Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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7.8. La plus-value extra.

p. 128La course à la plus-value extra joue un grand rôle dans le développement du capitalisme. Elle s’obtient dans les cas où certains capitalistes introduisent chez eux des machines et des méthodes de production plus perfectionnées que celles qui sont employées dans la plupart des entreprises de la même branche d’industrie. C’est ainsi que tel capitaliste obtient dans son entreprise une plus haute productivité du travail par rapport au niveau moyen existant dans une branche d’industrie donnée. Dès lors, la valeur individuelle de la marchandise produite dans l’entreprise de ce capitaliste se trouve être inférieure à la valeur sociale de cette même marchandise. Mais comme le prix de la marchandise est déterminé par sa valeur sociale, ce capitaliste reçoit un taux de plus-value supérieur au taux ordinaire.

Prenons l’exemple suivant. Admettons que, dans une manufacture de tabac, un ouvrier produise 1 000 cigarettes à l’heure et travaille 12 heures, dont 6 lui servent à créer une valeur égale à celle de sa force de travail. Si l’on introduit dans la manufacture une machine doublant la productivité du travail, l’ouvrier, tout en continuant à travailler 12 heures, ne produit plus 12 000, mais 24 000 cigarettes. Le salaire de l’ouvrier est compensé par une partie de la valeur nouvellement créée, incarnée (déduction faite de la valeur de la part transférée du capital constant) dans 6 000 cigarettes, c’est-à-dire dans le produit de 3 heures. Au fabricant revient l’autre partie de la valeur nouvellement créée, incarnée (déduction faite de la valeur de la part transférée du capital constant) dans 18 000 cigarettes, c’est-à-dire dans le produit de 9 heures.

Ainsi, le temps de travail nécessaire est réduit et le temps de surtravail de l’ouvrier est allongé en conséquence. L’ouvrier compense la valeur de sa force de travail, non plus en 6 heures, mais en 3 heures ; son surtravail passe de 6 heures à 9 heures. Le taux de la plus-value a triplé.

La plus-value extra est l’excédent de plus-value que reçoivent, en sus du taux ordinaire, les capitalistes en abaissant la valeur individuelle des marchandises produites dans leurs entreprises.

L’obtention de la plus-value extra ne constitue, dans chaque entreprise, qu’un phénomène passager. Tôt ou tard, la plupart des entrepreneurs de la même branche d’industrie introduisent chez eux des machines nouvelles ; quiconque ne possède pas un capital suffisant pour cela finit par se ruiner dans cette concurrence. Résultat : le temps socialement nécessaire à la production d’une marchandise donnée diminue, la valeur de la marchandise baisse, et le capitaliste qui a appliqué avant les autres les perfectionnements techniques, cesse de recevoir une plus-value extra. Cependant, en disparaissant dans une entreprise, la plus-value extra apparaît dans une autre où sont introduites des machines nouvelles encore plus perfectionnées.

Chaque capitaliste ne vise qu’à s’enrichir personnellement. Cependant l’action dispersée des différents entrepreneurs a pour résultat le progrès technique, le développement des forces productives de la société capitaliste. En même temps, la course à la plus-value incite chaque capitaliste à protéger ses réalisations techniques contre ses concurrents, elle engendre le secret sur p. 129le plan commercial et technique. Il apparaît ainsi que le capitalisme pose des limites au développement des forces productives.

Les forces productives, en régime capitaliste, se développent sous une forme contradictoire. Les capitalistes ne font usage de nouvelles machines que si leur emploi donne lieu à un accroissement de la plus-value. L’introduction de nouvelles machines sert de base à l’élévation systématique du degré d’exploitation du prolétariat, à l’allongement de la journée de travail et à l’intensification du travail ; le progrès technique se réalise au prix d’infinis sacrifices et privations de nombreuses générations de la classe ouvrière. Ainsi le capitalisme traite avec une rapacité extrême la principale force productive de la société, la classe ouvrière, les masses laborieuses.

Date: 2010-2014