvelle.

La théorie marxiste-léniniste n’est pas un dogme, mais un gui­de pour l’action.

Avant la deuxième révolution russe (février 1917), les mar­xistes de tous les pays partaient du point de vue que la républi­que démocratique parlementaire est la forme la plus indiquée pour l’organisation politique de la société en période de transition du capitalisme au socialisme. Il est vrai que Marx avait signalé, dans les années 1870, que ce n’est pas la république parlementaire, mais l’organisation politique du type de la Commune de Paris qui est la forme la plus indiquée pour la dictature du prolétariat. Mais mal­heureusement, cette indication de Marx n’avait pas été développée plus avant dans ses travaux, et elle était vouée à l’oubli. D’autre part, la déclaration autorisée faite par Engels dans sa critique au projet de programme d’Erfurt, en 1891, et disant que « la républi­que démocratique… est… une forme spécifique pour la dicta­ture du prolétariat », ne permettait pas de douter que les mar­xistes continuaient à considérer la république démocratique comme une forme politique pour la dictature du prolétariat. Cette thè­se d’Engels devint par la suite un principe directeur pour tous les marxistes, y compris Lénine. Mais la révolution russe de 1905, et surtout la révolution de février 1917, mirent en avant une nou­velle forme d’organisation politique de la société, les Soviets des députés ouvriers et paysans. Après une étude approfondie de l’ex­périence des deux révolutions russes, Lénine, s’inspirait de la théorie du marxisme, fut amené à conclure que la meilleure forme politique de dictature du prolétariat est, non pas la républi­que démocratique parlementaire, mais la République des Soviets. C’est sur cette base que Lénine formula en avril 1917, lors du passage de la révolution bourgeoise à la révolution socialiste, le mot d’ordre d organisation de la République des Soviets, comme étant la meilleure forme politique de dictature du prolétariat. Et les opportunistes de tous les pays de se cramponner à la répu­blique parlementaire, en accusant Lénine de s’écarter du marxisme, de détruire la démocratie ! Mais le vrai marxiste, celui qui s’était assimilé la théorie du marxisme, c’était évidemment Lénine, et non les opportunistes, puisque Lénine faisait progresser la théorie marxiste, en l’enrichissant de la nouvelle expérience acquise, tandis que les opportunistes la faisaient rétrograder, en transfor­mant une de ses thèses en dogme.

Que serait-il advenu du Parti, de notre révolution, du mar­xisme, si Lénine s’était incliné devant la lettre du marxisme et ne s’était pas décidé à substituer à l’une des vieilles thèses du marxisme, formulée par Engels, la nouvelle thèse de la Républi­que des Soviets, conforme à la nouvelle situation historique ? Le Parti aurait erré dans les ténèbres, 1es Soviets auraient été désor­ganisés, nous n’aurions pas le pouvoir des Soviets, la théorie mar­xiste aurait subi un sérieux préjudice. Le prolétariat y aurait perdu, les ennemis du prolétariat y auraient gagné.

Dans leur étude du capitalisme préimpérialiste, Engels et Marx en étaient arrivés à la conclusion que la révolution socialiste ne pouvait vaincre dans un seul pays pris à part ; qu’elle ne pou­vait vaincre que si l’explosion se produisait simultanément dans tous les pays, ou dans la plupart des pays civilisés. C’était au milieu du XIXe siècle, Celte conclusion devint plus tard un principe directeur pour tous les marxistes. Cependant, vers le début du XXe siècle, le capitalisme préimpérialiste s’est transformé en capitalis­me impérialiste, le capitalisme ascendant s’est transformé en ca­pitalisme agonisant. Après une étude approfondie du capitalisme impérialiste, Lénine, — s’inspirant de la théorie marxiste, — a été amené à conclure que l’ancienne formule d’Engels et de Marx ne correspondait plus à la nouvelle situation historique ; que la révolution socialiste pouvait parfaitement triompher dans un seul pays pris à part. Et les opportunistes de tous les pays de se cram­ponner à l’ancienne formule d’Engels et de Marx, en accusant Lénine de s’écarter du marxisme ! Mais le vrai marxiste, celui qui s’était assimilé la théorie du marxisme, c’était évidemment Lénine et non les opportunistes, puisque Lénine faisait progresser la théo­rie marxiste, en l’enrichissant de la nouvelle expérience acquise, tandis que les opportunistes la faisaient rétrograder en la momi­fiant.

