Manuel d’économie politique de l’Académie des sciences de l’URSS
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12.4. Le commerce extérieur.

Comme on l’a déjà dit, l’avènement du capitalisme a été lié à la création d’un marché mondial. D’après Lénine, le capitalisme est le résultat d’une

circulation des marchandises largement développée, qui dépasse les limites d’un État. C’est pourquoi il est impossible d’imaginer une nation capitaliste sans commerce extérieur, et une telle nation n’existe d’ailleurs pas. (V. Lénine, « Le développement du capitalisme en Russie », Œuvres, t. 3, p. 58 ; publié aussi dans K. Marx, Le Capital, livre 2, t. 2, Annexes, p. 205.)

Le commerce extérieur du capitalisme s’élargit dans le cours du développement de la circulation marchande qui dépasse les limites des marchés nationaux. L’extension du commerce mondial traduit par elle-même le développement de la division internationale du travail, liée à la montée des forces productives. Mais, pour les capitalistes, le commerce extérieur est un moyen d’augmenter leurs profits. Dans leur chasse au profit, les capitalistes recherchent sans cesse de nouveaux débouchés et de nouvelles sources de matières premières. Le caractère limité du marché intérieur par suite de l’appauvrissement des masses et la mainmise des gros capitalistes sur les sources de matières premières intérieures accentuent l’effort de ces derniers pour établir leur domination sur les marchés extérieurs.

Le commerce extérieur n’a pris un large développement qu’à l’époque du capitalisme. En l’espace de cent ans, de 1800 à 1900, le chiffre d’affaires du commerce mondial a augmenté de plus de douze fois et demie, passant de 1,5 milliard de dollars à 18,9 milliards de dollars. Dans les trois décennies suivantes, il a été multiplié par plus de 3,5, atteignant 68,6 milliards de dollars en 1929.

Le commerce extérieur est une source de profit supplémentaire pour les capitalistes des pays bourgeois plus développés, car les articles industriels se vendent dans les pays sous-développés à des prix relativement plus élevés, tandis que les matières premières s’achètent dans ces pays à des prix inférieurs. Il est aussi un des moyens d’asservissement économique des pays sous-développés par les pays bourgeois développés, et un moyen d’élargissement des sphères d’influence des puissances capitalistes.

Ainsi, par exemple, pendant plus de 250 ans (de 1600 à 1858) la Compagnie anglaise des Indes orientales a pillé l’Inde. L’exploitation rapace de la population indigène par la Compagnie des Indes orientales a eu pour résultat la transformation en déserts de nombreuses provinces de l’Inde : les champs n’étaient pas cultivés, les terres restaient couvertes de broussailles, la population dépérissait.

Le commerce extérieur consiste en exportations et importations. Le rapport entre la somme des prix des marchandises exportées par un pays, et la somme des prix des marchandises importées par ce pays durant un certain temps, par exemple en l’espace d’un an, constitue sa balance commerciale. Si les exportations dépassent les importations, la balance commerciale est active ; dans le cas contraire la balance commerciale est passive.

Le pays dont la balance commerciale est passive doit couvrir le déficit en puisant à des sources telles que les réserves d’or, les recettes fournies par les transports de marchandises appartenant à des pays étrangers, les revenus de ses investissements de capitaux dans d’autres États, et, enfin, au moyen d’emprunts à l’étranger.

La balance commerciale ne met pas en évidence toutes les formes des rapports économiques entre pays. Ces rapports trouvent une expression plus complète dans la balance des comptes. La balance des comptes est le rapport entre la somme de tous les paiements qu’effectuent les autres pays à un pays donné, et la somme de tous les paiements qu’effectue ce pays aux autres.

Le caractère des relations économiques entre les pays détermine aussi la politique du commerce extérieur des États capitalistes. L’époque du capitalisme prémonopoliste a vu se former deux types principaux de politique commerciale : la politique de la liberté commerciale (libre-échange) et la politique de protection de l’industrie nationale (protectionnisme), principalement par l’établissement de droits de douane élevés sur les marchandises étrangères.

Date: 2010-2014