Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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Les représentations sociales à l’époque primitive.

À l’origine, l’homme primitif, accablé par le besoin et les difficultés de la lutte pour l’existence, ne s’était pas encore entièrement détaché de la p. 31nature environnante. Il n’eut pendant longtemps aucune notion cohérente ni de lui-même, ni des conditions naturelles de son existence.

Ce n’est que peu à peu qu’apparaissent chez lui des représentations très limitées et primitives sur lui-même et sur les conditions de sa vie. Il ne pouvait encore être question de conceptions religieuses, que les défenseurs de la religion prétendent inhérentes de toute éternité à la conscience humaine. C’est seulement par la suite que l’homme primitif, incapable de comprendre et d’expliquer les phénomènes de la nature et de la vie sociale, se mit à peupler le monde d’êtres surnaturels, d’esprits, de forces magiques. Il animait les forces de la nature. C’est ce qu’on a appelé l’animisme (du latin animus : âme). De ces notions confuses sur l’homme et la nature naquirent les mythes primitifs et la religion primitive où l’on retrouvait l’égalitarisme du régime social. L’homme, qui ignorait la division en classes et l’inégalité des fortunes dans la vie réelle, ne hiérarchisait pas non plus le monde imaginaire des esprits. Il divisait ceux-ci en esprits familiers et étrangers, favorables et hostiles. La hiérarchisation des esprits date de l’époque de la désagrégation de la communauté primitive.

L’homme se sentait intimement lié à la gens ; il ne se concevait pas en dehors de celle-ci. Le culte des ancêtres communs était le reflet idéologique de cet état de choses. Il est significatif que les mots « moi » et « mon » n’apparaissent qu’assez tard dans la langue. La gens exerçait sur chacun de ses membres un pouvoir extraordinairement étendu. La désagrégation de la communauté primitive s’accompagna de la naissance et de la diffusion de notions centrées sur la propriété privée, ce dont témoignent éloquemment les mythes et les idées religieuses. À l’époque où s’établirent les rapports de propriété privée et où l’inégalité des fortunes commença à s’affirmer, on prit l’habitude dans de nombreuses tribus, de conférer un caractère sacré (« tabou ») aux biens que s’étaient attribués les chefs des familles riches (dans les îles du Pacifique le mot « tabou » s’applique à tout ce qui est frappé d’interdiction, soustrait à l’usage général). Avec la désagrégation de la communauté primitive et l’apparition de la propriété privée, l’interdit religieux consacra les nouveaux rapports économiques et l’inégalité des fortunes.

Date: 2010-2014