Que serait-il advenu du Parti, de notre révolution, du mar­xisme si Lénine s’était incliné devant la lettre du marxisme, s’il n’avait pas eu le courage théorique de rejeter une des vieilles con­clusions du marxisme en la remplaçant par une conclusion nou­velle, sur la possibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays pris à part, conclusion conforme à la nouvelle situation his­torique ? Le Parti aurait erré dans les ténèbres, la révolution prolétarienne aurait été privée de direction, la théorie marxiste se serait mise à dépérir. Le prolétariat y aurait perdu, les enne­mis du prolétariat y auraient gagné.

L’opportunisme ne signifie pas toujours la négation directe de la théorie marxiste ou de certaines de ses thèses et conclusions. L’opportunisme se manifeste parfois dans des tentatives pour se cramponner à telles thèses du marxisme, désormais vieillies, et les convertir en dogmes, en vue de freiner par là le développement ultérieur du marxisme, et, partant, de freiner aussi le progrès du mouvement révolutionnaire du prolétariat.

On peut dire sans exagération, que depuis la mort d’Engels, le plus grand théoricien Lénine, et après Lénine, Staline et les autres disciples de Lénine, ont été les seuls marxistes qui aient fait progresser la théorie marxiste et l’aient enrichie de la nou­velle expérience acquise dans les nouvelles conditions de la lutte de classe du prolétariat. C’est précisément parce que Lénine et les léninistes ont fait progresser la théorie marxiste que le léninisme est le développe­ment continu du marxisme ; il est le marxisme dans les nouvelles conditions de la lutte de classe du prolétariat, le marxisme de l’époque de l’impérialisme et des révolutions prolétariennes, le marxisme de l’époque de la victoire du socialisme sur un sixième du globe.

Le Parti bolchevik n’aurait pas pu vaincre en octobre 1917, si ses cadres d’avant-garde ne s’étaient pas assimilé la théorie du marxisme, s’ils n’avaient pas appris à regarder cette théorie comme un guide pour l’action, s’ils n’avaient pas appris à faire progresser la théorie marxiste en l’enrichissant de la nouvelle expérience acquise dans la lutte de classe du prolétariat.

Dans sa critique des marxistes allemands d’Amérique, qui avaient pris sur eux de diriger le mouvement ouvrier américain, Engels a écrit :

« Les Allemands n’ont pas su faire de leur théorie le levier qui eût mis en mouvement les masses américaines ; cette théo­rie, ils ne la comprennent pas eux-mêmes la plupart du temps, et ils la traitent de façon doctrinaire et dogmatique, comme quelque chose que l’on doit apprendre par cœur et qui, dès lors, pourvoit à tous les besoins. C’est pour eux un Credo, et non un guide pour l’action. » (Engels an Sorge, Marx-Engels, Ausgew. Briefe, Moscou 1934, p. 357.)

Dans sa critique de Kaménev et de certains vieux bolche­viks qui, en avril 1917, se cramponnaient à la vieille formule de dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie, alors que le mouvement révolutionnaire avait marché de l’avant et exigeait que l’on passât à la révolution socialiste, Lénine a écrit :

« Notre doctrine n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action, ont toujours dit Marx et Engels, se moquant à juste titre des « formules » apprises par cœur et répétées telles quelles, formules susceptibles dans le meilleur des cas d’indiquer, tout au plus, les tâches générales que modifie nécessaire­ment la situation économique et politique concrète à chaque phase particulière du processus historique… Il faut s’assimi­ler celte vérité incontestable que le marxiste doit tenir compte de la vie même, des faits précis de la réalité, au lieu de conti­nuer à se cramponner à la théorie de la veille… » (Lénine, t. XX, pp. 100-101, éd. russe.)

