Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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10.4. Le taux annuel de la plus-value. Les méthodes d’accélération de la rotation du capital.

Pour une grandeur donnée du capital variable, la vitesse de rotation du capital influe sur le volume de la plus-value que le capitaliste extorque en l’espace d’un an aux ouvriers.

Prenons deux capitaux, comprenant chacun 25 000 dollars de capital variable, le taux de la plus-value étant de 100 %. Supposons que l’un d’eux accomplit une rotation par an, et que l’autre en accomplit deux. Cela veut dire que le détenteur du second capital, avec la même somme d’argent, peut embaucher et exploiter en l’espace d’un an deux fois plus d’ouvriers que le possesseur du premier capital. Aussi, en fin d’année, les résultats seront-ils différents chez les deux capitalistes. Le premier aura 25 000 dollars de plus-value pour l’année ; le second, 50 000 dollars. La vitesse de rotation du capital influe aussi sur la grandeur de la partie du capital circulant qui est avancée pour l’achat des matières premières, du combustible, des matériaux auxiliaires.

Le taux annuel de la plus-value est le rapport de la plus-value produite en l’espace d’un an au capital variable avancé. Dans notre exemple, le taux annuel de la plus-value, exprimé en pourcentage, est pour le premier capitaliste de 25 000 25 000 = 100 %, pour le deuxième de 50 000 25 000 = 200 %.

Il est donc évident que les capitalistes ont intérêt à accélérer la rotation du capital, puisque cette accélération leur permet de tirer la même somme de plus-value avec un moindre capital ou de toucher avec le même capital une plus grande somme de plus-value.

Marx a montré que, par elle-même, l’accélération de la rotation du capital ne crée pas un atome de valeur nouvelle. Une rotation plus rapide du capital et une réalisation plus rapide sous forme argent de la plus-value créée au cours de l’année ne permettent aux capitalistes, pour un même capital, que d’embaucher un plus grand nombre d’ouvriers dont le travail crée en l’espace d’un an une masse plus importante de plus-value.

Comme nous l’avons vu, le temps de rotation du capital comprend le temps de production et le temps de circulation. Le capitaliste s’efforce de réduire l’un et l’autre.

La période de travail nécessaire à la production des marchandises diminue avec le développement des forces productives et le progrès technique. Par exemple, les méthodes modernes de production de la fonte et de l’acier accélèrent considérablement les processus par rapport aux méthodes que l’on pratiquait il y a 100 ou 150 ans. Les progrès dans l’organisation de la production, par exemple le passage à la production en série ou en masse, fournissent de même des résultats importants.

Dans un grand nombre de cas, les temps d’arrêt dans le travail, qui représentent une partie du temps de production et s’ajoutent à la période de travail, sont, grâce au progrès technique, également réduits. Ainsi, le tannage du cuir durait autrefois des semaines ; aujourd’hui, grâce à l’emploi de nouvelles méthodes chimiques, il ne demande que quelques heures. Dans maintes productions les catalyseurs, c’est-à-dire des substances qui accélèrent les réactions chimiques, sont d’un emploi fréquent.

Afin d’accélérer la rotation du capital, l’entrepreneur recourt aussi à la prolongation de la journée et à l’intensification du travail. Si, avec une journée de travail de 10 heures, la période de travail est de 24 jours, la prolongation de la journée de travail à 12 heures réduit la période de travail à 20 jours et accélère d’autant la rotation du capital. Même résultat avec l’intensification du travail, l’ouvrier dépensant en 60 minutes autant d’énergie qu’il en dépensait précédemment, par exemple, en 72 minutes.

Ensuite, les capitalistes cherchent à accélérer la rotation du capital en réduisant le temps de circulation du capital. Cette réduction est rendue possible grâce au développement des moyens de transport, des P.T.T., grâce à une meilleure organisation du commerce. Cependant à la réduction du temps de circulation s’opposent, en premier lieu, la répartition extrêmement irrationnelle de la production dans le monde capitaliste, qui nécessite le transport des marchandises à de grandes distances, et en second lieu, l’aggravation de la concurrence capitaliste et la multiplication des difficultés d’écoulement.

Avec le capital circulant, la plus-value créée au cours d’une période donnée passe dans la circulation. Plus le temps de rotation du capital est court, et plus vite se réalise sous forme argent la plus-value créée par les ouvriers, plus vite aussi elle peut être employée à l’élargissement de la production.

Date: 2010-2014