Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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11.1. Les coûts de production capitalistes et le profit. Le taux du profit.

La plus-value créée par le travail des ouvriers salariés dans le cours de la production est la source des revenus de toutes les classes exploiteuses de la société capitaliste. Examinons d’abord les lois en vertu desquelles la plus-value revêt la forme du profit des capitalistes qui placent leurs capitaux dans la production des marchandises.

La valeur de la marchandise produite dans l’entreprise capitaliste se divise en trois parties : 1o la valeur du capital constant (une partie de la valeur des machines, des bâtiments, la valeur des matières premières, du combustible, etc.) ; 2o la valeur du capital variable et 3o la valeur de la plus-value. La grandeur de la valeur de la marchandise est déterminée par la quantité de travail socialement nécessaire à sa production. Mais le capitaliste ne dépense pas son travail personnel dans la production de la marchandise ; il y dépense son capital.

Les coûts de production capitalistes de la marchandise comportent les dépenses de capital constant et de capital variable (c + v), c’est-à-dire les dépenses en moyens de production et en salaire aux ouvriers. Ce qu’une marchandise coûte aux capitalistes se mesure par la dépense de capital ; ce qu’une marchandise coûte à la société se mesure par la dépense de travail. Aussi les coûts de production capitalistes d’une marchandise sont-ils inférieurs à sa valeur ou aux coûts réels de production (c + v + p). La différence entre la valeur ou les coûts réels de production, et les coûts de production capitalistes est égale à la plus-value (p) que s’approprie purement et simplement le capitaliste.

Lorsque le capitaliste vend la marchandise produite dans son entreprise, la plus-value apparaît comme un excédent, un surplus aux coûts de production capitalistes. En déterminant la rentabilité de l’entreprise, le capitaliste confronte cet excédent avec le capital avancé, c’est-à-dire avec la totalité du capital investi dans la production. La plus-value, rapportée à la totalité du capital, prend la forme du profit. Comme la plus-value est comparée non pas au capital variable, mais à tout le capital dans son ensemble, la différence s’efface entre le capital constant, dépensé pour l’achat des moyens de production, et le capital variable dépensé pour l’embauchage de la force de travail. Il en résulte l’apparence trompeuse que le profit est le fruit du capital. Cependant, en réalité, la source du profit est la plus-value créée uniquement par le travail des ouvriers, uniquement par la force de travail dont la valeur est incarnée dans le capital variable. Le profit est la plus-value considérée dans son rapport à la totalité du capital investi dans la production ; elle apparaît, extérieurement, comme le fruit de ce capital. En raison de cette particularité, Marx appelle le profit une forme modifiée de la plus-value.

De même que la forme du salaire masque l’exploitation de l’ouvrier salarié, en faisant croire que tout le travail est payé, de même la forme du profit camoufle à son tour le rapport d’exploitation, en créant l’apparence trompeuse que le profit serait engendré par le capital lui-même. Ainsi les formes des rapports de production capitalistes estompent et masquent leur véritable nature.

Le degré de rentabilité de l’entreprise capitaliste pour son possesseur est déterminé par le taux du profit. Le taux du profit est le rapport exprimé en pourcentage entre la plus-value et l’ensemble du capital avancé. Par exemple, si le capital avancé représente un total de 200 000 dollars, et si le profil annuel se monte à 40 000 dollars, le taux du profit est de 40 000 200 000 × 100 , soit 20 %.

Comme le capital total avancé est supérieur au capital variable, le taux du profit p c + v est toujours inférieur au taux de la plus-value p v . Si, dans notre exemple, le capital de 200 000 dollars se décompose en 160 000 dollars de capital constant et 40 000 dollars de capital variable, et si le taux de la plus-value représente = 40 000 40 000 × 100 = 100 % , le taux du profit est égal à 20 %, soit 1/5 du taux de la plus-value.

Le taux du profit dépend en premier lieu du taux de la plus-value. Plus le taux de la plus-value est élevé, et plus élevé est le taux du profit, toutes circonstances restant égales. Tous les facteurs qui viennent augmenter le taux de la plus-value, c’est-à-dire élever le degré d’exploitation du travail par le capital (allongement de la journée de travail, intensification, accroissement de la productivité du travail, etc.), élèvent aussi le taux du profit.

Ensuite, le taux du profit dépend de la composition organique du capital. On sait que celle-ci est le rapport entre capital constant et capital variable. Plus la composition organique du capital est basse, c’est-à-dire plus le pourcentage de sa partie variable (valeur de la force de travail) est élevé, plus le taux du profit est élevé, le taux de la plus-value restant le même. Inversement, plus la composition organique du capital est élevée, et plus le taux du profit est bas.

Les économies de capital constant sont l’un des facteurs qui exercent une influence sur le taux du profit. Enfin, le taux du profit varie selon la vitesse de rotation du capital. Plus la rotation du capital est rapide, et plus est élevé le taux annuel du profit, qui représente le rapport entre la plus-value produite au cours de l’année et l’ensemble du capital avancé. Inversement, le ralentissement de la rotation du capital amène un abaissement du taux annuel du profit.

Date: 2010-2014