Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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10.3. Le capital fixe et le capital circulant.

Les différentes parties du capital productif ne circulent pas de façon identique. Les différences de rotation des diverses parties du capital productif tiennent aux différentes façons dont chacune de ces parties transmet sa valeur au produit. De ce point de vue, le capital se divise en capital fixe et en capital circulant.

Le capital fixe est la partie du capital productif, qui, fonctionnant entièrement dans le processus de production, transfère sa valeur au produit non pas d’un coup, mais par portions, pendant une série de périodes de production. C’est la partie du capital dépensée pour la construction des bâtiments et des installations, pour l’achat des machines et de l’outillage.

Les éléments du capital fixe servent généralement à la production pendant de nombreuses années ; ils subissent chaque année une certaine usure et finissent par être inutilisables. C’est là l’usure matérielle des machines, de l’équipement.

Parallèlement à l’usure matérielle, les instruments de production sont également sujets à une usure morale. La machine qui a servi cinq à dix ans peut être encore suffisamment solide, mais si, à ce moment-là, il a été créé une autre machine du même genre, plus perfectionnée, plus productive et meilleur marché, il s’ensuit une dépréciation de l’ancienne machine. Aussi le capitaliste a-t-il intérêt à utiliser entièrement son outillage dans les délais les plus brefs. D’où la tendance des capitalistes à allonger la journée, à intensifier le travail, à introduire dans les entreprises plusieurs postes de travail sans interruption.

Le capital circulant est la partie du capital productif, dont la valeur durant une seule période de production est entièrement restituée au capitaliste sous forme d’argent lors de la réalisation de la marchandise. C’est la partie du capital dépensée pour l’achat de la force de travail, ainsi que pour l’achat de moyens de production : matières premières, combustible et autres matériaux auxiliaires, qui ne rentrent pas dans la composition du capital fixe. La valeur des matières premières, du combustible et des matériaux consommés est entièrement transférée à la marchandise durant une seule période de production, tandis que les dépenses consacrées à l’achat de la force de travail sont récupérées par le capitaliste avec excédent (avec addition de plus-value).

Pendant que le capital fixe ne fait qu’une seule rotation, le capital circulant a le temps d’en accomplir plusieurs.

La vente de la marchandise procure au capitaliste une certaine somme d’argent qui comporte : 1o la valeur de la partie du capital fixe qui, dans le processus de production, a été transférée à la marchandise ; 2o la valeur du capital circulant ; 3o la plus-value. Pour continuer la production, le capitaliste réengage la somme retirée qui correspond au capital circulant, pour embaucher des ouvriers, acheter des matières premières, du combustible, des matériaux auxiliaires. Le capitaliste utilise la somme correspondant à la partie de la valeur du capital fixe, qui a été transférée à la marchandise, pour compenser l’usure des machines, des machines-outils, des bâtiments, c’est-à-dire aux fins d’amortissement.

L’amortissement est la compensation progressive, sous forme argent, de la valeur du capital fixe par des versements périodiques correspondant à son degré d’usure. Une partie des fonds d’amortissement est consacrée aux grosses réparations, c’est-à-dire à une compensation partielle de l’usure de l’outillage, des instruments, des bâtiments d’exploitation, etc. Mais la partie la plus importante des amortissements, les capitalistes la conservent sous forme argent (généralement, dans les banques) pour acheter, quand le besoin s’en fera sentir, de nouvelles machines en remplacement des anciennes, ou pour construire de nouveaux bâtiments au lieu de ceux qui ne sont plus utilisables.

L’économie politique marxiste distingue entre la division du capital en capital fixe et circulant et la division du capital en capital constant et variable. Le capital constant et le capital variable se différencient d’après le rôle qu’ils jouent dans le processus d’exploitation des ouvriers par les capitalistes, tandis que le capital fixe et le capital circulant se différencient par le caractère de la rotation.

Ces deux modes de division du capital peuvent être représentés comme suit :

Division d’après le rôle dans le processus d’exploitation Capital constant …  Capital variable …  Bâtiments et installations d’usine. Outillages, machines. Matières premières, combustibles, matériaux auxiliaires. Salaires. Division d’après le caractère de la rotation  … Capital fixe  … Capital circulant

L’économie politique bourgeoise ne reconnaît que la division du capital en capital fixe et circulant, car cette division par elle-même ne montre pas le rôle de la force de travail dans la création de la plus-value ; au contraire, elle voile la distinction essentielle entre les dépenses du capitaliste pour l’embauchage de la main-d’œuvre et les dépenses consacrées aux matières premières, au combustible, etc.

Date: 2010-2014