Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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7.5. Le capital en tant que rapport social de production. Le capital constant et le capital variable.

Les économistes bourgeois appellent capital tout instrument de travail, tout moyen de production, à commencer par la pierre et le bâton de l’homme primitif. Cette définition du capital a pour but d’estomper l’essence de l’exploitation de l’ouvrier par le capitaliste, de présenter le capital comme une condition éternelle et immuable de l’existence de toute société humaine.

En réalité, la pierre et le bâton servaient d’outil de travail à l’homme primitif, mais n’étaient point du capital. Ne sont pas non plus du capital les instruments et les matières premières de l’artisan, le matériel, les semences et les bêtes de trait du paysan qui exploite son terrain sur la base de son travail personnel. Les moyens de production ne deviennent du capital p. 124qu’à une phase déterminée du développement historique, lorsqu’ils sont propriété privée du capitaliste et servent de moyen d’exploitation du travail salarié. Avec la liquidation du régime capitaliste les moyens de production deviennent propriété sociale et ils cessent d’être du capital. Ainsi le capital n’est pas une chose, mais un rapport social de production qui a un caractère historique transitoire.

Le capital est une valeur qui — par l’exploitation des ouvriers salariés — rapporte la plus-value. Selon Marx, le capital est

du travail mort, qui ne s’anime qu’en suçant tel un vampire du travail vivant, et qui est d’autant plus vivant qu’il en suce davantage.

K. Marx, Le Capital, Livre I, p. 259.

Le capital incarne le rapport de production entre la classe des capitalistes et la classe ouvrière, rapport qui consiste en ce que les capitalistes, en tant que possesseurs des moyens et des conditions de production, exploitent les ouvriers salariés qui créent pour eux la plus-value. Ce rapport de production, comme d’ailleurs tous les autres rapports de production de la société capitaliste, prend la forme d’un rapport entre objets et apparaît comme la propriété de ces objets (moyens de production) de procurer un revenu au capitaliste.

C’est en cela que consiste le caractère fétiche du capital : avec le mode de production capitaliste se crée une apparence trompeuse, selon laquelle les moyens de production (ou une certaine somme d’argent avec laquelle on peut acheter les moyens de production) possèdent par eux-mêmes la faculté miraculeuse de procurer à leur possesseur un revenu régulier ne provenant pas du travail.

Les différentes parties du capital ne jouent pas le même rôle dans le processus de production de la plus-value.

L’entrepreneur dépense une certaine partie du capital pour construire les bâtiments d’une fabrique, acquérir de l’équipement et des machines, acheter les matières premières, le combustible, les matériaux accessoires. La valeur de cette partie du capital est transférée à la marchandise nouvellement produite à mesure que les moyens de production sont consommés ou usés au cours du travail. La partie du capital, qui existe sous forme de valeur des moyens de production, ne change pas de grandeur en cours de production ; aussi porte-t-elle le nom de capital constant.

L’entrepreneur consacre l’autre partie du capital à l’achat de la force de travail, à l’embauchage des ouvriers. En échange de cette partie du capital dépensé, l’entrepreneur, le processus de production terminé, reçoit une nouvelle valeur créée par les ouvriers dans son entreprise. Cette nouvelle valeur, on l’a vu, est supérieure à celle de la force de travail achetée par le capitaliste. C’est ainsi que la partie du capital, dépensée pour l’embauchage d’ouvriers, change de grandeur au cours de la p. 125production : elle augmente à la suite de la création par les ouvriers d’une plus-value que le capitaliste accapare. La partie du capital qui est consacrée à l’achat de la force de travail (c’est-à-dire à l’embauchage d’ouvriers) et qui augmente en cours de production, s’appelle capital variable.

On désigne le capital constant par la lettre c, et le capital variable par la lettre v. La division du capital en partie constante et partie variable a été établie pour la première fois par Marx. Cette division a mis en lumière le rôle particulier du capital variable destiné à l’achat de la force de travail. L’exploitation des ouvriers salariés par les capitalistes constitue la source véritable de la plus-value.

La découverte du double caractère du travail incarné dans la marchandise, a été la clef qui a permis à Marx d’établir la distinction entre le capital constant et le capital variable, et de dégager l’essence de l’exploitation capitaliste. Marx a montré que l’ouvrier par son travail crée simultanément une nouvelle valeur et transfère la valeur des moyens de production à la marchandise fabriquée. Comme travail concret et déterminé, le travail de l’ouvrier transmet au produit la valeur des moyens de production dépensés, et comme travail abstrait, en tant que dépense de la force de travail en général, le travail de ce même ouvrier crée une nouvelle valeur. Ces deux aspects du processus du travail se distinguent de façon très marquée. Par exemple, en doublant la productivité du travail dans sa branche, le fileur transmet au produit, pendant une journée de travail, une valeur de moyens de production deux fois plus grande (puisqu’il traite deux fois plus de coton) ; pour ce qui est de la nouvelle valeur, il en créera autant qu’auparavant.

Date: 2010-2014