Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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6.3. L’industrialisation capitaliste.

La révolution industrielle marque le début de l’industrialisation capitaliste. L’industrie lourde, la production des moyens de production forme la base de l’industrialisation.

p. 107L’industrialisation capitaliste s’opère spontanément dans la poursuite du profit par les capitalistes. Le développement de la grande industrie capitaliste commence généralement par le développement de l’industrie légère, c’est-à-dire des branches produisant les objets de consommation individuelle. Ces branches demandent moins d’investissements, la rotation du capital y est plus rapide que dans l’industrie lourde, c’est-à-dire dans les branches d’industrie produisant les moyens de production : machines, métaux, combustibles. Le développement de l’industrie lourde ne commence qu’après une période pendant laquelle l’industrie légère accumule des profits. Ceux-ci sont progressivement attirés par l’industrie lourde. Ainsi donc, l’industrialisation capitaliste constitue un processus qui dure des dizaines et des dizaines d’années.

En Angleterre, par exemple, l’industrie textile resta pendant longtemps la principale et la plus développée des branches industrielles. Dans la seconde moitié du 19e siècle, c’est l’industrie lourde qui commence à jouer le rôle dominant. On constate le même type de développement des branches industrielles dans les autres pays capitalistes.

Dans la seconde moitié du 19e siècle, la métallurgie continua à se développer ; la technique de la fonte des métaux s’améliorait, la dimension des hauts fourneaux augmentait. La production de fonte se développait rapidement. En Angleterre, elle passait de 193 000 tonnes en 1800 à 2 285 000 tonnes en 1850, 6 059 000 tonnes en 1870 et 7 873 000 tonnes en 1880 ; aux États-Unis, de 41 000 tonnes en 1800 à 573 000 tonnes en 1850, 1 692 000 tonnes en 1870 et 3 897 000 tonnes en 1880.

Jusqu’au dernier tiers du 19e siècle, la machine à vapeur demeura le seul moteur employé dans la grande industrie et les transports. La vapeur a joué un rôle considérable dans le développement de l’industrie mécanique. Durant tout le 19e siècle se poursuivit le perfectionnement de la machine à vapeur : sa puissance augmentait, de même que le coefficient d’utilisation de l’énergie thermique. Après 1880 on créa la turbine à vapeur. Grâce à ses avantages, elle commença à évincer dans une série d’industries la machine à vapeur.

Mais plus la grande industrie se développait, et plus vite se manifestait l’insuffisance de la vapeur en tant que force motrice. On inventa un nouveau type de moteur, le moteur à combustion interne, d’abord à gaz (1877), puis un moteur fonctionnant au combustible liquide, le diesel (1893). Le dernier tiers du 19e siècle voit paraître, dans la vie économique, une force nouvelle et puissante, qui devait révolutionner encore davantage la production : l’électricité.

Au 19e siècle, le système mécanique gagne une industrie après l’autre. L’industrie minière — minerais, houille, — se développe. À la suite de l’invention du moteur à combustion interne, l’extraction du pétrole augmente. L’industrie chimique prend un large développement. L’accroissement rapide de la grande industrie mécanique s’accompagne d’une construction intense des voies ferrées.

L’industrialisation capitaliste se réalise au prix de l’exploitation des ouvriers salariés et de la ruine de la paysannerie de p. 108chaque pays, de même que par la spoliation des travailleurs des autres pays, notamment des colonies. Elle conduit inéluctablement à l’aggravation des contradictions du capitalisme, à l’appauvrissement de millions d’ouvriers, de paysans et d’artisans.

L’histoire fait apparaître différents moyens d’industrialisation capitaliste. Le premier est la mainmise sur les colonies et leur pillage. C’est ainsi que s’est développée l’industrie anglaise. Après s’être emparée de colonies dans toutes les parties du monde, l’Angleterre en a tiré, durant deux siècles, d’énormes profits qu’elle investissait dans son industrie. Le deuxième moyen est la guerre et les contributions prélevées par les pays vainqueurs sur les pays vaincus. Ainsi l’Allemagne, après avoir écrasé la France dans la guerre de 1870, la contraignit à payer cinq milliards de francs de contributions, qu’elle investit dans son industrie. Le troisième moyen, ce sont les concessions et les emprunts de servitude, qui mettent les pays arriérés sous la dépendance économique et politique des pays capitalistes développés. La Russie tsariste, par exemple, a accordé des concessions et s’est fait consentir des emprunts par les puissances occidentales à des conditions asservissantes, cherchant ainsi à s’engager progressivement dans la voie de l’industrialisation.

Dans l’histoire des différents pays, ces moyens d’industrialisation capitaliste se sont souvent enchevêtrés pour se compléter les uns les autres. L’histoire du développement économique des États-Unis en est un exemple. La grande industrie des États-Unis a été créée au moyen d’emprunts extérieurs et de crédits à long terme, et aussi par un pillage effréné de la population autochtone de l’Amérique.

Malgré les progrès de l’industrie mécanique dans les pays bourgeois, une grande partie de la population du monde capitaliste continue à vivre et à travailler avec la technique primitive du travail à la main.

Date: 2010-2014