Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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3.8. Les révoltes des serfs. Les révolutions bourgeoises. La chute du régime féodal.

La lutte de la paysannerie contre les seigneurs féodaux s’est poursuivie durant toute l’époque féodale, mais c’est à la fin de celle-ci qu’elle a atteint sa plus grande acuité.

Au 14e siècle, la France fut le théâtre d’une guerre des paysans connue dans l’histoire sous le nom de Jacquerie. La bourgeoisie naissante p. 67des villes, qui avait d’abord appuyé le mouvement, s’en détourna au moment décisif.

À la fin du 14e siècle, une révolte paysanne éclata dans une grande partie de l’Angleterre. Les paysans armés, ayant à leur tête Wat Tyler, se répandirent à travers le pays, détruisant les demeures seigneuriales et les monastères, et s’emparèrent de Londres. Les seigneurs étouffèrent le soulèvement par la violence et la ruse. Tyler fut tué par trahison. Confiants dans les promesses du roi et des seigneurs, les révoltés rentrèrent chez eux, après quoi des expéditions punitives passèrent dans le» villages ; la répression fut féroce.

Au début du 16e siècle, une guerre des paysans soutenus par les petites gens des villes et conduits par Thomas Münzer se déroula en Allemagne. Les paysans réclamaient la cessation de l’arbitraire et des violences des nobles.

En Russie, citons les grandes guerres paysannes dirigées par Stépan Razine au 17e siècle et Emélian Pougatchev au 18e. Les révoltés demandaient l’abolition du servage, la remise aux paysans des terres de la noblesse et de l’État, la fin de la domination féodale. L’aggravation de la crise du système féodal d’économie entre 1850 et 1860 se traduisit par une puissante vague d’insurrections paysannes à la veille de la réforme de 1861.

Des guerres et des révoltes paysannes d’une ampleur exceptionnelle se sont déroulées en Chine pendant des siècles. L’insurrection des Taïpings, sous la dynastie des Tsing (milieu du 19e siècle), mit en mouvement des millions de paysans. Les révoltés occupèrent Nankin, ancienne capitale de la Chine. La loi agraire des Taïpings proclamait l’égalité dans le droit, la jouissance de la terre et des autres biens. Leur organisation politique combinait de façon originale la monarchie avec la démocratie paysanne, trait que l’on retrouve aussi dans les mouvements paysans d’autres pays.

Les révoltes paysannes ont une importance révolutionnaire, car elles ont ébranlé les bases mêmes de la féodalité et conduit en définitive à l’abolition du servage.

Le passage du régime féodal au capitalisme en Europe occidentale s’est accompli grâce aux révolutions bourgeoises. La bourgeoisie montante profita de la lutte des paysans contre les seigneurs pour hâter la chute du régime féodal, remplacer l’exploitation féodale par l’exploitation capitaliste, et s’emparer du pouvoir. Lors des révolutions bourgeoises, les paysans fournirent le gros des forces qui renversèrent le régime féodal. Il en fut ainsi au cours de la première révolution bourgeoise dans les Pays-Bas, au 16e siècle, pendant la révolution anglaise du 17e siècle, pendant la révolution bourgeoise en France à la fin du 18e siècle.

La bourgeoisie s’appropria les fruits de la lutte révolutionnaire de la paysannerie et se hissa au pouvoir sur les épaules de celle-ci. La force des paysans résidait dans leur haine des oppresseurs. Mais leurs révoltes étaient spontanées. La paysannerie, en tant que classe de petits propriétaires privés, était morcelée ; elle ne pouvait formuler un programme clair ni mettre sur pied une organisation solide et cohérente pour mener la lutte. Pour triompher, les révoltes paysannes doivent se combiner avec le mouvement ouvrier et être dirigées par les ouvriers. Mais lors des révolutions bourgeoises des 17e et 18e siècles la classe ouvrière était encore faible, peu nombreuse et inorganisée.

C’est au sein même de la société féodale qu’avaient mûri p. 68les formes plus ou moins achevées du régime capitaliste ; une nouvelle classe exploiteuse, celle des capitalistes, avait grandi en même temps qu’étaient apparues des masses d’hommes dépourvus de moyens de production : les prolétaires.

À l’époque des révolutions bourgeoises, la bourgeoisie a utilisé contre la féodalité la loi économique de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives ; elle a renversé les rapports de production féodaux, créé des rapports de production nouveaux, des rapports bourgeois, et fait concorder les rapports de production avec le caractère des forces productives développées au sein du régime féodal.

Les révolutions bourgeoises mirent fin au régime féodal et instaurèrent la domination du capitalisme.

Date: 2010-2014