3. L’histoire du Parti nous apprend encore que, si l’on n’écra­se pas les partis petits-bourgeois qui travaillent au sein de la classe ouvrière, qui poussent ses couches arriérées dans les bras de la bourgeoisie et détruisent de la sorte l’unité de in classe ouvrière, la victoire de la révolution prolétarienne est impossible.

L’histoire de notre Parti est l’histoire de la lutte et de l’écrase­ment des partis petits-bourgeois : socialistes-révolutionnaires, menchéviks, anarchistes, nationalistes. Sans avoir triomphé de ces partis, sans les avoir chassés du sein de la classe ouvrière, il eût été impossible de réaliser l’unité de la classe ouvrière ; or, sans l’uni­té de la classe ouvrière, il eût été impossible de faire triompher la révolution prolétarienne.

Sans avoir écrasé ces partis qui, d’abord, étaient pour le main­tien du capitalisme, et puis, après la Révolution d’Octobre, pour la restauration du capitalisme, il eût été impossible de sauvegarder la dictature du prolétariat, de vaincre l’intervention militaire de l’étranger, de construire le socialisme.

On ne saurait considérer comme un hasard le fait que tous les partis petits-bourgeois qui, pour tromper le peuple, s’intitulaient partis « révolutionnaires » et « socialistes » — socialistes-révolu­tionnaires, menchéviks, anarchistes, nationalistes,—sont devenus des partis contre-révolutionnaires avant même la Révolution so­cialiste d’Octobre, et plus tard, les agents des services de rensei­gnements de la bourgeoisie étrangère, une bande d’espions, de saboteurs, d’auteurs de diversions, d’assassins, de traîtres à la patrie.

« L’unité du prolétariat, dit Lénine, à l’époque de la ré­volution sociale, ne peut être réalisée que par le parti révo­lutionnaire extrême, le parti du marxisme, que par une lutte implacable contre tous les autres partis. » (Lénine, t. XXVI, p. 50, éd. russe.)

4. L’histoire du Parti nous apprend encore que sans une lutte intransigeante contre les opportunistes dans ses propres rangs, sans écraser les capitulards dans son propre milieu, le parti de la classe ouvrière ne peut pas sauvegarder l’unité et la discipline dans ses rangs, ne peut pas remplir son rôle d’organisateur et de dirigeant de la révolution prolétarienne, ne peut pas remplir son rôle de bâtisseur de la nouvelle société socialiste.

L’histoire du développement de la vie intérieure de notre Parti est l’histoire de la lutte et de l’écrasement des groupes opportunis­tes à l’intérieur du Parti, « économistes », menchéviks, trotskistes, boukhariniens, fauteurs des déviations nationalistes.

L’histoire du Parti nous apprend que tous les groupes de ca­pitulards ont été, au fond, les agents du menchévisme à l’intérieur de notre Parti, son appendice, son prolongement De même que le menchévisme, ils ont servi de véhicule à l’influence bourgeoise dans la classe ouvrière et dans le Parti. C’est pour­quoi la lutte pour la liquidation de ces groupes dans le Parti a été le prolongement de la lutte pour la liquidation du menché­visme.

Si nous n’avions pas battu les « économistes » et les menché­viks, nous n’aurions pas pu construire le Parti et conduire la clas­se ouvrière à la révolution prolétarienne. Si nous n’avions pas battu les trotskistes et les boukhariniens, nous n’aurions pas pu préparer les conditions requises pour cons­truire le socialisme. Si nous n’avions pas battu les fauteurs des déviations natio­nalistes de tout genre et de tout acabit, nous n’aurions pas pu éduquer le peuple dans l’esprit de l’internationalisme, nous n’aurions pas pu sauvegarder le drapeau de la grande amitié des peuples de l’U.R.S.S., nous n’aurions pas pu bâtir l’Union des Républiques socialistes soviétiques.

Il peut sembler que les bolcheviks aient accordé trop de temps à la lutte contre les éléments opportunistes dans le Parti, qu’ils en aient surestimé l’importance. Mais cela est absolument faux. On ne saurait pas plus tolérer l’opportunisme chez soi qu’on ne saurait tolérer un ulcère dans un organisme sain. Le Parti est le détachement dirigeant de la classe ouvrière, sa citadelle avancée, son état-major de combat. On ne saurait admettre qu’il y ait à l’état-major dirigeant de la classe ouvrière des sceptiques, des op­portunistes, des capitulards, des traîtres. Mener une lutte à mort contre la bourgeoisie avec des capitulards et des traîtres dans son propre état-major, dans sa propre citadelle, c’est tomber dans la situation d’hommes pris entré deux feux. Il n’est pas difficile de comprendre que dans ces conditions, la lutte ne peut aboutir qu’à la défaite. C’est de l’intérieur que les forteresses s’enlèvent le plus facilement. Pour obtenir la victoire, il faut avant toute chose épurer le parti de la classe ouvrière, — son état-major dirigeant, sa citadelle avancée, — dès capitulards, des déserteurs, des félons et des traîtres.

On ne peut considérer comme un hasard le fait que les trots­kistes, les boukhariniens, les fauteurs des déviations nationalistes, en luttant contre Lénine, contre le Parti, ont fini comme avaient fini les partis menchévik et socialiste-révolutionnaire : ils sont devenus agents des services de renseignements fascistes, espions, saboteurs, assassins, auteurs de diversions, traîtres à la patrie.

« Si l’on compte dans ses rangs des réformistes, des menchéviks, dit Lénine, on ne saurait faire triompher la révolution prolétarienne, on ne saurait la sauvegarder. C’est un principe évident. L’expérience de la Russie et de la Hongrie l’a confirmé nettement… En Russie, maintes fois se sont pré­sentées des situations difficiles dans lesquelles le régime sovié­tique eût certainement été renversé, si les menchéviks, les ré­formistes, les démocrates petits-bourgeois étaient demeurés dans notre Parti. .. » (Lénine, t. XXV, pp. 462-463, éd. russe.)
« Si notre Parti, dit le camarade Staline, a réussi à cons­tituer son unité intérieure et la cohésion sans précédent qui règne dans ses rangs, c’est avant tout parce qu’il a su se pu­rifier à temps de la souillure de l’opportunisme, parce qu’il a su chasser du Parti les liquidateurs et les menchéviks. La voie du développement et du renforcement des partis prolé­tariens passe par leur épuration des opportunistes et des réfor­mistes, des social-impérialistes et des social-chauvins, des social-patriotes et des social-pacifistes. Le Parti se fortifie en s’épurant des éléments opportunistes. » (Staline : Des principes du léninisme.)

5. L’histoire du Parti nous apprend encore que le Parti ne peut remplir son rôle de dirigeant de la classe ouvrière si, grisé par ses succès, il se laisse aller à la présomption, s’il cesse de re­marquer les insuffisances de son travail, s’il craint de reconnaître ses erreurs, s’il craint de les corriger à temps, ouvertement et hon­nêtement.

Le Parti est invincible s’il ne craint pas la critique et l’auto­critique, s’il ne voile pas les erreurs et les insuffisances de son travail, s’il instruit et éduque les cadres en les éclairant sur les erreurs commises dans le travail, s’il sait corriger ces erreurs à temps.

Le Parti périt s’il cache ses erreurs, escamote les questions névralgiques, dissimule ses déficiences sous de fausses apparences de santé, s’il ne souffre pas la critique ni l’autocritique, s’il se pénètre d’un sentiment de suffisance, s’adonne au culte de soi-même et s’endort sur ses lauriers.

« L’attitude d’un parti politique en face de ses erreurs, dit Lénine, est un des critériums les plus importants et les plus sûrs pour juger si ce parti est sérieux et s’il remplit réel­lement ses obligations envers sa classe et envers les masses laborieuses. Reconnaître ouvertement son erreur, en découvrir les causes, analyser la situation qui lui a donné naissance, exa­miner attentivement les moyens de corriger celte erreur, voilà la marque d’un parti sérieux, voilà ce qui s’appelle, pour lui, remplir ses obligations, éduquer et instruire la classe, et puis les masses. » (Lénine, Œuvres choisies, t. II, p. 725.)

Et plus loin :

« Tous les partis révolutionnaires qui ont péri jusqu’ici, ont péri parce qu’ils se laissaient aller à la présomption, ne savaient pas voir ce qui faisait leur force, et craignaient de parler de leurs faiblesses. Mais nous, nous ne périrons pas, parce que nous ne craignons pas de parler de nos faiblesses, parce que nous apprendrons à les surmonter. » (Lénine, t. XXVII, pp. 260-261, éd. russe.)

6. Enfin l’histoire du Parti nous apprend que faute d’avoir d’amples liaisons avec les masses, faute de raffermir constam­ment ces liaisons, faute de savoir écouter la voix des masses et comprendre leurs besoins poignants, faute d’avoir la volonté non seulement d’instruire les masses, mais aussi de s’instruire auprès d’elles, le parti de la classe ouvrière ne peut pas être un véritable parti de masse, capable d’entraîner, avec leurs millions d’hom­mes, la classe ouvrière et l’ensemble des travailleurs.

Le Parti est invincible, s’il sait, comme dit Lénine, « se lier, se rapprocher et, si vous voulez, se fondre jusqu’à un certain point avec la masse des travailleurs la plus large, au premier chef avec la masse prolétarienne, mais aussi avec la masse des travailleurs non prolétarienne ». (Lénine, t. XXV, p. 174, éd. russe.)

Le Parti périt s’il se confine étroitement dans sa propre coquil­le, s’il se détache des masses, s’il se couvre d’un enduit de bureaucratisme.

« On peut reconnaître pour règle générale, dit le camarade Staline, qu’aussi longtemps que les bolcheviks conserveront leur liaison avec les grandes masses du peuple, ils seront in­vincibles. Et au contraire, il suffit que les bolcheviks se dé­tachent des masses et rompent leur liaison avec elles, il suffit qu’ils se couvrent de la rouille bureaucratique, pour qu’ils per­dent toute leur force et se transforment en une nullité.
La mythologie des Grecs de l’antiquité comptait un héros célèbre, Antée, qui était, selon la mythologie, le fils de Po­séidon, dieu de la mer, et de Gê, déesse de la terre. Il était particulièrement attaché à sa mère, qui lui avait donné le jour, qui l’avait nourri et élevé. Il n’y avait point de héros qu’Antée ne pût vaincre. Il passait pour un héros invincible. Qu’est-ce qui faisait sa force ? C’était que chaque fois qu’en combattant un adversaire il était en difficulté, il touchait la terre, sa mè­re, qui lui avait donné le jour et l’avait nourri, et il reprenait des forces. Mais il avait pourtant un point faible : c’était le danger d’être d’une façon ou de l’autre détaché de la terre. Ses ennemis tenaient compte de cette faiblesse et guettaient Antée. Et il se trouva un ennemi qui profita de cette faiblesse et vainquit Antée. Ce fut Hercule. Mais comment réussit-il à le vaincre ? Il l’arracha de terre, le souleva en l’air, et l’em­pêchant de prendre contact avec le sol, il l’étouffa.
Je pense que les bolcheviks nous rappellent le héros de la mythologie grecque, Antée. De même qu’Antée, ils sont forts parce qu’ils sont liés à leur mère, aux masses qui leur ont donné naissance, les ont nourris et les ont éduqués. Et aussi longtemps qu’ils restent attachés à leur mère, au peuple, ils ont toutes les chances de rester invincibles. Là est le secret de l’invincibilité de la direction bolchevi­que. » (Staline : Des insuffisances du travail du Parti, éd. russe.)

Tels sont les enseignements essentiels de l’œuvre historique accomplie par le Parti bolchevik.

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